France

Niqab, hijab, tchador...

Louis Moulin, mis à jour le 18.04.2011 à 9 h 01

Autant le dire tout de suite: une loi sur la «burqa», ça ne servirait pas à grand-chose.

Une femme portant la burqa en Afghanistan. REUTERS/Morteza Nikoubazl

Une femme portant la burqa en Afghanistan. REUTERS/Morteza Nikoubazl

Des burqa en France, il n'y en a pour ainsi dire quasiment pas. Des niqab, déjà un peu plus, quoiqu'ils restent encore assez marginaux. Les hidjab sont assez nombreux, et encore, pas portés pas la majorité des musulmanes. En revanche, on voit peu de tchador ni de khimar. Vous n'y comprenez rien? Pas de panique, vous n'êtes pas les seuls. Jean-François Copé lui-même s'emmêle les pinceaux, et a lui aussi besoin d'un petit cours de voile.

La burqa

Les auteurs de l'Encyclopédie des Femmes et des Cultures Islamiques, publiée chez Brill Academic Publishers, expliquent que c'est «un vêtement qui couvre le corps de la tête aux pieds avec un grillage au niveau des yeux pour permettre la vision». Outre l'Afghanistan, la burqa est présente aussi en Inde et au Pakistan, même si elle y est moins systématique. La burqa, c'est ce vêtement bleu des femmes afghanes, qu'on ne voit pas en France. Dans les boutiques islamiques de Paris, on ne la vend pas, tout simplement parce qu'elle «n'est pas une obligation islamique, et ce n'est pas non plus une tradition arabe», comme le confie un vendeur. En effet, le mot «burqa» n'apparaît pas dans le Coran, qui d'ailleurs ne mentionne pas non plus la couverture du visage. Quand il est question de voile, il s'agit de «rabattre le voile sur les poitrines» (sourate An-Nour, verset 31), jamais de se couvrir la tête.

Zone d'origine: Afghanistan, Inde, Pakistan.

Le niqab

C'est une étoffe de tissu, généralement noire, que l'on place sur son visage pour le couvrir intégralement, à l'exception des yeux. C'est ce voile-là qui est présent en France, et qui est visé par la loi improprement appelée «anti-burqa». Toutefois, il reste très marginal. Une première note de la sous-direction de l'information générale du ministère de l'Intérieur a d'abord évoqué le chiffre de 367 femmes portant un voile intégral en France. Une seconde note de cette même sous-direction évoqua ensuite le chiffre de «moins de  2.000 porteuses» de voiles intégral en France. Des chiffres à comparer à l'estimation de 3,7 à 6 millions de musulmans en France.

Zone d'origine: Moyen-Orient

Le tchador

Le tchador est un long voile, allant des pieds à la tête, qui laisse cependant apparaître le visage intégralement. Le terme est parfois employé improprement pour désigner les voiles qui ne couvrent que les cheveux que l'on peut voir en France. En effet, c'est un vêtement d'origine persane, préexistant à l'Islam. Et aujourd'hui encore, on en retrouve essentiellement en Iran, porté par les femmes pratiquantes. Mais tout le monde ne porte pas le tchador en Iran, où seul le hijab est obligatoire. La distinction est assez bien évoquée dans Persépolis de Marjane Satrapi (et dans le film qui en a été tiré) dans une scène où des femmes très pratiquantes, et vêtues de tchadors, reprochent à la jeune Marjane, qui porte un hijab, sa tenue indécente.

Zone d'origine: Iran

Le hijab

A la base, c'est un terme générique pour désigner «tout voile placé devant un être ou un objet pour le soustraire à la vue ou l'isoler». Donc tout ce dont on parle jusqu'à présent rentre dans la catégorie des hijab. Dans le Coran, le terme apparaît six fois, mais ne désigne jamais un vêtement, toujours un voile métaphorique. Dans son acception actuelle, ce que l'on appelle hijab désigne un voile qui couvre le cou et les cheveux, mais pas le visage. On le retrouve dans tout le monde musulman, notamment au Maghreb où les trois voiles précités sont rares. Du coup, le hijab est aussi le voile le plus courant en France, celui des différentes «affaires» depuis celle de Creil, il y a 20 ans.

Zone d'origine: ensemble du monde musulman

Evidemment, il y a encore d'autres sous-catégories de voiles et je n'ai gardé que les plus importants, ceux dont on entend parler dans le «débat» actuel. Il apparaît en tous cas clairement qu'il faut cesser de parler de «burqa» lorsqu'on évoque la situation française. Pourtant, les politiques, notamment ceux promoteurs d'un texte législatif sur le sujet, continuent de le faire. Or, quand on évoque la «burqa», on fait appel, dans l'inconscient, à tout ce qui l'accompagne: les talibans, les lapidations, les exécutions dans les stades, etc. De là à y voir une manoeuvre politique destinée à faire peur...

Louis Moulin

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Images: Reuters sauf la burqa (Flicker, Iluminación luiseño)

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