Culture

Cinéma: des films inédits, surprenants, classiques ou à rattraper en DVD

Temps de lecture : 4 min

Petit florilège de parutions récentes, monts inconnus et merveilles à redécouvrir. La plupart sont également accessibles en VOD, mais sans les suppléments (bonus audiovisuels, livres et livrets), et pas forcément avec la même qualité d'image et de son.

Duel au soleil de King Vidor. | Les Acacias
Duel au soleil de King Vidor. | Les Acacias

En ces jours d’après Festival de Cannes, rien de très excitant parmi les sorties en salles –ça va venir. L’occasion de mettre en avant la récente sortie en DVD de films dignes d’intérêt au plus haut point, qu’il s’agisse de classiques jusqu’alors indisponibles ou proposés dans de meilleures conditions, d’éditions qui permettent de retrouver quelques-unes des plus belles sorties de l’an dernier, ou d'occasions de découvrir dans les marges de belles aventures du regard.

Un inédit sort de l’ombre

Mais d’abord un inédit que vous croyez peut-être avoir vu: Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin. L’édition DVD (Le Pacte) donne enfin accès au public français au film tel que l’a conçu son réalisateur, et tel que l’ont vu les publics du reste du monde. Ce n’est pas la «director’s cut» ni la «version longue», c’est le film qu’a voulu Desplechin et qu’ont censuré son distributeur et le Festival de Cannes, imposant plus d’un quart d’heure de coupes pour la projection en ouverture du Festival 2017 et la sortie dans les salles de l’Hexagone. Film magnifique qui ne prend son véritable sens que dans cette version.

Trois souvenirs de l’an passé

Parmi les très beaux films de l’an dernier, on soulignera particulièrement la possibilité de retrouver, édité par Gaumont, le si émouvant et subtil Barbara de Mathieu Amalric, film pour lequel on accorderait volontiers la co-signature à Jeanne Balibar tant le travail de l’actrice contribue à l’intelligence sensible de cette évocation de la grande dame en noir.

Et aussi un petit homme noir, le génie littéraire et politique James Baldwin, autour duquel Raoul Peck a construit le formidable documentaire I Am Not Your Negro (édition Blaq Out). Réalisé d’après les écrits de Baldwin et avec un usage très créatif des archives filmées dans les années 1960 et 1970, le DVD comporte plusieurs bonus de qualité, dont un étonnant documentaire de 1962 tourné en Suisse par Pierre Koralnik, méditation lucide et tranchante de Baldwin sur le racisme européen et le monde post-colonial alors encore à venir.

Enfin, très injustement sous-estimé à sa sortie et passé quasi-inaperçu, le très beau thriller fantastique de Joachim Trier, Thelma. Inquiétant et émouvant, ce voyage dans les abymes intérieurs qu’affronte une jeune fille est à la fois digne d’Hitchcock et très contemporain.

Raretés à découvrir

Confidentiuel et très original, d’une beauté qui ne se compare à rien, l’œuvre filmée de Patrick Bokanowski fait l’objet d’un remarquable travail éditorial de la part des éditions Re-voir. Cet artiste visionnaire compose des invitations à des voyages sensoriels qui, comme toute poésie digne de ce nom, retrouve la réalité du monde et des émotions par le détour d’une mise en forme qui déstabilise nos routines de pensée et de perception. Ainsi de son film le plus connu, L’Ange, mais aussi du très singulier Un rêve solaire, tous les deux avec la musique de Michèle Bokanowski.

Il y a bientôt trente ans, la caméra d’or du Festival de Cannes attirait l’attention sur une jeune réalisatrice hongroise, Ildiko Enyedi. Fresque inspirée d’un rêve brutal de la modernité qui naissait entre Europe et Amérique dans les années 1900, Mon XXe Siècle semblait inaugurer une carrière prometteuse, mais qui n’eut longtemps pas de suite. Jusqu’à la découverte à Berlin 2017 de Corps et âme, consacré par l’Ours d’or. La parution du DVD du film de 1989 chez Malavida permet de rappeler ou de découvrir l’éclatant début de cette cinéaste talentueuse.

Deux sommets de l’histoire du cinéma

Très bien restaurés, voici les films fondateurs d’une des plus belles idées du cinéma, ce qu’on appelle le néo-réalisme italien, et l’évidence du génie de Roberto Rossellini. Le coffret de la «Trilogie de la Guerre» réunit ainsi Rome ville ouverte, Païsa et Allemagne année zéro, qui auront tout à la fois témoigné avec une sensibilité extrême des souffrances engendrées par la Seconde Guerre mondiale et des puissances singulières du cinéma. Engagement et indifférence, violence et survie de chaque jour, cruauté et compassion, ce sont, hélas, des films vertigineusement toujours d’actualité.

King Hu est le premier grand maître, à ce jour inégalé, du cinéma d’arts martiaux chinois. Et bien que moins connue, La Légende de la montagne édité par Carlotta est une des grandes réussites de l’auteur de L’Hirondelle d’or et de A Touch of Zen.

Collectors hollywoodiens

C’est aussi à Carlotta qu’on doit la parution de deux luxueux coffrets dédiés à des grands moments du cinéma américain. Le premier est une sorte d’écrin magnifique pour ce bijou baroque qu’est Duel au soleil de King Vidor (1946), western sensuel et un peu fou, et dernier coup d’éclat du producteur David O. Selznick.

Encore plus spectaculaire, y compris sur le plan du packaging (et donc de la difficulté à le ranger sur une étagère), «Une histoire du western» se compose de deux ensembles de films, un pour les cowboys, un pour les Indiens, et de deux livres albums richement illustrés, signés Louis-Stéphane Ulysse, qui mettent en regard la véritable histoire de l’Ouest et la manière dont le western l’a contée. Les films appartiennent à divers titres à la veine dite des «westerns crépusculaires», qui de multiples manières sortent de la légende triomphale bâtie à l’ère de «l’âge d’or» hollywoodien.

Ainsi, le côté cowboys recense Alamo de John Wayne –qui est le récit d’une défaite et d’un massacre– auquel font suite de grande œuvres comme Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone, La Horde sauvage de Sam Peckinpah, Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood, et des curiosités comme Tom Horn de William Wiard ou True Grit des frères Coen. Côté Indiens, c'est la sortie progressive du récit raciste et dominateur, avec le chef d’œuvre La Prisonnière du désert de John Ford, mais aussi l’important La Flèche brisée de Delmer Daves, puis les retours sur le génocide perpétré par les fondateurs de l’Amérique (Soldat bleu, Little Big Man, Jeremiah Johnson, Danse avec les loups).

Jean-Michel Frodon Critique de cinéma

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