Politique

Aide-toi, Emmanuel Macron t'aidera

Temps de lecture : 4 min

Un an après son élection, premier bilan de l'action du président.

Emmanuel Macron à l'Élysée le 27 avril 2018. | Christian Hartmann / Pool / AFP
Emmanuel Macron à l'Élysée le 27 avril 2018. | Christian Hartmann / Pool / AFP

D’Emmanuel Macron nous ne savions rien ou presque. Un an plus tard, sommes-nous plus avancés? Deux constantes apparaissent: la première est l’évident, l’immense plaisir qui saisit cet homme dans l’exercice de sa fonction. Il et heureux d’être là, heureux d’en remontrer –voyez comme je suis le plus fort, semblait-il nous dire à l’occasion de sa plus récente démonstrations télévisuelle– heureux d’être l’interlocuteur des grands de ce monde.

Emmanuel Macron face à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, le 15 avril 2018 au Théâtre national de Chaillot, à Paris. | François Guillot / APF / Pool

La seconde, est un goût prononcé et un soin permanent apportés à sa propre mise en scène. Cela avait commencé à la Pyramide du Louvre; cela s’est poursuivi au Palais de Chaillot; et nous n’avons sans doute encore rien vu. Car il se sait –à juste titre– le dépositaire d’une double dimension: l’exercice du pouvoir et «l’incarnation du pays». De ce dernier point de vue, convenons qu’il a très vite trouvé la bonne dimension et qu’il a réinsufflé de la solennité et du dynamisme. Son gain principal se situe hors des frontières, où l’image de la France a fait un bond spectaculaire, au bénéfice de l’attractivité du pays.

Servi, comme depuis le début de son parcours, par le facteur chance: Trump est un repoussoir (la facilité eut été de le traiter comme tel, son approche est donc plutôt maline, même si elle peut s’avérer inefficace, comme le montre la question iranienne); Poutine est de plus en plus un épouvantail; Angela Merkel est affaiblie; Theresa May, empêtrée. Emmanuel Macron est donc seul à pouvoir porter les valeurs européennes face au nouvel empereur de Chine…

Emmanuel Macron vient de la gauche et gouverne à droite

Le second acquis est le socle que constitue ce slogan simple, mais de nature à esquisser une réconciliation des Français avec la politique: il fait ce qu’il dit. Le train de réformes –leur existence et non nécessairement leur contenu– a permis d’installer cette idée et explique la bienveillance dont l’opinion le gratifie: on le critique, mais on le laisse avancer. C’est pourquoi «la convergence des luttes», chère au couple Mélenchon/Martinez, n’est pas au rendez-vous.

À ce stade, pourtant, le bilan n’est que partiellement positif. Posent problème en effet, le cap politique choisi, le mode d’exercice du pouvoir et la philosophie même du chef de l’État.
S’il se décrit comme une «aberration» politique, fruit selon lui du goût du peuple français pour le «romanesque», il est l’instrument de la volonté d’une majorité de récuser les extrêmes ainsi que le candidat de la droite. Même si ses porte-paroles vont répétant que «la droite et la gauche n’existent plus», Emmanuel Macron vient de la gauche et gouverne à droite. Au centre droit, diront les puristes. À chaque président, le «marqueur» de son choix. Il a choisi la suppression de l’ISF et le maintien d’un impôt immobilier pesant sur les couches supérieures des classes moyennes: François Hollande l’a donc aussitôt qualifié de «président des très riches». Image majoritaire que la suppression de l’ «exit tax» vient parachever, y compris aux yeux de la droite.

Concrètement, ses réformes sont le condensé de tout ce que l’inspection des finances a pu recommander, au fil des ans, et que l’on retrouve dans les propositions de la Commission Attali (dont il était le rapporteur) constituée à la demande de Nicolas Sarkozy. Beaucoup de ses réformes vont dans le sens d’une modernisation du pays et sont donc nécessaires. Mais, comme l’a noté Jérôme Jaffré, les Français ne voient pas (ou pas encore) en quoi elles constituent un progrès. Ainsi s’explique le fait que le couple exécutif soit minoritaire dans l’opinion.

Angles morts de la politique macronienne

Ce dispositif comporte deux angles morts. Le premier a trait à la dépense publique, que l’on sait en France trop élevée et pour partie de moindre efficacité. Or rien ne significatif ne pointe à l’horizon. Le second, plus préoccupant encore, est l’absence d’un projet social sans lequel il n’y a pas, en France, de bon gouvernement. Manque à Emmanuel Macron d’avoir livré sa vision de ce que peut être la société française dans les dix ou quinze ans qui viennent. N’a-t-il pas fallu attendre le cri d’alarme des maires de banlieues pour que soit dépêché le bon soldat Borloo, à charge pour lui – ce qu’il a fait– de trouver quelques idées? Emmanuel Macron voit peut-être la question sociale au prisme de son éducation (chez les Jésuites) qui fait de l’exigence vis-à-vis de soi même et de la volonté personnelle l’alpha et l’oméga d’une vie. Au fond, la doctrine sociale d’Emmanuel Macron pourrait être: aide-toi, Macron t’aidera!

Quant au mode d’exercice du pouvoir, il a été résumé par le nouveau leader de Force Ouvrière, Pascal Pavageau: «Je pense, donc tu suis… ». En langue officielle, on parle plutôt de verticalité. Dans ce domaine, Emmanuel Macron fait le contraire de ce qu’il a promis. Exit le «pacte girondin», place à la recentralisation. Sachant qu’à ses yeux, les corps intermédiaires en général, les partis et les syndicats en particulier, sont des «capteurs de rentes» qu’il néglige. Il a tort car il devrait être plus attentif au fait que tout s’ordonne et s’ordonnera davantage à partir des territoires, qui sont autant de réservoirs de dynamisme et porteurs de solutions.

Reste cette phrase par laquelle il résume sa philosophie: «Ce qui me rend optimiste, écrit-il, c’est que l’Histoire redevient tragique». Mais le tragique, c’est ce qu’il est impossible de dépasser par le compromis. C’est ce que l’on ne peut pas dénouer. À moins de tout faire reposer sur les épaules d’un homme providentiel nommé Emmanuel Macron.

Cet article est paru dans l'édition du magazine Challenges en kiosque le 9 mai 2018.

Jean-Marie Colombani

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