Santé

James Harrison, l'homme dont le sang a sauvé 2,4 millions de bébés

Temps de lecture : 2 min

L'«Homme au bras d'or» a donné son précieux plasma 1173 fois en 60 ans, soit une fois tous les 19 jours. Mais l'heure de la retraite a sonné.

Deux mascottes chinoises du don du sang | Gwydion M. Williams via Flickr CC License by
Deux mascottes chinoises du don du sang | Gwydion M. Williams via Flickr CC License by

Avant de devenir l'«Homme au bras d'or», James Harrison était un jeune homme à la santé fragile. En 1951, à l'âge de 14 ans, des chirurgiens ont dû enlever l'un des poumons de ce citoyen australien. Une opération qui lui valut ensuite trois mois de convalescence à l'hôpital. Dès cet âge, Harrison comprit l'importance de donner régulièrement son sang, lui-même n'ayant dû son salut qu'à la générosité de donneurs ou de donneuses anonymes.

Harrison attendit patiemment d'avoir 18 ans, âge à partir duquel il est possible de donner son sang en Australie, puis il se mit à se rendre régulièrement à l'une des adresses indiquées par la Croix Rouge australienne afin d'y accomplir la mission qu'il s'était fixée.

Un jour, les services de santé du pays contactèrent John Harrison, considéré comme l'homme providentiel. Pour une raison mal connue, son sang contient des anticorps anti-D extrêmement rares et particulièrement précieux pour permettre de lutter contre une maladie extrêmement meurtrière: la maladie hémolytique du nouveau-né (MHN), par laquelle les anticorps anti-D de certaines femmes enceintes détruisent les globules rouges de leurs bébés à naître. Conséquences de la MHN: fausses couches en pagaille, bébés morts-nés... et les enfants qui parvenaient à survivre présentaient souvent des déficiences au niveau de certaines fonctions du cerveau.

Ainsi est né l'Anti-D

Il se trouve qu'à l'époque, James Harrison est le seul individu de la base de données australienne à posséder les anticorps nécessaires à la lutte contre la MHN. Dès 1967, après quelques expérimentations menées avec son accord, les médecins ont pu commencer à injecter ce qu'ils ont appelé l'Anti-D, composé en grande partie du plasma de Harrison.

On estime à 17% le taux de femmes enceintes ayant besoin de ce type d'injections. James Harrison ayant donné son plasma plus d'un millier de fois, on estime qu'il a permis à environ 2,4 millions de bébés de rester en vie et en bonne santé.

Selon les spécialistes, la composition atypique du sang de celui qu'on a surnommé l'«Homme au bras d'or» serait due aux importants dons de sang (près de 4 litres) dont il a été le destinataire à l'âge de 14 ans. «C'est probablement mon seul talent», affirme humblement l'Australien, heureux d'avoir pu aider tant d'êtres humains à survivre. Parmi eux, ses propres petits enfants, puisque sa Tracey a reçu des injections d'Anti-D en 1992.

Vendredi 11 mai, Harrison a effectué son 1173ème et dernier don de plasma. Âgé de 81 ans, il a dépassé depuis quelques temps la limite d'âge pour le don de sang et de plasma, fixée à 80 printemps en Australie. C'est avec beaucoup d'émotion que le personnel du centre de don du sang de la Croix Rouge, où l'homme avait l'habitude de se rendre, l'a accueilli. IUl aura donc donné son plasma une fois tous les 19 jours en moyenne, sachant que le délai minimum entre deux dons est de 14 jours. Harrison aura donc été aussi régulier que généreux.

Fort heureusement, la retraite de James Harrison n'est pas synonyme de tarissement pour l'Anti-D. En Australie, on recense actuellement 200 personnes dont le plasma présente des propriétés voisines. Reste à savoir si ces donneurs et donneuses feront preuve d'autant d'abnégation que ce glorieux modèle.

En savoir plus:

Newsletters

Face au Covid, deux camps d'experts: les rassuristes et les précautionneux

Face au Covid, deux camps d'experts: les rassuristes et les précautionneux

Les uns estiment qu'il est temps de passer à autre chose, les autres qu'il faut rester sur ses gardes. Un débat qui, au-delà de son aspect scientifique, est éminemment politique.

Un traitement contre une maladie génétique modifie radicalement la couleur des cheveux

Un traitement contre une maladie génétique modifie radicalement la couleur des cheveux

La thérapie expérimentale n'a pas eu que l'effet escompté.

Abandonnons la «guerre à la drogue»: le sujet, c'est comment mettre en place la légalisation

Abandonnons la «guerre à la drogue»: le sujet, c'est comment mettre en place la légalisation

La perpétuation de ce combat, perdu depuis longtemps, se nourrit d'évidences fausses peinant à irriguer le sens commun de nos sociétés tout en échouant à freiner le bouillonnement mondial qui les menace.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio