Parents & enfants

L'Utah permet désormais aux parents d'élever leurs enfants «en semi-liberté»

Temps de lecture : 2 min

Depuis le 8 mai, une loi les autorise à surveiller leur progéniture de moins près. En tout cas dans certaines situations.

We are family in Shanghai | Matthias Ripp via Flickr CC License by
We are family in Shanghai | Matthias Ripp via Flickr CC License by

En mars dernier, le gouverneur de l'Utah Gary Herbert faisait passer un amendement initulé «free-range parenting», qui redéfinit la négligence parentale dans un but d'assouplissement. Aux États-Unis, l'appellation fait sourire car le terme «free-range» désigne aussi les poulets élevés en semi-liberté. Dans l'état, l'amendement est entré en application le 8 mai dernier.

L'objectif est double. D'abord, il s'agit de déculpabiliser les parents, qui pourront désormais laisser leurs enfants jouer devant leur domicile ou se rendre à l'école seuls sans que cela tombe sous le coup de la loi. S'y ajoute l'envie de rendre les enfants plus libres et plus autonomes.

C'est ce pour quoi militent des associations américaines comme Free-Range Kids, dirigée par Lenore Skenazy, qui s'est félicitée que l'Utah permette de déculpabiliser les parents en insufflant un peu d'oxygène dans leur existence et celle de leurs enfants.

La «pire mère du monde»

En 2008, Lenore Skenazy se targuait notamment d'avoir laissé son fils prendre seul le métro à l'âge de 9 ans, sans le surveiller ni lui confier de téléphone mobile, ce qui lui a longtemps valu le surnom de «pire mère du monde». Elle milite depuis longtemps pour que les enfants puissent prendre leur indépendance dès que leur degré de maturité est considéré comme suffisant et non quand la société commence à ne plus le voir d'un mauvais œil.

Lenore Skenazy fut également l'une des défenderesses les plus virulentes de Danielle et Alexander Meitiv, un couple du Maryland accusé de négligence en 2015 pour avoir laissé sa fille de 6 ans et son fils de 10 ans parcourir sans surveillance le kilomètre et demi qui séparait un parc du domicile familial.

Quartz a publié l'extrait qui a été ajouté à la loi dans ce sens. Ce paragraphe consiste à exclure de la notion de négligence familiale le fait de «permettre à un enfant, dont les besoins vitaux sont assurés et qui est suffisament âgé et mûr pour éviter que cela lui porte préjudice ou que le risque de préjudice soit déraisonnable, de se livrer à ces activités en toute indépendance:

- se rendre à l'école et en revenir, que ce soit en marchant, en courant ou à bicyclette,

- se rendre dans des boutiques ou installations de loisir et en revenir,

- jouer en extérieur,

- rester sans surveillance dans un véhicule [sauf sous certaines conditions, notamment climatiques],

- rester à son domicile sans surveillance,

- ou se trouver dans toute situation du même type».

Dans l'amendement, il est précisé que le terme «enfant» concerne tout être humain de moins de 18 ans, sans aucune précision d'un âge minimum. La loi joue doublement sur la confiance: celle de l'Utah envers les parents, et celle des parents envers leurs enfants. Reste à savoir comment, en cas de problème et de procès, la responsabilité de chacun et de chacune sera établie. Pas simple avec un texte aussi flou.

On peut aussi voir le texte de façon plus positive et le considérer comme un véritable encouragement à lâcher du lest, adressé à une génération truffée de parents hélicoptères, qui peinent notamment à accepter de laisser ses gosses aller acheter le pain ou traverser la rue.

Slate.fr

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