Société

Est-il vraiment utile de se mettre au sport pour se sentir mieux cet été?

Temps de lecture : 4 min

La pression à la minceur est forte toute l’année, mais elle se fait plus forte quand les beaux jours reviennent. Et peut pousser à multiplier les entraînements et autres régimes. Pour rien?

Les températures qui remontent offrent plus de possibilités de bouger, comme par exemple aller courir. | Emma Simpson via
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Ca y est, les premiers jours ensoleillés sont arrivés. Les habits d’été ressortent du placard, les premières sorties en terrasse s’organisent et on sent arriver le doux parfum des vacances d’été déjà bookées. Tout semble parfait, si ce n’est que certains ne se sentent pas du tout prêts à sortir le bikini. Et se soumettent soudain à un drastique régime sport et privation. Mais faut-il vraiment se torturer?

«Déjà, il faut arrêter de culpabiliser. C’est évident qu’avec le mauvais temps et les jours qui raccourcissent, il est moins évident de faire du sport l’hiver, explique la coach sportive Lucile Woodward. Ensuite, pour l’été, ça ne sert à rien de se fixer un objectif inatteignable. Perdre beaucoup en peu de temps, c’est l’effet yoyo garanti.» Surtout, le résultat final risque d’être décevant. «Quand on perd vite du poids, on ne perd que de l’eau et de la masse musculaire. Alors qu’avec une perte lente et sur le long terme, on perd de la masse graisseuse et on construit du muscle», souligne Delphine Franck, diététicienne et membre de l’Association française des diététiciens nutritionnistes.

Pas de programme drastique

Elles conseillent toutes les deux à ceux qui ont vraiment envie de tenter l'exercice de modifier petit à petit leurs habitudes sur le plan alimentaire comme sur le plan sportif. D’autant que la période s’y prête bien. Les étals très colorés des fruits et légumes font plus envie que les choux ou les navets d’hiver. Et les températures qui remontent offrent plus de possibilités de bouger, comme faire du vélo, de la natation, des sports collectifs ou courir. «Le printemps est le bon moment pour tester des nouvelles routines un peu plus saines. On garde ce qu’on aime bien et on jette ce qui ne convient pas.»

Passons à ce qui intéresse tout le monde: concrètement, que faut-il faire, combien de temps ça prend et quels résultats peut-on espérer? «Il faut commencer par axer les repas sur le végétal. Les fruits, les légumes, les fibres, avec une bonne hydratation en complément. Surtout, on ne supprime aucun autre aliment», prévient Delphine Franck. Les féculents restent dans l’assiette, tout comme les matières grasses. Deux catégories d’aliments qui apportent des nutriments importants et permettent de tenir sur le long terme.

«Avec ça, on pratique une ou deux séances de sport par semaine. On peut ajouter deux ou trois séances de renforcement musculaire, même de vingt minutes», conseille Lucile Woodward. Ainsi, «dès les premières semaines, le ventre dégonfle grâce aux fibres. Les graisses se répartissent plus harmonieusement sur le corps, la digestion est meilleure, on dort mieux, la qualité de la peau s’améliore. Dès quatre à huit semaines, les résultats se font voir devant le miroir», assure la coach.

La modération: pas agréable mais efficace

Aucune des deux spécialistes ne se base sur un nombre de calories à respecter ou sur des séances de torture intenables en salle de sport. Elles insistent au contraire sur la démarche psychologique qui doit accompagner ces efforts. «Clairement, la modération, ce n’est pas un message qui fait rêver. Pourtant, c’est ce qui fonctionne», explique Lucile Woodward. «Le plus gros travail à faire repose sur l’acceptation de soi. Jamais on ne ressemblera au corps d’un autre. Mais on pourra toujours être au mieux de sa forme. Cela ne concerne pas que la ligne mais également l’arrêt de la cigarette, par exemple.» Tant pis s’il y a des rechutes. Le progrès n’est pas linéaire et chaque petit changement représente déjà une victoire. «Il faut arrêter de se torturer. Réussir ces petits changements pendant un, deux ou six mois, c’est toujours ça de pris. On peut se féliciter d’avoir tenu. Avec les vies effrénées que nous menons, ce n’est pas évident.»

«La pression à la minceur est forte toute l’année, mais elle se fait plus forte quand les corps se découvrent avec les beaux jours.»

Thibaut de Saint Pol, sociologue

Si le printemps est un moment propice pour se remettre en forme, ce n’est pourtant pas la seule fenêtre de tir dans l’année. «N’importe quelle période est la bonne, tant qu’on se sent motivé à le faire», sourit Delphine Franck. Le début de l’automne constitue d’ailleurs une bonne occasion de rattrapage pour ceux qui voudraient rejoindre le mouvement. «Commencer en septembre ou en octobre offre l’avantage d’installer de bonnes habitudes sur le long terme, pendant tout l’hiver. Quand on arrive au printemps, il suffit de poursuivre le rythme jusqu’à l’été, sans se presser.»

Et au pire, si rien de tout ça ne vous motive, vous risquez quoi? Pas grand-chose. «La pression à la minceur est forte toute l’année, mais évidemment elle se fait plus forte quand les corps se donnent à voir et se découvrent avec les beaux jours», explique le sociologue Thibaut de Saint Pol, auteur de Le corps désirable: hommes et femmes face à leur poids. «Si les normes de minceur sont très présentes dans nos sociétés et que tout le monde y est exposé, via les médias notamment, cette pression ne touche pas tout le monde de la même manière: les femmes y sont plus exposées, ainsi que les jeunes.»

Alors rappelons-le, tous les corps sont admis à la plage. Vergetures, bourrelets, cellulite y compris. En témoigne l’ampleur du mouvement «body positive», qui invite à accepter son corps tel qu’il est. Loin des clichés d’Instagram et des magazines.

Cécilia Léger Journaliste

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