Culture

Moses Farrow, le fils de Woody Allen et Mis Farrow s'exprime, il faut aussi l'écouter

Temps de lecture : 5 min

[BLOG You will never hate alone] Dans un long texte pudique et toute en retenue, Moses Farrow tient à dire sa vérité. À ses yeux, son père n'a jamais pu commettre les actes qui lui sont reprochés.

Flickr/Sonse-Woody Allen
Flickr/Sonse-Woody Allen

Pour être tout à fait franc, au lieu de venir radoter une énième idiotie sur ce blog, je comptais grimper sur mon vélo et m'en aller tranquillement longer le bord de l'eau avec seulement quelques mouettes pour me tenir compagnie –on ne dira jamais assez combien le métier d'écrivain est des plus difficiles. Ce sera donc pour une autre fois. Ou pour plus tard.

Entre-temps, tout à fait par hasard, alors que pour la millième fois de la journée, je perdais mon temps sur internet à la recherche de je ne sais quelle connerie à commenter, je tombais sur un article paru dans The Guardian où une chroniqueuse se demandait si nous ne devrions pas prendre en compte les récentes déclarations de Moses Farrow, le fils adoptif de Woody Allen et de Mia Farrow.

Ce fut-là mon premier sujet d'étonnement.

J'entends que, même si je ne fais pas le mariole sur Twitter, même si je réserve Facebook à un seul usage professionnel, je passe assez de temps sur les sites d'information pour penser que globalement, je suis au courant des choses qui se déroulent dans ce bas-monde. (À mon avis, je le suis même beaucoup trop mais ceci est encore une autre histoire.) Or il se trouve que jusqu'à ce que je tombe sur ce papier du Guardian, nulle part je n'avais entendu parler des derniers développements de ladite affaire à laquelle j'ai déjà consacré un nombre conséquent de posts. Non point que les médias français ou internationaux aient boudé l'information mais plus parce qu'ils se sont contentés de la relayer sans lui donner selon moi beaucoup importance.

J'ai lu le long récit de Moses Farrow.

Tous ceux qui depuis des années et des années, en un aveuglement plus ou moins coupable, s'échinent à démontrer que Woody Allen est un pédophile coupable d'attouchements sur sa fille adoptive Dylan Farrow, n'apprécieront guère le contenu de cette confession, au point d'essayer de la remettre en question et de jeter l'opprobre sur son auteur.

Avant d'aller plus loin, je tiens à rappeler que Moses Farrow a aujourd'hui quarante ans. Il n'est pas un journaliste célèbre. Il ne court pas les plateaux de télévision pour montrer sa bobine. Il ne passe pas ses journées sur Twitter. C'est apparemment un homme calme et discret, soucieux de préserver sa vie privée et qui exerce le métier de thérapeute familial dans une petite ville du Connecticut. Où il s'occupe plus particulièrement des couples en difficulté, des problèmes rencontrés par les adolescents, des obstacles qui peuvent surgir en cas d'adoption. Et pour l'anecdote, au cas où vous songiez à vous installer par là-bas, il prend 120 dollars par séance.

Ce qu'il raconte dans sa longue missive tient en quelques phrases: son enfance auprès de Mia Farrow ne fut pas des plus heureuses. Elle fut marquée par des disputes violentes où sa mère ne manquait pas de le gifler ou de le punir férocement quand elle s'imaginait qu'il disait des mensonges. L'ambiance à la maison était tout sauf sereine. Avec la multiplication des adoptions –Mia Farrow prit sous son aile une quinzaine d'enfants– il était compliqué pour chacun d'entre eux de trouver sa place dans ce foyer perpétuellement chamboulé par l'arrivée d'un nouveau membre. Foyer dans lequel Woody Allen tenait une place particulière. Il ne vivait pas sur place mais leur rendait visite très régulièrement. Selon Moses, Woody jouait le rôle d'un père aimant et attentif au bonheur et au développement de chacun des enfants. Surtout Moses déclare que sa mère ne pouvait supporter qu'on lui résiste et afin d'arriver à ses fins, elle utilisait toutes sortes de stratagèmes jusqu'à ce que ses enfants finissent par adopter très exactement ses propres points de vue.

Une nouvelle fois, j'aimerais vraiment que vous lisiez ce texte. Il est doux et pudique. Il n'est pas déclamatoire. À aucun moment, il ne verse dans le sentimentalisme outrancier ou dans le règlement de comptes de bas-étage. C'est même tout le contraire. La voix est calme et posée, le ton humble. L'auteur a pris le temps de soupeser chacun de ses mots, et bien qu'on sente qu'il lui coûte de s'exposer de la sorte, il tient à aller au bout de sa démarche sans pour autant rentrer dans une surenchère putassière. Les faits sont décrits avec une grande douceur comme si malgré la réelle aversion qu'il peut désormais ressentir vis-à-vis de sa mère, il s'essayait à ne pas l'accabler de trop, dans une pudeur des émotions qui lui fait honneur. Il se contente juste de donner sa vérité.

À ses yeux, et parce qu'il était présent ce fameux jour où Woody Allen aurait abusé de Dylan, cette accusation n'est rien d'autre qu'un mensonge éhonté. Une machination diabolique entreprise par sa mère afin de se venger de son compagnon qui vient de la quitter pour entamer une relation amoureuse avec une autre de ses filles adoptives, Soon-Yi alors âgée de vingt ans. Ce jour-là –Moses a 14 ans– est seul avec ses frères et ses sœurs. Il est le plus âgé d'entre-eux. Depuis plusieurs mois, Mia Farrow leur a dit combien il fallait se méfier de Woody Allen, comment il avait couché avec leur propre sœur et surtout, combien devant un être aussi maléfique, il ne fallait jamais baisser la garde en sa présence. Moses se tient donc aux aguets d'autant plus que Mia Farrow est partie avec une de ses amies faire du shopping les laissant seuls avec les domestiques. Et Woody.

Moses est formel. Il ne s'est rien passé pour la simple et bonne raison qu'il ne pouvait rien se passer. L'architecture de la maison, l'emplacement des pièces, la position des uns et des autres font que matériellement, si d'aventure quelque chose d'anormal s'était déroulé, cela se serait forcément vu ou su.

Moses n'a pas l'ombre d'un doute. Pas un. Il est catégorique.

J'aimerais simplement que cette lettre soit lue et partagée. Sans fureur ni exagération. Comme un simple témoignage qui a malgré tout son importance. Je ne veux pas rentrer dans cette querelle de savoir qui de Dylan ou de Moses dit la vérité. Je me suis fait une opinion voilà longtemps. Je souhaiterais seulement qu'on accorde aux deux la même et égale attention. Le même statut. Je ne suis pas ici pour défendre Woody Allen. J'ai déjà écrit ce que je pensais de toute cette sordide affaire.

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

Je tiens seulement à conclure en rappelant que deux enquêtes indépendantes et officielles ont conclu à l'innocence de Woody Allen, et que l'un des propres fils du couple partage et appuie les conclusions de ces différentes enquêtes.

Sur ce, je vous laisse: les mouettes et mon vélo m'attendent.

Laurent Sagalovitsch romancier

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