Le salaire de Proglio n'est pas le problème
L'enjeu de la polémique du patron d'EDF et de Veolia? L'autorité de l'Etat sur les patrons d'entreprises publiques.
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Toutefois, quelques semaines plus tard, la tutelle gouvernementale était obligée de manger son chapeau: la rémunération globale du patron aux deux casquettes englobait bien deux salaires, l'un d'EDF, l'autre de Veolia. Henri Proglio passait outre la position du gouvernement sur le sujet, et Christine Lagarde tentait publiquement d'expliquer à l'Assemblée nationale -mais d'une voix froide et avec un regard de glace- que le cumul des rémunérations se justifiait par la hauteur des salaires sur le marché des grands patrons du privé dont Henri Proglio est issu. Deux millions d'euros par an: le talent est à ce prix; moins cher, on ne vaut rien.
Mais l'information offusqua tellement l'opinion publique, et fit naître une telle bronca au sein même des parlementaires de la majorité à la veille d'une consultation électorale, que le patron d'EDF fit savoir jeudi 21 janvier qu'il renonçait finalement au quart de sa rémunération que devait lui verser Veolia. Dès vendredi 22 janvier, Christine Lagarde, qui aurait appris ce revirement par une dépêche, se félicitait qu'un patron d'entreprise publique soit à ce point passionné par sa fonction qu'il renonçât à un demi million d'euro par an, pour n'en garder qu'un million et demi. Ce qui se passe de commentaire.
Une tutelle publique ridiculisée
On peut retenir au moins trois conclusions de cet épisode déplorable. D'abord, un patron peut s'autoriser à passer outre la position de sa tutelle quand il s'agit de négocier son salaire, et s'affranchir aussi des us dont relèvent les entreprises publiques. Ensuite, un ministre peut accepter de se dédire sans estimer perdre le sens de sa fonction. Certes, l'affaire n'est pas capitale, elle n'en est pas pour le moins édifiante. Enfin, ces tergiversations sont révélatrices de la perte de considération des valeurs liées au service public, et de l'absence d'anticipation des conséquences de certaines décisions sur l'opinion publique. Politiquement, ce qui sera peut-être une non affaire pourrait bien laisser des traces.
Qui est le patron?
Car qui est le patron d'une entreprise publique? L'Etat, comme l'a rappelé François Fillon, Premier ministre, mercredi 20 janvier (la veille du revirement d'Henri Proglio...) aux patrons d'EDF et d'Areva pour les enjoindre de régler leurs différends. La crise économique aura au moins eu comme résultat de réintroduire la puissance publique dans le monde des affaires, et de la décomplexer un peu vis-à-vis du pouvoir financier à l'origine de la déroute. Avant la crise, on introduisait de la déréglementation dans tous les compartiments de l'économie. Avec la crise, la régulation a repris le dessus. Et les ministres, qui vont devoir demander aux citoyens de se serrer la ceinture pendant que les économies digèrent leurs excès, vont devoir se montrer un peu plus sourcilleux dans l'utilisation des deniers publics, et dans la gestion des missions qu'ils doivent assumer.
Service public et mission de l'Etat
Justement, la sécurité énergétique est, aujourd'hui, une mission qui incombe d'autant plus aux Etats que le caractère spéculatif des ressources dans ce secteur interdit de s'en remettre aux seuls marchés. C'est ce qui justifie l'existence du service public de l'électricité, avec une entreprise publique (même un univers ouvert toutefois à la concurrence) ce qui crée une différence entre celle-ci et les autres sociétés du CAC40. Accepter la fonction de président d'EDF, c'est aussi accepter les obligations inhérentes à son statut, au service du public et de l'Etat.
Une logique et des comportements
La logique n'est plus celle des marchés, et le salaire n'est pas l'étalomètre qui détermine la valeur d'un patron. Après tout, ce statut et ses contraintes ne sont pas si ringards, comme l'affirment les tenants d'un libéralisme soi-disant moderne et qui a surtout fait la démonstration de ses limites. Ce statut n'a pas empêché EDF de se hisser parmi les meilleurs électriciens mondiaux, grâce à des dirigeants de valeur, animés par d'autres ressorts que le seul salaire, qui ont su valoriser les compétences de l'entreprise dès l'instant où ils pouvaient s'appuyer sur une vision et une volonté politiques pour mener ce développement au service de la nation. En nommant Henri Proglio à la tête d'EDF, l'Etat choisit les compétences d'un manager et lui confie une mission dans un secteur public qui comporte des règles et induit des comportements. Et en endossant l'habit, Henri Proglio en accepte les caractéristiques.
Cumuls , transparence et arrogance
Le cumul des mandats pose déjà un problème de conflit d'intérêts. Le risque existe de manière évidente, et aucune réponse n'a été apportée. Il ne s'agit pas de faire de procès d'intention, encore moins de vouloir prédire le pire, mais de rassurer tous les acteurs économiques que cette éventualité n'arrivera pas. Dans d'autres secteurs où ce genre de problème s'est posé, il a fallu construire des «murailles de Chine». On appelle ça la transparence. Entre EDF et Veolia, elle n'est pas à ce jour organisée. Il suffirait que le cumul n'existe pas.
Le cumul des rémunérations pose d'autres questions. Eu égard à la notion de service public, et aussi à l'inconvenance de réclamer des émoluments incompréhensibles pour l'opinion publique au moment où les Français sont touchés par la crise. On peut qualifier cet argument de démagogique, il n'en reste pas moins qu'un salaire de 2 millions d'euros par an équivaut à plus de 130 fois le Smic, et que plus de la moitié des actifs en France sont rémunérés au salaire minimum... Y aurait-il deux poids, deux mesures même dans les entreprises publiques? Un président ne serait-il pas logé à la même enseigne que ses salariés? Déjà que, même dans le camp de la majorité, on regrette l'indécence de certains bonus dans des secteurs à l'origine de la crise, alors que tout le monde va continuer à solder les excès... La même arrogance prévaudrait-elle maintenant jusque dans le service public? On ne peut imaginer que ces questions n'aient pas été anticipées, tant par Henri Proglio que par sa tutelle. Et on ne peut que constater la réponse qui, dans un premier temps a été apportée.
La politique se nourrit de symboles
Certes, le patron d'EDF a depuis renoncé à la rémunération que devait lui verser Veolia. Il lui reste malgré tout quelque 100 fois le Smic pour vivre. Mais là n'est pas la question. La politique se nourrit de symboles, le cumul de fonctions associé au cumul des rémunérations a créé un effet de saturation pour l'opinion publique; c'était prévisible. Politiquement, l'arrivée du nouveau président d'EDF a été démobilisatrice alors qu'elle aurait dû rassembler les énergies. Son travail, aujourd'hui, n'en sera rendu que plus difficile.
Gilles Bridier
LIRE EGALEMENT SUR LA POLEMIQUE PROGLIO: Proglio doit maintenant abandonner la présidence de Veolia.
Image de Une: Henri Proglio Stephane Mahe / Reuters
Mis à jour le 22/01/2010 à 18h01















































"Qui est le patron" ? Sûrement pas Sarkozy ou Fillon, c'est Proglio qui a dicté ses conditions dans cette histoire. même des ministres ont menti pour lui. Avec Sarkozy l'état est mis au service des amis; on donne les paris en ligne aux amis du Fouquet's, on enlève la pub sur la télé publique pour Bouygues, on freine la 4ième licence de téléphonie mobile, on ne baisse pas les prix du gaz quand les cours mondiaux baissent, on donne 120 millions d'€ à Bernard Tapie. L'état est confisqué pour les copains. Si encore ce Proglio était une pointure. Revoyez son interview sur Europe1 récemment (http://www.europe1.fr/Info/Actualite-France/Economie/Proglio-veut-un-rapprochement-entre-Veolia-et-EDF/%28gid%29/256725). Il n'a aucun carisme et ne donne pas l'impression d'être visionnaire. Les français ne veulent plus de toutes ces combines entre copains.
Vous etes durs avec Mr Proglio. Il a certainement une experience irremplacable avec les compagnies surendettees dont il est essentiel que le bilan soit bien presente afin d'eviter une degradation de la note de leur dette. Cette experience batie a Veolia sera tres utile a EDF
Et ne vous en faites pas avec sa perte (certes douloureuse) de 400000 €, on trouvera bien un moyen de compenser Mr Proglio...entre gens bien eleves. (Une banque helvetique vient bien de decider de verser les bonus a Singapour sans avoir a delocaliser ses employes la bas...on se demande pourquoi)
Cela me fait penser à la grande victoire remportée en écartant le prince Jean de l'EPAD. Quel ramdam (auquel je me suis associé) pour ne générer qu'un gravier dans l'escarpin du pouvoir. Idem pour cette obscénité salariale d'État dont on se demande dans quel monde faut-il vivre pour devoir justifier son indignation! Et sur un prisme plus large encore et que je n'ai pas entendu parmi la flopée d'ulcérations générée: que font-ILS de tout ce fric? N'est-ce pas cette cupidité qui nous a conduit à cette asphyxie financière, écologique, sociale? Si, bien sûr, et tout le monde le sait! Pendant ce temps, les appels de dons pour Haïti continuent et comme toujours, ce seront les pauvres qui donneront le plus et comme toujours pendant ce temps, un plan B va permettre au dieu bis d'EDF de se passer le nombril à la feuille d'or...
Ce qui me semble le plus incongru dans cette affaire, ce n'est pas tant que M. Proglio touche une rémunération pour son activité de Président non exécutif de Veolia. Après tout, rien n'étant gratuit, il paraît normal qu'il puisse tirer un bénéfice de cette activité.
Il peut paraître cependant surprenant que nos responsables étatiques aient juge que cela puisse se faire sans préjudice pour la conduite du service public national d'Electricité dont il assure également la charge.
Le plus révoltant dans cette histoire c'est son salaire a EDF, en augmentation de 45% par rapport a celui de son prédécesseur, alors même qu'il s'agit d'un emploi a temps partiel puisque M. Proglio consacre une partie de son temps et de ses compétences aux intérêts de Veolia.
Ou est-elle donc la rémunération en fonction des résultats si chère au candidat Sarkozy lors des dernières élections présidentielles ?
Et quid de la co-décision avec le parlement pour la nomination des dirigeants des grandes entreprises publiques ?
Comment peut-on dans ces circonstances demander des efforts supplémentaires au peuple français qui peine chaque mois pour joindre les deux bouts ?
Comment lui faire croire en des promesses d'un avenir meilleur quand on fait si peu de cas de celles du passe ?
Assez de discours pour noyer le poisson et justifier de telles indécences...
Les français sont certainement prêts a se serrer les coudes pour aller tous ensemble de l'avant, mais encore faudrait-il que les dirigeants politiques arrêtent de les prendre pour des imbéciles et donne l'impulsion que l'on est en droit d'attendre d'eux au regard des responsabilités qu'ils assument.