Politique

À quoi joue François Hollande?

Temps de lecture : 4 min

En tournée promotionnelle pour son livre «Les leçons du pouvoir», François Hollande enchaîne les punchlines à l'encontre d'Emmanuel Macron et se pose en vigie républicaine.

François Hollande dédicace «Les leçons du pouvoir» à Tulle (Corrèze), le 14 avril 2018. | Georges Gobet / AFP
François Hollande dédicace «Les leçons du pouvoir» à Tulle (Corrèze), le 14 avril 2018. | Georges Gobet / AFP

François Hollande, sa tournée, ses tournages. Depuis la sortie de son livre Les leçons du pouvoir, l’ancien président vit un rythme de quasi-campagne présidentielle. Un marathon médiatique –France 2, France 5, L’Obs, Le Monde, France Inter, France Culture, Konbini, Cnews…– auquel s’ajoutent des séances de dédicaces dans toute la France –déjà treize villes, dont Châlons-en-Champagne, Poissy, Strasbourg et bien sûr… Tulle.

Partout, des files de lecteurs. Des sympathisants socialistes, qui comme certains oligochètes, ressortent de terre après l’orage. Le livre, subtil mélange de considérations générales, de récit du pouvoir et de traits d’esprit («On trouve à l'Élysée une salle de sport ouverte à tous les collaborateurs. Elle ne fut guère encombrée de ma présence»), a déjà été tiré à 100.000 exemplaires, selon son éditeur. François Hollande était parti sous les huées, il revient sous les vivats.

Roi de pique(s)

Pas question de passer pour revanchard. Sa première intervention, au 20 heures de France 2 le 10 avril, se veut solennelle. Pressé de questions sur son successeur, François Hollande s’en tient sagement au récit de son propre quinquennat. Il ne serait pas digne, pour l’ancien chef de l’État, de paraître descendre dans l’arène.

Et pourtant. Au fil de ses interviews, François Hollande réprime de moins en moins ses griefs. S’il n’est pas toujours nommé, Emmanuel Macron est souvent visé. Sur le plateau de «Quotidien», l’actuel président est ainsi surnommé «En même temps» par un François Hollande rigolard. Qui ajoute, l’œil gourmand: «Il n’est pas le président des riches; il est celui des très riches».

Finie, la solennité respectueuse. La raideur et la hauteur disparaissent; la rondeur et l’humeur reviennent. Les «leçons du pouvoir» deviennent des leçons au pouvoir.

À l’abri derrière la meurtrière de l’observateur engagé, François Hollande multiplie les flèches contre le macronisme, coupable d’accentuer les inégalités sociales; de passer en force sur la réforme de la SNCF; de privilégier les rapports de séduction dans les relations internationales.

L’ex-président va jusqu’à ironiser, de manière équivoque, sur le rôle d’Emmanuel Macron, «passif, dans le couple» qu’il forme avec Donald Trump.

Peu à peu, le dernier président laisse la place au premier secrétaire socialiste. Pendant onze ans à la tête du PS dans l’opposition, François Hollande s’est fait une spécialité de distribuer les «compliments» qui font mouche, en particulier à l’endroit de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin.

Preuve que ces attaques touchent leur cible, le gouvernement se trouve contraint de répondre. Le porte-parole Benjamin Griveaux fustige l’«humour gras, avec une touche d’homophobie» de l’ancien président. Le premier ministre Édouard Philippe lui-même dénonce «l’amertume» de François Hollande.

L’ex-chef de l’État a atteint son but. Jusqu’ici, les punchlines de Stéphane Le Foll ou d’Olivier Faure suscitaient au mieux le dédain du gouvernement, au pire son désintérêt. François Hollande a réussi à rendre audible une critique socialiste du quinquennat en cours.

L’ex de la République

Ancien président, François Hollande ressemble à s’y méprendre à l’«ex» qui tente de reconquérir sa promise, partie avec un autre. Il fustige le nouvel élu, en souligne les défauts pour faire ressortir ses propres qualités. Il se campe en «président des pauvres», «humain», «honnête» –soit la sérénade sous le balcon de Marianne.

Il est vrai que la deuxième vie, après l’Élysée, n’est pas simple. Jadis, la question ne se posait pas: les présidents trépassaient peu après le pouvoir (De Gaulle, Mitterrand), voire pendant son exercice (Pompidou).

Désormais, l’alternance de plus en plus rapide –le dégagisme– et l’allongement de la durée de la vie ont fait grossir le bataillon des anciens. Il n’y a jamais eu autant d’«ex».

François Hollande aurait pu devenir le premier ancien président «normal», ni diminué par la maladie, ni obsédé par la reconquête.

S’il n’est pas animé par la seconde option, alors les apparences sont trompeuses. Interrogé sur son renoncement à briguer un second mandat, il concède «un remords», avant de souligner qu’«il faut penser à l’avenir». Plus explicite, dans sa dédicace à un lecteur, l’ancien président glisse qu’«en mars [2017], la décision n’aurait pas été la même qu’en décembre [2016, le jour de la renonciation]».

Y retourner? François Hollande n’en est pas là. Mais il constate le vide béant face à Emmanuel Macron: des syndicats affaiblis, un parlement croupion et des partis d’opposition inaudibles.

«Si on fait l’impasse sur le rôle que chacun doit endosser, alors il y a des risques d’incompréhension, de colère et de violence», prévient-il dans la Nouvelle République.

Au fil de ses interventions publiques, il s’affirme d’ailleurs non pas en représentant du Parti socialiste, mais en porte-parole de «l’ancien monde», par opposition au «nouveau monde» vanté par les macronistes. «L’ancien monde, ça s’appelle la démocratie», cingle-t-il.

Une sorte de vigie républicaine contre les dérives du césarisme macronien; une hauteur de vue combinée à des bassesses rigolardes.

De ce quinquennat, François Hollande veut en être le premier analyste, à l’image de ces anciens footballeurs reconvertis dans le commentaire des matchs. À ceci près que François Hollande n’a jamais exclu de rechausser les crampons.

Frédéric Says Journaliste

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