Sciences

Comment le pouvoir génère des connards

Temps de lecture : 2 min

Chez les hommes et les femmes, des taux élevés de testostérone semblent autant associés à la soif de pouvoir qu'aux envies d'en abuser.

La place du chef | Benjamin Child via Unsplash CC License by
La place du chef | Benjamin Child via Unsplash CC License by

La chose n'est pas nouvelle: les personnalités narcissiques ont tendance à apprécier les positions de pouvoir. Pour certains psychologues et psychiatres, Donald Trump en serait le parangon, le type prêt à tout pour rester au sommet de la chaîne alimentaire, y compris et surtout en avilissant ses congénères et en se pensant au-dessus des lois et des normes applicables au commun des mortels.

Une étude publiée dans le numéro d'avril de la revue Journal of Experimental Psychology: General va un peu plus loin: non seulement les égocentriques seraient attirés par le pouvoir, mais le pouvoir agirait comme un révélateur à tendances narcissiques.

«Les individus narcissiques se croient tout permis», explique Nicole Mead, professeur associé à l'université de Melbourne (Australie) et auteur principal de l'étude. «Ils exigent qu'on les respecte et attendent qu'on leur accorde des privilèges exclusifs. Ils sont disposés à exploiter autrui pour obtenir ce qu'ils veulent. Mais le pouvoir ne transforme pas tout le monde en tyran, par contre, s'il vient à tomber entre les mains de ceux qui le désirent le plus ardemment, ses effets peuvent être très pernicieux.»

Certains facteurs alimentent le narcissisme

Cette soif de pouvoir et les risques d'en abuser semblent avoir une source hormonale. Mead et ses collègues montrent en effet que les individus dotés d'un taux élevé de testostérone –hommes comme femmes– sont les plus susceptibles de vouloir dominer les autres, quitte à en passer par l'oppression et la persécution.

«Cette étude est l'une des premières à examiner les facteurs alimentant la montée du narcissisme et à mettre en évidence les changements dans les opinions personnelles peuvant expliquer l'influence corruptrice du pouvoir», précise Mead.

Pour tester leur théorie, les scientifiques ont recruté 206 hommes et femmes, avant de leur dire qu'ils participaient à une étude sur la dynamique collective. Chaque volontaire devait fournir un échantillon de salive.

Parce que les hommes ont en moyenne davantage de testostérone que les femmes, les chercheurs ont normalisé cette donnée pour chaque sexe, ce qui leur a permis d'examiner la réaction des individus au pouvoir en fonction de leurs taux hormonaux –relativement élevés ou faibles.

Lors de l'expérience, les volontaires allaient devoir accomplir des tâches censées mesurer leurs capacités de leadership. Ensuite, les chercheurs ont annoncé à tous les participants qu'ils avaient obtenu la meilleure note de leadership, avec seulement la moitié d'entre eux recevant la distinction de «chef», signifiant le droit de contrôler comme bon leur semblait leurs subordonnés et les récompenses associées à l'exercice collectif.

Il en ressort que les hommes et les femmes ayant un taux de testostérone inférieur au taux de référence de leur sexe ne deviennent pas narcissiques lorsqu'ils sont mis en position de pouvoir. À l'inverse, lorsqu'ils obtiennent le rang de «chef», les individus les plus testostéronés voient augmenter deux traits essentiels du trouble de la personnalité narcissique: l'idée que tout vous est dû et la propension à l'exploitation d'autrui pour arriver à vos fins.

Newsletters

On va construire sur la Lune et sur Mars (avec la poussière trouvée sur place)

On va construire sur la Lune et sur Mars (avec la poussière trouvée sur place)

Quant au sang et à l'urine des astronautes, ils pourraient permettre de fabriquer du ciment.

Pourquoi l'accouchement est plus difficile chez les humains que chez les grands singes

Pourquoi l'accouchement est plus difficile chez les humains que chez les grands singes

Une étude très récente s'est intéressée à l'accouchement chez les australopithèques pour comprendre depuis quand donner naissance était si compliqué pour notre espèce.

Covid long et travail: la double peine pour les malades

Covid long et travail: la double peine pour les malades

Les symptômes persistants forcent certains travailleurs à trouver des solutions par eux-mêmes pour conserver leur emploi, quand ils ne sont pas tout simplement contraints de le quitter.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio