Médias / Culture

La presse censurée en chansons

Temps de lecture : 2 min

Alors que de nombreux régimes exercent une censure implacable sur les organes de presse et internet, des journalistes mettent leurs critiques en musique pour les faire tourner via des plateformes de streaming musical type Spotify ou Deezer.

Capture d'écran  | via The Uncensored Playlist License by
Capture d'écran | via The Uncensored Playlist License by

La chanson a une longue tradition contestataire: de «La Carmagnole» à «Sans la nommer», choeurs et guitares ont bercé les airs révolutionnaires. Avec The Uncensored Playlist (La Playlist non censurée), c'est le journalisme qui s'invite dans les tubes populaires.

Lancé le 12 mars 2018, lors de la journée mondiale contre la censure sur internet, le projet, fruit d'une initiative menée conjointement par Reporters sans frontières Allemagne et DDB Berlin, consiste à faire passer sous le manteau, ou plus exactement sur les ondes, des articles de presse qui seraient tombés sous le coup de la censure et n'auraient pu être diffusés par voie médiatique dans le pays d'origine de leurs rédacteurs.

Faire chanter la presse

Alors que certains régimes exercent une censure farouche sur certains sites médiatiques et moteurs de recherche, les services de diffusion de musique type Deezer, Spotify ou Apple Music, sont quant à eux toujours accessibles, et échappent aux coups de ciseaux des censeurs. Patrick Lenhart et Marco Lemcke, travaillant à la DDB, ont ainsi eu l'idée de se servir de ces plateformes pour redonner la voix à des journalistes menacés, effacés ou exilés.

En Chine, en Égypte, en Thaïlande, en Ouzbékistan et au Vietnam, ils ont contacté cinq journalistes, un de chaque pays, pour leur proposer de choisir deux articles représentatifs de leur travail et de la situation de leur pays.

Chang Ping, journaliste politique critique envers le gouvernement chinois et conséquemment dissident, a dû s'exiler d'abord à Hong Kong puis en Allemagne, où il continue d'écrire, et raconte notamment comment plusieurs de ses amis ont été emprisonnés et torturés. Bùi Thanh Hiếeu, originaire du Viêt Nam, est également exilé. L'Égyptienne Basma Abdelaziz, l'Ouzbèke Galima Bukharbaeva comme le collectif thaïlandais Prachatai continuent quant à eux d'exercer leur métier dans leur pays.

Après quelques séances de travail avec Lucas Meyer, le directeur musical du projet et son équipe, des paroles ont été écrites, en anglais et dans la langue locale: prêtes à être remises à des musiciens pour en faire l'arrangement. Une fois enregistrées, ce sont donc des chansons journalistiques, ou articles en tubes, qui ont été diffusés sur des plateformes de streaming musical, accessibles à tous.

«Il y a dix ans, internet était utilisé comme un outil pour lutter contre les restrictions de la liberté, maintenant il est utilisé par l'État pour, prétendument, assurer la stabilité. Il y a dix ans, alors que la liberté de la presse, le Tibet et le Xinjiang étaient des sujets sensibles, les médias “traditionnels” étaient toujours libres d'en discuter. Maintenant, cet espace a disparu», déplorait Chang Ping. Avec l'utilisation des plateformes musicales, c'est potentiellement un nouvel horizon qui s'ouvre pour la critique.

Top 10

Du côté des hébergeurs, la réception a été plutôt positive: aucun blocage, et Amazon Allemagne a même demandé à publier à son tour la playlist. La réaction des gouvernements ne s'est quant à elle pas fait entendre. Dans la mesure où les chansons vietnamiennes figurent au top 10 des graphiques de streaming, il paraît peu probable que le Parti communiste vietnamien ne soit pas au courant. Christian Mihr, le directeur exécutif de Reporters sans frontières Allemagne, rappelle qu'il est impossible de bloquer certaines chansons en particulier: il faudrait bloquer la plateforme de diffusion tout entière, ce qui est peu probable.

«Nous nous sommes assurés que nos chansons, articles, paroles et couvertures d'albums soient téléchargeables, donc même si quelqu'un ne peut pas y accéder, l'idée et la musique seront toujours présentes quelque part. Les gens auront toujours l'occasion d'y accéder», ajoute Lemcke. «C'est un petit pas et une petite victoire, mais c'est un excellent message à envoyer.»

Slate.fr

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