Parents & enfants / Politique

Parcoursup, une certaine vision de la société

Temps de lecture : 4 min

La nouvelle organisation de la répartition des futurs étudiants et étudiantes ne s'est pas faite sans heurt.

Logo de Parcoursup. | Lionel Bonaventure / AFP
Logo de Parcoursup. | Lionel Bonaventure / AFP

Ce mardi, une blague a pas mal tourné sur Twitter… une parodie de la blague préférée des enfants:

«Qu’est-ce qui est jeune et qui attend?

–Les étudiants devant #parcoursup.»

En ce jour des premières réponses, #parcoursup a été le mot-dièse le plus utilisé en ligne. L'occasion de voir que nos lycéens et lycéennes ont pas mal d’humour

Avec des variantes:

Beaucoup en rient comme pour exorciser une certaine inquiétude: les lycéennes et lycéens ont un peu tous l’air dans le brouillard, la majorité de celles et ceux qui s'expriment n'évoquant que des refus ou des mises en liste d'attente de la part de Parcoursup. Et dans la vie réélle, les étudiantes et étudiants de mon entourage sont tous en attente… et même parmi ceux et celles qui ont obtenu des réponses positives.

Pourquoi une telle incertitude?

Le cœur du problème, c’est la non hiérarchisation des vœux au moment de leur saisie par les lycéens et les lycéennes. Dans le précédent système, APB, les candidats et candidates classaient leurs demandes par ordre de préférence. L’ancien algorithme attribuait les places en fonction du classement des élèves et des places disponibles. Tout le monde n’était pas content, des élèves étaient en attente au moment de passer le bac; il y a eu des tirages au sort pour certaines filières. Les mécontents et mécontentes étaient minoritaires, mais ce choix de sélection, avec le hasard comme juge de paix, a largement scandalisé.

Le nouveau système met tous les acteurs dans une logique totalement différente. D'ailleurs les articles qui décrivent le fonctionnement de l'algorithme sont passionnants.

Du côté des universités, Parcoursup instaure, en creux, une sorte de sélection en obligeant les facs à regarder qui s’inscrit dans leurs cursus. Sans beaucoup de moyen et sans beaucoup de transparence parfois, celles-ci ont mis en place leur propre système de classement.

Alors que s’est-il passé le mardi 22 mai, jour des premières réponses de l'algorithme aux demandes des futurs étudiants et étudiantes? La ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation Férédrique Vidal (sur France Inter le matin même) et le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer avaient préparé le terrain: il y aura beaucoup moins d’élèves qui auront une réponse définitive au premier jour des réponses avec Parcoursup qu'avec APB. Ils seraient un peu plus de la moitié dans ce cas, certains ayant déjà toutes leurs réponses, des refus. D’autres sont «seulement» en attente ou seraient acceptés dans des filières ou établissements qui ne sont pas leurs premiers choix.

Interminable attente

Parmi celles et ceux dans ce cas de figure, des «bons» élèves un peu perdus face à la stratégie adopter. Ainsi, cette élève brillante au lycée Fénelon à Paris, qui m'a expliqué sa situation: elle a eu une réponse positive pour cinq hypokhâgnes –ce qui est formidable. Elle est très heureuse car la plupart de ses camarades sont seulement «en attente». Oui mais voilà, elle doit valider ses réponses dans les sept jours. Problème, aura-t-elle d'ici là les réponses des lycées encore plus prestigieux, comme Henri IV, premier dans sa hierarchie personnelle?

Cette lycéenne peut toujours conserver sa place dans une des hypokhâgnes qui l'ont acceptée, libérer sa place dans les autres, conserver ses vœux en attente et consulter le serveur tous les matins pendant sept jours. Un problème mineur comparé à d'autres, qui vont passer l'été devant leur écran dans l'attente d'un «oui».

D'où l'importance de «rendre» sa place quand on a fait son choix, pour ne pas laisser les autres angoisser inutilement. La ministre Frédérique Vidal précisait ce matin du 23 mai que 419.000 personnes ont reçu une proposition de formation dès le premier jour et qu’elles avaient libéré 66.000 places.

Une certaine vision du monde

Parcoursup n'est finalement qu'un avater de la numérisation de notre société. Tout était censé être plus simple mais tout est plus compliqué pour les individus, vous, moi, nos enfants. Il faut se conformer à un mode d'organisation numérique et s’y adapter en étant non pas plus réflexif mais plus connecté, et surtout, plus patient. Parcoursup est pleinement un outil contemporain: c’est nous qui nous adaptons à la «machine» au système, et devons en fluidifier le fonctionnement.

La question passionnante, que pourront explorer les chercheurs et chercheuses en sciences politiques et les philosophes sera sans doute celle de la relation aux institutions, au «système» et à l’État. En organisant ainsi l’orientation et donc la vie des élèves, l'institution prend une énorme responsabilité. Et en montant au front pour défendre leur plateforme, les ministres Vidal et Blanquer ont surtout défendu une vision du monde, une manière d’organiser la vie et l’avenir.

Qu'est-ce qui est jeune et qui attend? Un peu tout le monde en fait.

Louise Tourret Journaliste

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