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Les compagnies aériennes tardent à réagir contre le harcèlement sexuel des personnels navigants

Temps de lecture : 2 min

Particulièrement touché par les agressions verbales ou sexuelles, le personnel de bord se sent très peu soutenu.

Sara Nelson, porte-parole de lAFA (Association of Flight Attendants) | capture d'écran Youtube
Sara Nelson, porte-parole de lAFA (Association of Flight Attendants) | capture d'écran Youtube

L'AFA (Association of Flight Attendants), qui regroupe 50.000 hôtesses de l'air et stewards des compagnies américaines, vient de publier les résultats d'une étude rassemblant les témoignages de 3.500 membres du personnel navigant. Issues de 29 compagnies aériennes différentes, les personnes interrogées (80% de femmes et à 20% d'hommes afin de coller à la réalité) ont notamment été invitées à dire si elles avaient été exposées au harcèlement sexuel au cours de leur carrière, et plus particulièrement lors des 12 derniers mois.

Les résultats sont édifiants. 68% du personnel de bord des avions ont déjà subi du harcèlement sexuel. Rien que sur l'année écoulée, 35% des hôtesses et stewards ont subi du harcèlement verbal, dont un tiers plus de 5 fois sur l'année. Certains passagers n'hésitent pas à employer un langage «désagréable, non désiré, obscène, cru, inapproprié, dérangeant, sexuel, suggestif, sale», comme le répertorie l'enquête. Si une partie se «contente» d'allusions salaces, d'autres n'hésitent pas à raconter leurs fantasmes sexuels au personnel, et à demander des faveurs sexuelles ou des vidéos pornographiques.

En outre, 18% des hôtesses et stewards ayant participé à l'étude affirment avoir subi du harcèlement sexuel physique lors de l'année passée. 40% d'entre elles et d'entre eux l'ont même vécu plus de 3 fois. On parle bien ici de passagers ayant «touché, palpé, tiré, attrapé, tâté, giflé, frotté, caressé» les seins, les fesses ou l'entrejambe des membres du personnel navigant.

Seulement 7% des situations signalées

Quel que soit le type de harcèlement, la principale réaction des victimes et de se contenter d'éviter leur agresseur jusqu'à la fin du voyage, le plus souvent avec la complicité de leurs collègues. D'autres n'hésitent pas à en parler directement avec le passager incriminé, mais ceci est moins fréquent. Dans le même ordre d'idée, seulement 7% des personnels victimes ont signalé des situations de harcèlement à leurs employeurs.

Ce chiffre très faible est lié au suivant, édifiant: 68% des personnels navigants interrogés estiment que les compagnies aériennes ne font rien pour traiter ce genre de problèmes, laissant les membres de l'équipage faire face sans aucun soutien à la monstruosité de certains voyageurs.

«Les personnels navigants ne devraient pas avoir à douter du fait que leur compagnie les soutiendra en cas de signalement d'un cas de harcèlement ou en cas de réaction immédiate pendant le vol, que la victime soit membre de l'équipage ou simple passagère», explique Sara Nelson, présidente de l'AFA.

D'après le Los Angeles Times, qui a relayé l'enquête, certaines compagnies ont cependant pris les choses en main, même si elles restent pour l'instant minoritaires. Les bons élèves sont Spirit Airlines, United et Alaska Airlines. Cette dernière, sous l'influence de son grand chef Brad Tilden, a annoncé qu'un grand programme de protection des personnels et de la clientèle était en train d'être mis en place.

L'exemple Alaska Airlines

«Pour être clair, le harcèlement et les agressions sexuelles n'ont rien à faire dans notre environnement, ni ailleurs», a récemment écrit le PDG dans un article de blog destiné à marquer son engagement. Une réaction absolument normale mais qui, à cet instant, apparaît encore comme assez exceptionnelle étant donné le silence coupable de la plupart des autres patrons de compagnies aériennes.

En janvier dernier, Alaska Airlines avait indiqué la direction à emprunter en bannissant définitivement un voyageur de San Diego coupable d'avoir délibérément touché les fesses d'une hôtesse. Et ceci malgré les dénégations de l'accusé, qui s'était aussitôt victimisé en évoquant «du sexisme inversé à l'encontre des hommes».

Quelques mois plus tôt, la compagnie aérienne avait également pris très au sérieux des accusations de harcèlement postées sur Facebook par Randi Zuckerberg, ancienne porte-parole du site fondé par son frère, contre son voisin de siège. «Je leur suis reconnaissante de prendre la situation au sérieux», écrivait ensuite l'entrepreneuse, ce qui devrait sembler parfaitement normal dans un monde un peu sensé.

Slate.fr

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