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La vie de princesse de Meghan Markle ne sera pas un conte de fée

Temps de lecture : 5 min

En épousant un membre de la famille royale britannique, l'actrice américaine enterre sa liberté.

La future princesse va devoir se plier à un certain nombre de règles... | TOBY MELVILLE / POOL / AFP
La future princesse va devoir se plier à un certain nombre de règles... | TOBY MELVILLE / POOL / AFP

Quand elle a conquis le cœur du célibataire le plus convoité d’Angleterre, on est des milliers à s’être dit que Meghan Markle nous avait volé notre vie, notre prince, notre joyau de la couronne. Tout bien réfléchi, une fois dépassée la jalousie de midinette sensible aux carrosses vintage et aux palais démesurés, on lui laisse volontiers cette vie. Trop de sacrifices: en épousant le prince Harry, plus qu’un engagement, Meghan signe pour une longue liste de renoncements.

Les précédentes petites amies d’Harry –Chelsy Davy, avec qui il a partagé sept ans d’idylle et Cressida Bonas, l’actrice-mannequin avec laquelle il s’est affiché pendant deux ans– ne s’y sont pas trompées: à l’approche de la question qui tue, elles ont poliment décliné et repris leur liberté.

Américaine, actrice, divorcée, métisse, protestante... Rien ne prédestinait Meghan à intégrer la famille royale britannique. Son histoire avec Harry a d’abord occasionné quelques sueurs froides à Buckingham, avant d’apparaître comme un formidable atout, l’occasion rêvée de faire entrer l’institution archaïque dans l’ère de la modernité. À une autre époque, rien de tout cela n’aurait existé, demandez donc à Édouard VIII [sa demande en mariage à l'Américaine Wallis Simpson, alors en instance de divorce d'avec son second époux, avait provoqué une crise, ndlr]...

Lasse des mariages arrangés qui se terminent inévitablement en drames houleux, pour son petit-fils préféré, la reine Elizabeth a autorisé l’union coup de foudre. Être seulement sixième dans l’ordre de succession au trône, comme l’est Harry, octroie au couple plus de liberté qu’à son frère aîné William et à sa belle-sœur, l’imperturbable duchesse de Cambridge. Il n’empêche, Markle va devoir se plier à un certain nombre de règles.

Le rôle de sa vie

Lorsqu’il est apparu évident que l’histoire d’Harry et Meghan devenait sérieuse, la jeune femme a été prise en main et «coachée» par une équipe de Kensington Palace afin de lui inculquer les bases de la culture royale britannique (protocole, bonnes manières, étiquette, «never complain, never explain»…). Faux pas interdit quand l’image et la popularité de la monarchie sont en jeu.

Pour espérer devenir l’épouse du chouchou des Anglais, Meghan Markel a d’abord dû renoncer à sa carrière. Duchesse, c’est un job à plein temps, un agenda imposé par un secrétaire personnel et des services de communication, rempli de voyages diplomatiques, d’engagements caritatifs, d’inaugurations diverses et variées, de mondanités, de cocktails… Après sept saisons, Meghan a ainsi mis un terme à son contrat avec la série Suits. On peut aussi envisager la chose sous un autre angle: pour celle qui a toujours rêvé d’être en haut de l’affiche et qui à 36 ans peinait toujours à percer, convoler avec Harry, c’est attraper le rôle de sa vie.

Avant de pouvoir prononcer le «oui» et de parader en calèche dans les rues de Windsor, la jeune femme a aussi dû changer de religion. Élevée dans la foi protestante, pour plaire à la reine –la cheffe de l’Église anglicane–, Meghan a été rebaptisée et confirmée par l’archevêque de Canterbury. Viendra ensuite le moment d’adopter la nationalité britannique, une démarche pour laquelle le palais a assuré qu’elle ne bénéficierait d’aucun passe-droit.

Meghan a également renoncé à sa liberté d’expression. Engagée, hyper connectée, elle alimentait des comptes Instagram, Twitter, Facebook et un blog lifestyle appelé «The Tig». Les communicants de Kensington ont veillé à la fermeture de toutes ces petites choses et à effacer les traces du passage de Miss Markle sur internet. Au-delà de sa vie en ligne, c’est tout le réseau social de Meghan qui est impacté, sa liberté de déplacement, de faire ce que bon lui semble et avec la personne de son choix. Les courses rapides au coin de la rue sont impossibles à moins d’une escorte de sécurité, idem pour les sorties entre copines –pour éviter les photos pompette de fin de soirée. Désormais, le bon temps se prendra sur le yacht royal, en privé. Et les amis devront être triés sur le volet.

On s’y confronte et on le surmonte, ou pas

Inévitablement, Meghan Markle a sacrifié sur l’autel du mariage royal son intimité et celle de sa famille. Le grand déballage auquel on assiste depuis quelques temps le prouve. Sous les feux des médias, les Markle ont craqué. Son père a été pris en flagrant délit de fausses paparazzades, conseillé par la demi-sœur jalouse de la future mariée qui cherchait à «redorer leur image», et empocher un chèque au passage. À quatre jours de la cérémonie, on a vu débarquer à Londres les ex-belle sœur et neveux de Meghan. Pourtant pas invités à la noce, ils devaient commenter le mariage dans l'émission «Good Morning Britain», même s’ils n’ont pas eu de contacts avec la mariée depuis vingt ans. Il ont finalement été déprogrammés au dernier moment. On a tous un tonton zinzin ou une cousine perchée, on ne choisit pas sa famille. Mais celle de Meghan, entrée dans la lumière avec elle, voit ses dossiers scabreux étalés chaque jour en unes des tabloïds. Un feuilleton nauséabond.

Enfin, Meghan Markle, féministe engagée, devra tirer un trait sur toute expression d’une opinion politique. Plus de sorties sur la misogynie de Donald Trump, de soutien à un candidat ni d’avis sur le Brexit (elle était contre). C’est la tradition, la famille royale n’a qu’un rôle diplomatique, d’apparat, elle se doit d’entretenir un certain mystère et ne se mêle jamais de politique en public. La monarchie, c’est ce qui ne bouge pas quand tout fout le camp… D’où l’importance de son image neutre.

Et à propos d’image, la Californienne a dû abandonner son dressing. Déjà conseillée et dotée d’une assistante personnelle, elle se verra dotée d’une styliste, en charge de sa garde-robe de duchesse. Critiquée pour avoir choisi une tenue trop onéreuse et transparente pour les photos de fiançailles, Meghan sera scrutée à chacune de ses apparitions, sommée d’abandonner jeans troués, robes très courtes, décolletés plongeants ou vernis à ongles sombre… Designer, style, provenance du produit, chaque détail aura son importance.
Les observateurs les plus conservateurs ne laisseront rien passer. Le Daily Mail se fait un devoir de relever la moindre entorse aux traditions séculaires, de collecter chaque semblant de faux-pas: elle coupe la parole, marche devant Harry, donne l’accolade aux gens, regarde trop les caméras, s’habille trop sexy… Et pourtant, c’est toujours grâce à des femmes de caractère qu’a perduré la couronne. Victoria, Elizabeth, Diana, Kate la roturière… et peut-être un jour Meghan l’Américaine?

L’histoire ne fait que commencer. On ne va pas se mentir, on attend de Meghan qu’elle donne naissance à un héritier. Et si possible dans l’année, merci. Personne ne peut imaginer ce que représente le fait d’intégrer «la Firme», pas même une actrice née à Los Angeles et élevée à la sauce hollywoodienne. L’attention constante, les attentes, le poids des traditions... Toute déterminée et média-trainée qu’elle soit, Meghan ne sera jamais totalement préparée. On s’y confronte et on le surmonte, ou pas.

Il y a quelques années, Meghan Markle écrivait: «Je n’ai jamais voulu être une lady qui lunche. Je veux être une femme qui travaille». Elle est désormais une royal à plein temps. Un engagement à vie.

Maud Garmy

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