Santé

La cinémathèque de Londres expulse d'une de ses salles une spectatrice Asperger

Temps de lecture : 3 min

Le BFI (British Film Institute) a présenté ses excuses suite à cet événement humiliant pour la jeune femme.

Desierto/Deserted | Hernán Piñera via Flickr CC License by
Desierto/Deserted | Hernán Piñera via Flickr CC License by

Pour célébrer son vingt-cinquième anniversaire, Tamsin Parker s'est rendue dans l'une des salles du BFI (British Film Institute), l'homologue londonien de notre Cinémathèque Française, avec deux de ses proches. Elle se faisait une joie d'y voir sur grand écran son film favori, Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone, qu'elle avait déjà vu huit fois. Malheureusement pour la jeune femme, la séance s'est terminée pour elle de façon aussi abrupte que traumatisante.

Vivant avec le syndrome d'Asperger, un trouble du spectre autistique qui se caractérise notamment par une gestion différente des interactions sociales, Tamsin Parker a en effet été forcée par l'équipe de la salle de cinéma à quitter les lieux, au motif qu'elle riait trop bruyamment. C'est la dénonciation d'un spectateur visiblement excédé qui a mené à cette expulsion de la salle.

Insultes et applaudissements

L'attitude d'une partie des personnes présentes au moment de l'incident fait froid dans le dos. Lydia Parker, la mère de la jeune femme, a témoigné pour le Guardian: «Ma fille a dû dire "Je suis Asperger", et un homme a répondu "Non, tu es attardée"». Suite à l'incident, un autre homme aurait qualifié Tamsin Parker de «bitch», terme sexiste n'ayant absolument aucun rapport avec la situation. Après que la jeune femme a été contrainte de sortir définitivement de la salle sous les applaudissement d'une partie du public, l'homme a également été invité à quitter les lieux en raison de ses propos. Une bien maigre consolation.

Tamsin Parker n'oubliera pas sa journée d'anniversaire de sitôt, mais pas pour les raisons attendues, comme le résume sa mère: «Elle s'est sentie totalement humiliée, et son anniversaire a été complètement gâché». Lydia Parker ajoute que sa fille «a eu très peur» et qu'elle a versé «des torrents de larmes».

Le Guardian a recueilli le témoignage de Lloyd Shepherd, spectateur présent dans la salle pour cette séance: «Elle riait vraiment fort, mais uniquement à des moments appropriés. Et des gens se sont plaints pour ça».

D'autres membres de l'assistance ont manifesté leur désaccord avec le traitement infligé à Tamsin Parker, dans la salle puis sur les réseaux sociaux.

«Ça m'a donné la nausée», indique une première spectatrice après avoir décrit les faits. «La réaction du public a été bouleversante. La jeune femme a été très mal traitée. Elle a été insultée et offensée. Aucune empathie. Des applaudissements. Expérience horrible. Je suis triste et en colère», explique une deuxième personne. Une partie des spectateurs et spectatrices aurait d'ailleurs quitté la salle peu après l'expulsion de Tamsin Parker afin de marquer son désaccord et son malaise.

Après l'expulsion, Sabrina Parker, la soeur de la victime, l'a ramenée chez elle afin de terminer le visionnage du film de Sergio Leone afin que la fête ne soit pas totalement gâchée. Peine perdue.

Intolérance décomplexée

Dans un communiqué, le British Film Institute a présenté ses excuses à propos de la façon dont les choses se sont déroulées, décrivant «une situation complexe et compliquée». «Nous prenons cette situation très au sérieux (...) Nous pouvons et nous devons faire mieux dans notre façon de faire cohabiter les besoins de tout notre public. Nous allons réfléchir à la façon d'encadrer et former nos équipes».

Pour Lydia Parker, l'organisation d'une nouvelle projection du film Le Bon, la Brute et le Truand pourrait constituer une belle façon de faire amende honorable pour le BFI, et surtout pourrait aider à panser les plaies de Tamsin Parker. Il faut au moins espérer que ce cas d'«intolérance décomplexée», comme le décrit Lloyd Shepherd, puisse faire évoluer la façon dont la cinémathèque britannique considère son public.

En savoir plus:

Newsletters

Faut-il craindre la disparition des personnes porteuses de trisomie 21?

Faut-il craindre la disparition des personnes porteuses de trisomie 21?

Les personnes porteuses du syndrome de Down restent au cœur d'une bataille réactionnaire à propos du droit à l'avortement.

Fermer les frontières ne stoppera pas la propagation du variant Omicron

Fermer les frontières ne stoppera pas la propagation du variant Omicron

Étant donné que ce nouveau variant s'est déjà propagé au-delà de l'Afrique australe, l'interdiction des voyageurs en provenance de cette zone ne fera que ralentir sa circulation.

Pourquoi ne propose-t-on pas de tests de fertilité autour de 30 ans?

Pourquoi ne propose-t-on pas de tests de fertilité autour de 30 ans?

Nul besoin de vouloir un enfant à court terme pour avoir le droit de faire le point.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio