Monde

Israël est la meilleure et la pire des choses qui soit arrivée au monde juif

Temps de lecture : 3 min

[Blog, You will never hate alone] L'existence de l'État hébreu, quand il en vient à faire montre d'une intransigeance redoutable, met à mal l'impératif de la morale au cœur de l’identité juive. Ou autrement dit, comment être juste et fort à la fois?

Flickr/Paolo Massa-10 days across Israël
Flickr/Paolo Massa-10 days across Israël

Saigne mon cœur quand je vois tomber par dizaines des hommes et des femmes atteintes d'une balle de fusil qui leur aura transpercé le corps. Pourtant, je ne suis pas dupe. Je connais le poids d'hypocrisie des dirigeants du Hamas, je sais comment ils peuvent instrumentaliser leur population afin de la précipiter vers une mort assurée et s'attirer ainsi les bonnes grâces de l'opinion internationale. Je n'ignore rien de leurs projets funestes quant au devenir d'Israël, je connais leur foi obtuse et rétrograde, leur haine du juif, leurs croyances en un prophète dont ils travestissent le message pour mieux sentir passer sur eux le souffle du divin; non, de tout cela, je ne suis dupe de rien.

Et pourtant, il m'est impossible en tant qu'être humain et à fortiori en tant que juif de me réjouir de la mort d'autres êtres humains surtout quand elle survient d'une manière si brutale. L'Histoire m'a beau appris à m'endurcir le cœur, ce dernier ne peut rester insensible au spectacle de ces vies fauchées, de ces morts survenues dans l'après-midi, de ces corps mutilés, de ces cœurs saccagés, de toute cette désespérance qui lorsqu'elle s'ajoute à l'ignorance et au fanatisme, conduit certains à aller au devant de leur destin, dans cet appel de la mort appréhendé comme un premier triomphe.

Sans illusions

Je suis sans illusions: je comprends, dans une certaine mesure, l'intransigeance israélienne, je sais d'où elle vient, je vois sa raison d'être, ses racines qui plongent au cœur de l'histoire d'un peuple, mille fois brimé, mille fois exterminé, mille fois déporté; je mesure combien il est aisé de donner des leçons de morale quand, dans le confort douillet de la diaspora, nous n'avons pas à craindre pour nos vies ni pour celles de nos enfants, quand nos existences s'écoulent, tranquilles et paisibles, encerclées d'aucun ennemis qui n'auraient comme seule obsession de nous rejeter à la mer.

C'est là l'effroyable complexité du problème auquel se retrouve confronté Israël. Jusqu'où faut-il aller dans la mansuétude pour laisser un peuple vivre à ses frontières quand on sait, dans sa chair et dans son sang, dans son histoire et très certainement dans son avenir, par les guerres passées, que la moindre étourderie, le plus petit des relâchements sera mis à profit pour instaurer un régime qui n'aura cesse de vous harceler jusqu'à ce que vous finissiez par rendre l'âme?

Comment être tout à la fois fort et juste ?

Nul besoin d'être prophète pour savoir que tout ceux qui aujourd'hui réclament à cor et à cri la création d'une entité palestinienne indépendante, demain -comme hier- tourneront pudiquement le regard quand de cette terre que les juifs ont appris à domestiquer et à rendre fertile, ils seront expulsés ou éliminés jusqu'à ce qu'il n'en reste plus un; d'indifférence, ils hausseront les épaules comme naguère leurs pères qui ne bronchèrent pas quand passaient sous leurs yeux dociles ces trains en partance vers des destinations dont le seul souvenir ensanglante nos mémoires au point parfois de l'obscurcir.

Rien n'est simple dans cette affaire-là et je crains qu'il n'existe point de bonnes solutions. Le nationalisme outrancier qu'adopte Israël ces derniers temps ne mène à rien, si ce n'est à un dévoiement du judaïsme, à une atrophie de la pensée hébraïque qui ne peut exister dans l'exaltation aveugle d'un sentiment identitaire qui provoquerait bains de sang sur bains de sang. Et l'autre solution, qui verrait accéder la Palestine à son indépendance sans pour autant renoncer à la lutte ne serait-ce que sous la forme d'une armée nationale, serait comme un suicide programmé dont il faudrait porter le poids devant les générations futures qui ne manqueraient pas de reprocher à leurs pères leur naïveté coupable.

La paix est un pari

Il faudrait alors imaginer une Palestine totalement désarmée qui, pour le rester, devrait non seulement s'engager à ne jamais servir de base arrière à une quelconque forme de terrorisme mais admettre aussi qu'on ne saurait se satisfaire de sa seule parole, c'est-à-dire, autoriser un regard extérieur et non partisan qui surveillerait toute entrée dans son territoire du moindre camion, du moindre colis, ingérence dont aucun pays au monde ne pourrait se satisfaire.

Israël est nécessaire à l'âme juive parce que sans lui, elle serait à la merci de nations qui n'ont toujours pas fait le deuil de l'exterminer tout à fait. Mais avec lui, elle doit apprendre à composer avec les exigences d'un état moderne soucieux avant tout de protéger la vie de ses habitants. Au risque d'abîmer son idéal démocratique par le recours à une violence systémique bien difficile à concilier avec cette exigence de la morale qui fut toujours au cœur de l’identité juive.

On en est là.

La paix est toujours un pari.

Dans le conflit israélo-palestinien, elle ressemble de plus à plus à de la roulette russe.

Laurent Sagalovitsch romancier

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