Santé / Monde

L'impossible traitement de l'obésité aux États-Unis

Temps de lecture : 2 min

Alors que le taux d'obésité ne cesse d'augmenter aux États-Unis depuis dix ans, le système de santé ne permet toujours pas de couvrir les frais de chirurgie bariatrique.

«Make America great again», à Fredericksburg, Virginie, le 20 août 2016. | Molly Riley / AFP
«Make America great again», à Fredericksburg, Virginie, le 20 août 2016. | Molly Riley / AFP

L'obésité touche un peu plus de 37% de la population adulte du Mississippi, ce qui en fait le deuxième État américain avec le plus fort taux d'obésité du pays, juste derrière la Virginie-Occidentale. Pourtant, dans le Mississippi –comme le Montana–, la chirurgie bariatrique [consistant à modifier l'anatomie du système digestif pour restreindre l'absorption des aliments, ndlr] n'est pas couverte par le programme Medicaid, qui prend en charge les plus démunis, soit 760.000 personnes.

Une maladie déconsidérée

Ce type de traitement est considéré par les compagnies d'assurance comme l'équivalent d'une rhinoplastie, soit un traitement superficiel et facultatif: en résulte une large absence de couverture des soins liés à l'obésité, pourtant reconnnue maladie chronique par l'OMS. Montana, Idaho, Utah, Wisconsin, Louisiane, Géorgie, Caroline du Sud et Vermont en sont ainsi totalement ou partiellement dépourvus au regard de leurs plans de santé pour les employés de l'État (Obamacare ou Medicaid). De façon plus générale encore, dans vingt-sept États, l'Obamacare n'en prend pas la charge.

La chirurgie bariatrique réduit pourtant de moitié le risque de décès chez les personnes obèses, et se montre plus efficace à long terme que le régime et l'exercice pour les personnes en situation d'obésité morbide. Dans le même temps, la pose d'un anneau gastrique coûte, sans assurance, entre 20.000 et 35.000 dollars (soit entre 16.800 et 29.300 euros). Ce type de traitement entraîne souvent des complications, comme des saignements ou des problèmes digestifs, qui demandent un suivi médical.

En Caroline du Sud, le seul assureur Obamacare, Blue Cross Blue Shield, ne couvre pas non plus la chirurgie bariatrique. Le porte-parole du PEBA, le plan de santé des employés de l'État de Caroline du Sud, se justifie quant à lui en expliquant: «Garder le plan [de santé] abordable pour tout le monde est l'un de nos plus grands défis et, malheureusement, cela implique que certains services ne soient pas couverts par celui-ci».

Obstacles politiques et idéologiques

Des tentatives de prise en charge ont été initiées, comme en 2015 au Mississippi avec le projet BARInet. Il visait à mettre en place, à partir du Medicaid, des contrats avec certains hôpitaux sur des sommes forfaitaires de 25.000 dollars par patient, plutôt que de payer séparément chaque étape de la chirurgie. Mais selon Don Davenport, le président de BARInet, Phil Bryant, gouverneur républicain de l'État, a finalement renoncé au projet... car il le considérait comme une extension de Medicaid, trop associé à l'Obamacare, bête noire des conservateurs:

«Installer une subvention bariatrique dans un État conservateur où il y a beaucoup de préjugés à l'encontre des personnes en situation d'obésité morbide... beaucoup de gens pensent que vous les encouragez», explique ainsi Davenport à The Atlantic.

Et quand des assurances prennent en charge ces soins, de multiples conditions les rendent très difficilement accessibles.

«Les régimes d'assurance de certains États nécessitent que les personnes envisageant la chirurgie bariatrique arrêtent par exemple de fumer, alors que ce n'est pas le cas d'autres États. Dans d'autres, les candidats à la chirurgie doivent perdre du poids avant de se qualifier, tandis qu'ailleurs, la perte de poids est recommandée, mais optionnelle. Des États exigent pour leur part un délai d'attente de six mois. Aetna [une assurance santé, ndlr] demande aux candidats de ne pas prendre de poids durant la phase préopératoire de trois mois, ce qui est difficile pour certaines personnes, donc le plus gros problème est de prendre du poids de façon incontrôlable», analyse The Atlantic. De fait, entre 1 et 2% seulement des personnes éligibles obtiennent l'opération.

Dans ces conditions, certains prennent la décision d'aller subir l'opération au Mexique, où elle est bien moins chère. Il est cependant fréquent que des complications surviennent, à la suite d'une chirurgie mal réalisée. Dans tous les cas, les patients font les frais d'un système de santé qui a renoncé à traiter l'un des problèmes sanitaires majeurs du pays.

Slate.fr

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