Parents & enfants / Sports

Ce qu'il faut avoir en tête quand vous choisissez les activités extra-scolaires de vos enfants

Temps de lecture : 8 min

Foot, natation, danse ou musique?

Et le judo, t'as pensé au judo?  | Camera Eye Photography via Flickr CC License by
Et le judo, t'as pensé au judo? | Camera Eye Photography via Flickr CC License by

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Comment les parents choisissent-ils les activités auxquelles ils inscrivent leurs enfants?»

La réponse de Jonathan Brill, parent de trois enfants:

Avant de décider des activités possibles pour mes enfants, j’ai passé un certain temps à réfléchir aux activités que je faisais et à celles que j’aurais aimé faire, puis j’ai discuté avec d’autres adultes. Enfin, j’ai réfléchi à l’infinité d’options qui s’offrent à mes enfants et le choix m’a semblé intimidant.

L’idéal serait de laisser vos enfants choisir leurs propres activités, mais ce n’est pas possible lorsqu’ils sont très jeunes. Ils voudraient sans doute regarder encore et encore le même film Disney, dessiner sur les murs ou jouer à Pokémon Go. Votre enfant a besoin de votre aide pour choisir des activités qui lui permettront de renforcer sa confiance en lui ou en elle, d’acquérir la capacité d’apprendre de nouvelles choses et, dans l’idéal, de disposer d’un nouveau cadre amusant où travailler sur ses compétences sociales, sans pour autant l’accabler sur le plan cognitif.

Ne surtout pas le ou la forcer

Projetez-vous dans une conversation avec votre enfant d’ici une petite trentaine d’années. Voici ce qu’il ou elle aimerait que vous ayez eu à l’esprit lors du choix de ses activités:

- Choisissez des activités qui lui seront utiles. La natation? Pas mal. Le foot? Pourquoi pas. Le baseball ou le basket? Bien sûr. Mais plus vous privilégiez une activité au détriment des autres, plus vous risquez de tomber dans la loi du rendement décroissant. Par exemple, vous pouvez alléguer que lui faire faire de la natation en compétition est une bonne chose, mais je vous répondrais que ce n’est pas aussi bénéfique que de prendre quelques jours pour apprendre les bases du foot ou du baseball. L’expérience a montré que la diversité des défis est essentielle au développement des connexions nerveuses. Améliorer ses compétences dans une discipline particulière à un jeune âge peut être utile, mais sa valeur à long terme est discutable.

- N’obligez pas votre enfant à faire des choses dont il ou elle a peur ou qu’il ou elle déteste. Si certaines activités génèrent du stress chez votre enfant, il y a peut-être du bon à le ou la forcer à s’endurcir, à s’appliquer et à surmonter ce stress. Il ou elle pourrait également gagner en confiance. Mais en règle générale, les études montrent que le stress est une réalité pour les enfants, dont les conséquences à court et long terme sont sans doute plus graves et réduiront à néant les bienfaits des activités pratiquées. Le stress est un frein à l’apprentissage et forcer un ou une enfant à faire quelque chose dont il ou elle n’a vraiment pas envie pourrait avoir un impact négatif sur sa confiance et son sentiment d’indépendance. Et si cette activité le ou la rend globalement moins heureux ou heureuse, vous pourriez également observer un changement de comportement négatif dans d’autres domaines.

- Votre enfant ne va pas devenir pro. Et si c’est le cas, il est fort probable qu’il ou elle aurait préféré ne pas le devenir. Les contraintes associées à une formation spécialisée dans un sport vont généralement à l’encontre de ce que la plupart des parents et des éducateurs considèrent comme susceptible de permettre à un ou une enfant de devenir un ou une adulte équilibrée et bien formée. Le principal obstacle est le temps. Le temps n’est pas gratuit et, une fois perdu, il ne se récupère jamais. Toute spécialisation dans une discipline sportive implique de réaliser la même activité physique, encore et encore, pendant des dizaines d’heures par semaine. Comparée à toutes les autres façons dont votre enfant pourrait occuper son temps, celle-là n’est probablement pas la meilleure. Et même si votre enfant adore mettre des paniers, passer des dizaines d’heures à jouer au basket plutôt qu’à lire, se reposer, construire des choses en équipe ou simplement expérimenter d’autres choses a un coût de renonciation énorme. Les circonstances dans lesquelles cette décision a du sens sont tellement rares que cela ne vaut même pas la peine de les énumérer.

- Certains sports sont tout simplement bien meilleurs quand ils sont pratiqués à la bonne saison. Certaines équipes nagent toute l’année, mais l’eau est tellement froide en hiver! Peu importe que la piscine soit couverte et chauffée; entrer dans l’eau est un calvaire, tandis que nager en été est amusant et merveilleux. Jouer au foot en été est une corvée; à l’automne, c’est génial. Faire de la danse ou de la gym après l’école ou le centre de loisirs en été, quand les enfants passent déjà la journée à s’activer, peut être étouffant et déplaisant, tandis qu’en hiver, cela permet de se réchauffer et de s’occuper à la nuit tombée.

- Choisissez des sports et des activités que vous appréciez vous-même. Vous savez peut-être mieux jouer la comédie que moi, mais j’ai du mal à m’enthousiasmer pour des sports ou des activités qui ne m’intéressent pas. Par exemple, j’adore renvoyer la balle à mon fils et il est super content de faire partie de l’équipe de baseball, mais je dois prévoir des temps pour regarder les matchs avec lui, car ce sport ne m’attire pas. Par contraste, si on tombe sur un match de basket à la télé, je suis beaucoup plus enclin à le regarder et en parler avec lui.

- Rien de tel que de faire partie d’une équipe. Je n’ai rien contre la natation, la course à pied, la gymnastique, la danse et tous ces sports très utiles à un moment donné, mais ce ne sont pas des activités sociales. Vous pouvez bien sûr y inscrire vos enfants (mes enfants en ont tous fait), mais il leur manque quelque chose d’indispensable: la communication. J’entends par sociales les activités où les enfants doivent se parler de ce qu’ils et elles font et de ce qu’ils et elles attendent des autres pendant qu’ils et elles jouent. Communiquer avec des personnes dont vous dépendez, et qui dépendent de vous, à propos de ce que vous faites tout en étant sous pression, est une compétence qu’il est important d’avoir acquise à l’âge adulte. Apprendre cela dans le cadre d’une équipe sportive est sans doute la façon la plus plaisante de le faire. C’est la raison pour laquelle les jeux sont une bonne chose. Ils nous permettent de développer des compétences nécessaires tout en pensant à autre chose.

Pas de surcharge

Sur le plan cognitif, votre enfant a un quota et vous devez être en mesure de savoir quand il ou elle l’atteint. Logistiquement parlant, vous pourriez tout à fait inscrire votre enfant de 8 ans au basket, au foot et au baseball en même temps. C’est bien, vous êtes un chauffeur dévoué. Mais réfléchissez à ce que cela représente pour lui ou elle sur le plan mental. Voici un aperçu de ce qui se passe dans sa tête:

- Il ou elle fait ses devoirs pour l’école, apprend mille et une choses chaque jour et essaye de garder une longueur d’avance.

- À l’école, il ou elle est au cœur d’un groupe social avec des besoins, des dépendances et des contraintes.

- À la maison aussi, il ou elle est au cœur d’un groupe social marqué par une hiérarchie et des normes sociales.

- Mais dans le contexte du sport, il ou elle est au cœur d’un groupe social différent, avec une hiérarchie, des normes sociales, des règles comportementales et disciplinaires différentes pour chaque équipe.

Et cela vient s’ajouter à toutes les compétences qu’il ou elle est censée apprendre. Par ailleurs, chaque équipe a un entraîneur ayant une façon spécifique de motiver les enfants, parfois positive, parfois moins. Certains coachs font preuve d’empathie et encouragent les enfants à exprimer ce qu’ils et elles ressentent. D’autres les couvrent de honte lorsqu’ils et elles le font. L’équipe de natation habituée aux fins de classement est juste contente que votre enfant soit venu; l’équipe de foot prestigieuse menace de ne pas le ou la faire jouer s’il ou elle n’est pas au niveau. À mesure qu’il ou elle grandira, votre enfant aura les armes pour jongler entre plusieurs groupes sociaux et gérer les attentes de chacun, mais avant l’adolescence, ses capacités d’adaptation se développent encore. En règle générale, les enfants de moins de dix ans travaillent encore sur leurs compétences de communication d’équipe de base.

Quid des jeux vidéo?

Il y a une chose que je n’ai pas évoquée jusque-là, mais qui doit être prise en compte: les jeux vidéo. Ceux-ci ne constituent pas une activité physique et, pratiqués en excès, comme à peu près tout, ils ne sont pas très bons, et ce pour plusieurs raisons. Et pourtant, je préférerais que mon enfant passe cinq heures par semaine à jouer à un jeu vidéo coopératif plutôt que cinq heures de plus à la natation, par exemple. Bien choisis, les jeux vidéo peuvent aider les enfants à gagner en confiance et à développer leur résilience émotionnelle et leur capacité à communiquer en équipe. De plus, les enfants pourront s’amuser avec la théorie beaucoup plus rapidement que dans n’importe quel sport physique.

Être assis sur une chaise ou un canapé face à un écran n’est pas bon sur le plan physique, mais consommés avec modération et dans les limites adéquates, les jeux vidéo leur permettront de stimuler leur mental comme un sport d’équipe, sans le coût et les contraintes logistiques associées.

Vous pouvez par exemple décider de laisser votre enfant faire de la natation, un sport physique plutôt solitaire et très répétitif, ne nécessitant aucune créativité ou communication, mais aussi de le ou la laisser jouer à un jeu de stratégie en coopération avec son frère ou sa sœur pendant quelques heures par semaine.

Cela lui permettra de gagner en endurance, mais aussi de développer ses compétences fondamentales de communication en équipe, de réfléchir aux risques et aux récompenses (théorie du jeu) et d’apprendre à accepter de perdre dix fois pour chaque victoire obtenue.

Dans l’ensemble, votre enfant adulte sera heureux ou heureuse si son ou sa jeune «moi» a été suffisamment stimulée sur le plan mental, physique et émotionnel, satisfaite sur le plan social, capable d’obtenir la reconnaissance de ses parents et de ses éducateurs, et de s’amuser. Un mélange de la plupart des activités proposées aux enfants permettra d’y arriver, et tant que vous privilégierez ce qui est bon pour lui ou elle, vous ne risquez pas de faire le mauvais choix.

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