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Le Canada accusé d'avoir mené des expériences sur les populations autochtones

Temps de lecture : 2 min

Entre les années 1930 et 1970, les Autochtones placés dans des réserves ou des pensionnats auraient été utilisés pour tester de nouveaux vaccins ou traitements. L'affaire est aujourd'hui portée devant la justice.

Des enfants au pensionnat indien de Fort Simpson, dans les Territoires du Nord-Ouest, au Canada, en 1922 | Wikimedia CommonsLicense by

Depuis la reconnaissance en 2015 par la Commission de vérité et réconciliation du Canada d'un génocide culturel mené par le gouvernement à l'encontre des populations autochtones à travers sa politique d'assimilation forcée, la situation des Autochtones ne s'est guère améliorée, et leurs luttes pour la reconnaissance et l'égalité continuent.

Une action collective devant une cour de la province de la Saskatchewan met en cause le gouvernement canadien pour des expériences médicales qui auraient été conduites sur des indigènes dans les réserves, les pensionnats, les hôpitaux indiens et les sanatoriums, sans leur consentement, entre les années 1930 et 1970.

Selon le recours, déposé par le Merchant Law Group (MLG) qui réclame une compensation financière pour les personnes affectées, le gouvernement aurait maintenu une politique de soin discriminatoire envers les Autochtones, soumis à des traitements et des procédures inadéquates et de qualité inférieure, dans le cadre d'un système de santé ségrégé mis en place entre 1945 et le début des années 1980.

Des expériences sur les enfants des pensionnats

Le MLG avance que certains pensionnats autochtones, financés et supervisés par le gouvernement fédéral –le dernier, implanté à Saskatchewan, a fermé en 1996, étaient utilisés pour mener des expériences nutritionnelles sur les enfants, afin que des chercheurs puissent tester leurs théories sur les vitamines, certains aliments et des nouveaux vaccins.

Souvent en situation de carence alimentaire, les enfants autochtones étaient utilisés comme sujets d'expériences témoins vis-à-vis de recherches menées ailleurs, ce qui consistait souvent à les priver de nutriments supposés être bénéfiques.

«Les documents judiciaires décrivent jusqu'où des chercheurs ont pu aller pour protéger leurs résultats: après qu'un directeur à Kenora, en Ontario, a demandé à ce que tous les enfants des pensionnats reçoivent des comprimés et fer et de vitamines, un chercheur lui a demandé de renoncer à le faire, car cela interférerait avec son expérience. Dans d'autres cas, des chercheurs ont refusé d'administrer des traitements dentaires à des enfants, craignant que des dents et gencives en bonne santé ne faussent leurs résultats», énumère le Guardian.

Quand il ne s'agissait pas de privations, les expériences ont pu impliquer des tests de médicaments expérimentaux, et les résistances des Autochtones, des violences physiques. Utilisées pour tester des vaccins contre la tuberculose, la dysenterie amibienne, des traitements auditifs ou oculaires, les victimes pourraient se chiffrer par milliers.

Reconnaître les crimes commis contre les peuples autochtones

«Certaines personnes ne savent même pas qu'elles ont fait l'objet d'expériences. Dans certains cas, nous pouvons prouver que les directeurs des écoles ont dit: "Eh bien, nous avons besoin du consentement", ou qu'ils ont dit: "Nous n'allons pas demander le consentement"», rapporte l'avocat Tony Merchant, le fondateur du MLG qui porte l'affaire.

Le gouvernement fédéral n'a pas encore examiné les déclarations du MLG, qui présente comme plaignant John Pambrun, un Autochtone de 77 ans ayant passé six ans de son enfance dans les hôpitaux et les sanatoriums indiens, où il s'est vu retirer une partie de son poumon droit comme «traitement contre la tuberculose», tuberculose dont il semble n'avoir jamais été atteint selon les dossiers médicaux. «Nous sommes justes mystifiés», dénonce Merchant, qui poursuit:

«Nous sommes dans une période où nous racommodons notre relation avec les peuples indigènes. Donc revenir en arrière et reconnaître que du mal a été fait et payer des compensations est à mon avis important.»

Slate.fr

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