Société

Pont et repont: les Français sont les plus grands branleurs au monde

Temps de lecture : 3 min

[Blog, You will never hate alone] Fille aînée de l'Église, la France est surtout la mère de la glande organisée. Où chaque prétexte est bon pour se taper un petit pont des familles.

Première catégorie | Migelb via Flickr CC License by
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Les Français sont quand même un peuple de sacrés branleurs. Non seulement ils n'en foutent pas une pendant la semaine –35 heures tu parles d'une charge de travail– non seulement ils ont autant de congés qu'il existe de galets sur une plage bretonne, mais en plus, comme si cela ne suffisait pas à leur bonheur, dès que le mois de mai survient, ils collectionnent les ponts comme d'autres les boîtes de camembert ou les petits soldats.

Et que je te fasse un petit pont pour la fête du travail –du travail!!! La bonne blague –et que je te remette cela pour célébrer la fin de la Seconde Guerre mondiale –où comme chacun sait le peuple français s'illustra de la plus belle des manières; deux, trois semaines de combat et c'était déjà fini –et que j'en reprendrais bien une toute petite part pour l’Ascension– ce qui pour un pays prétendu laïc pose tout de même quelques sérieux problèmes de cohérence –avant de conclure ce si joli mois de mai par la Pentecôte qui, cette année comme toutes les autres années d'ailleurs, tombe un dimanche mais comme dit le proverbe, «Qu'importe le jour pourvu qu'on est le pont»', si bien que ni vu, ni connu, on la reporte sur le lundi qui suit, histoire d'entretenir la forme.

Évidemment, personne possédant une intelligence à peu près normale n'est à même de définir ce que sont et l’Ascension et la Pentecôte qu'on confond bien volontiers avec l'Assomption quand ce n'est pas avec la Présomption, jour méconnu du calendrier chrétien où l'on lapide à mort un juif avant de s'excuser en disant, «ce n'est pas moi le responsable, c'est l'autre» (Mathieu 3 :58).

Pour ma part, je viens de regarder sur Wikipédia la signification de ces fêtes religieuses et je ne suis pas certain d'avoir tout capté. Il y a le Christ qui grimpe au rideau, enfin au ciel, puis qui, visiblement pas satisfait par la qualité du service offert –matelas trop dur, bouffe douteuse, chiottes bouchées– en redescend aussi vite –ça c'est l’Ascension– tandis que la Pentecôte célébrerait la venue de l'Esprit Sain parmi les hommes lequel ne serait pas en définitive Nicolas Hulot mais bien plus l'expression de forces spirituelles qui rendraient vigueur et joie à nos âmes affligées. Bon j'avoue je n'ai pas tout compris –je n'ai pas l'âme d'un séminariste– mais du moins aurais-je essayé.

De toutes les façons, on s'en fout puisque l'important c'est de pouvoir rester au lit et tâcher de récupérer de cet intervalle de temps où, entre deux périodes de congés bien mérités, l’État nous aura forcé à travailler. D'autant plus qu'enchaîner les ponts n'a rien d'une partie de plaisir. Il faut rédiger mille et un mots d'absence pour convaincre le chef d'établissement que nos chérubins avaient toutes les raisons au monde de ne pas honorer de leur présence ces jours qui jettent des ponts entre les deux ponts –là généralement on fait comme avec le Christ, on fait mourir la grand-mère, puis on la ressuscite pour mieux l'enterrer une deuxième fois– on se creuse la cervelle pour occuper ces journées où la plupart du temps il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre qu'elles finissent ou alors, quand on a la chance de posséder une résidence secondaire quelque part en France, on les passe sur un ruban d'autoroute, au beau milieu d'un bouchon, parfois même sous un pont, où l'on s'amuse à regarder tous ces petits ponts, non zut! tous ces petits cons coincés dans leurs bagnoles qui font du surplace en regardant d'autres cons qui font eux aussi du surplace en regardant d'autres cons...

C'est ce qu'on appelle le Génie français. Cette capacité à célébrer la venue du printemps les doigts de pied en éventail pendant que le reste du monde crève sous une charge de travail incommensurable. Ainsi de moi qui, depuis que j'ai quitté la France, n'a plus jamais connu la félicité des ponts au point d'en avoir développé une phobie, mais ceci est autre histoire.

Quoique...

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

Laurent Sagalovitsch romancier

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