Monde / Économie

Le quartier le plus cool de Berlin ne veut pas de Google

Temps de lecture : 2 min

Alors que Google souhaite établir un nouveau campus à Berlin, les locaux, qui craignent une accélération de la gentrification, se mobilisent.

Une manifestation contre l'installation de Google à Kreuzberg, Berlin, le 11 janvier 2018. Sur la banderole: "Un centre social plutôt que le campus Google" | Maurizio Gambarini / DPA / AFP
Une manifestation contre l'installation de Google à Kreuzberg, Berlin, le 11 janvier 2018. Sur la banderole: "Un centre social plutôt que le campus Google" | Maurizio Gambarini / DPA / AFP

À Berlin, on ne veut pas de Google et on le fait savoir haut et en couleur, vertement: les murs de Kreuzberg arborent des graffitis «Fuck off Google», le journal «Shitstorm: Against Google, Displacement and Tech Dominance» est distribué depuis un an, quand la bibliothèque anarchiste du quartier, Kalabal!k, accueille deux fois par mois des «cafés anti-Google» pour «une lutte informelle et auto-organisée contre le campus Google de la rue Ohlauer à Kreuzberg».

C'est que le géant du web envisage d'installer son septième campus mondial dans ce quartier alternatif de Berlin, à la place d'une ancienne station électrique actuellement utilisée comme espace pour des opérations événementielles. Alors que l'ouverture était prévue pour septembre 2017, elle a été repoussée à cet automne.

Une augmentation des loyers de 70%

Si Google a déjà un bureau dans Berlin-Mitte, juste au nord de Kreuzberg, quartier qui accueille lui-même plusieurs sociétés de médias et de nouvelles technologies, l'annonce de l'implantation du géant a suscité une forte réaction militante.

«La compagnie a buté sur des tensions déjà existantes, dues au déplacement d'entreprises locales, d'artistes et de résidents de longue date à cause de l'augmentation des loyers et de la gentrification, tandis que sa marque est considérée comme un symbole des changements économiques et culturels», explique The Guardian.

Un porte-parole de Google a déclaré que les problèmes liés à la gentrification de Kreuzberg étaient entendus et pris en compte par l'entreprise. Ils ne sont pourtant pas nouveaux, et les politiciens locaux comme les activistes et les groupes de locataires y travaillent depuis des années: entre 2004 et 2016, les loyers berlinois ont augmenté de près de 70%, le quartier de Friedrichshain-Kreuzberg étant le plus touché par cette inflation en partie liée au «boom des nouvelles entreprises».

Interrogé par le Guardian, Konstantin Sergiou, un membre de l'organisation de défense d'une petite épicerie, Bizim Kiez, qui lutte activement contre la gentrification berlinoise, met en regard la volonté de certains politiques de promouvoir la «numérisation de Berlin» et l'inquiétude des groupes de voisinages mobilisés contre la spéculation sur les loyers consécutive à l'installation de startups. Il prend également l'exemple de Sidewalk Labs, une compagnie appartenant à Alphabet Inc. (la maison mère de Google) qui vient de proposer un réaménagement du front de mer de Toronto, comme raison supplémentaire de s'inquiéter de l'avenir et de la possible dénaturation de Kreuzberg, un quartier réputé pour sa créativité et son offre d'espaces alternatifs.

Que Google s'engage à faire partie de la solution

Florian Schmidt, un politique rattaché à L’Alliance 90/Les Verts, médiateur entre les habitants et le GAFA, cherche à tempérer le débat et à éviter les deux extrêmes («combattre la communauté des startups» tout autant que «laisser régner la loi du marché de sorte que la croissance amène le quartier à changer radicalement»). Il rappelle que le campus Google ne devrait compter que peu d'employés, bien que le bâtiment ait une capacité de deux-cent personnes –Google en emploie actuellement une centaine à Berlin:

«Ce n'est en réalité pas énorme, mais en tant que marque mondiale, cela pourrait attirer plus d'acteurs commerciaux. [...] Je ne dis pas que Google ne doit pas venir ici, mais ils doivent comprendre qu'ils font partie de quelque chose qui effraye vraiment les gens... Si une aussi grande entreprise veut rejoindre le quartier le plus cool, le plus rebelle, le plus créatif de Berlin –et peut-être d'Europe–, alors il doit y avoir un moyen pour qu'ils contribuent à sauver ce quartier.»

Slate.fr

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