Santé

La plus grande chance du Royal Baby (et de ses parents) est de ne pas être né aux États-Unis

Temps de lecture : 8 min

Tous les habitants d’Europe, membres ou non d’une famille royale, bénéficient de meilleurs soins maternels que les parents américains.

Le Prince William, Kate Middleton et leur nouveau-né Louis à la Lindo Wing de l'hôpital St Mary à Londres, le 23 avril 2018 |  John Stillwell / Pool / AFP
Le Prince William, Kate Middleton et leur nouveau-né Louis à la Lindo Wing de l'hôpital St Mary à Londres, le 23 avril 2018 | John Stillwell / Pool / AFP

Le 23 avril dernier, la duchesse de Cambridge a donné naissance à son troisième enfant dans une maternité très select du centre de Londres, la Lindo Wing, une dépendance de l'hôpital St Mary.

Une petite armée d’employés a veillé sur elle et le Prince William durant vingt-quatre heures, dans une chambre luxueuse et retirée, pour un prix estimé à 8.900 dollars [7.376 euros], d'après The Economist. Selon la formule consacrée, la maman et le bébé –de 3,9 kg– se portent bien.

Système scandaleusement dysfonctionnant

La plupart des Européennes de l'Ouest et des Canadiennes n'accouchent pas dans un établissement comme la Lindo Wing. Mais pour le reste, le traitement qui leur est réservé et l’issue de l’accouchement est à peu près équivalent à celui du couple royal. Les parents ne paient pas les soins de maternité et l'accouchement, avec de faibles risques de mortalité maternelle et infantile.

Les Américaines, au contraire, doivent encore et toujours supporter les pires soins maternels d’Occident. Et si elles ne réalisent pas à quel point le système dans lequel elles accouchent est scandaleusement dysfonctionnant, c’est tout simplement parce qu’elles ont fini par s’y habituer.

Avoir des triplés prématurés coûte la somme faramineuse de 870.000 dollars [720,283 euros]!

L’immense majorité des femmes américaines accouche dans un hôpital bruyant plutôt dépouillé et sans beaucoup de commodités, pour un coût moyen de 12.290 dollars [10.176 euros]. En termes de qualité et d’esthétique de l’environnement de la parturiente, l’Amérique est tout à fait dans la moyenne –sauf en ce qui concerne les coûts.

Si elle a besoin d'une césarienne –16.907 dollars en moyenne, soit 13.998 euros– ou de tout autre service d'urgence, sa facture peut rapidement dépasser 30.000 dollars [24.837 euros]. Avoir des triplés prématurés coûte la somme faramineuse de 870.000 dollars [720,283 euros]!

Les jeunes parents, au début de leur carrière et avec de petits revenus, doivent payer des milliers de dollars, quelle que soit leur mutuelle.

Pire pays riche pour la mortalité infantile et maternelle

Parallèlement, le taux de mortalité infantile aux États-Unis en 2016 était de 6 décès pour 1.000 naissances, soit un chiffre environ trois fois plus élevé que celui du Japon et l'un des pires taux de mortalité de tous les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

L'Amérique est également le pire pays riche en matière de mortalité maternelle. Selon l'Institute for Health Metrics and Evaluation de l'université de Washington, sur 100.000 naissances, 26,4 mères sont mortes de causes liées à la grossesse en 2015, soit trois fois le taux du Royaume-Uni, classé deuxième, et plus de six fois le taux de mortalité maternelle de la Finlande, du Danemark ou de l'Italie.

Selon l’Académie Nationale de Médecine, les États-Unis sont loin derrière le reste des pays de l'OCDE dans une longue liste de question de santé, dont la mortalité maternelle et infantile.

Seules la Turquie et le Mexique ont des taux de mortalité infantile plus élevés que le Mississippi, et l'État affichant le taux le moins élevé aux États-Unis –le New Hampshire–serait classé au 28e rang des pays de l'OCDE s’il était pris en compte comme un État à part entière.

De 2001 à 2010, par rapport au reste de l'OCDE, «le risque de décès aux États-Unis était 76% plus élevé pour les nourrissons et 57% plus élevé pour les enfants âgés de 1 à 19 ans». Pire encore: au cours des deux dernières années, l'espérance de vie moyenne aux États-Unis est tombée à 78,7 ans pour les femmes et les hommes combinés. La moyenne pour le reste de l'OCDE? 80,3 ans.

Spirale ascendante des coûts

Les Américains paient le privilège de ces terribles résultats. En 2016, ils ont dépensé 3.300 milliards de dollars en soins de santé, soit près de 18% du PIB américain. Une étude a révélé que les Américains utilisaient les services de soins de santé au même rythme que les Européens –un tout petit peu moins, en fait– mais qu’ils paient presque deux fois plus cher pour à peu près tout.

Comme Martin Gaynor, analyste en économie de la santé, l'a dit sur l’antenne de NBC News, l'ensemble du système de santé est sur une spirale ascendante, ce qui a des conséquences de plus en plus dure pour les patients: «Lorsque les soins de santé coûtent plus cher, les primes d'assurance maladie sont plus élevées et lorsque les primes sont plus élevées, les employeurs paient encore davantage. Et les employés supportent indirectement la plus grande partie de cette somme», sous la forme de franchises, de systèmes de quotes-parts et de primes toujours plus élevées.

En 2013, un tiers des bénéficiaires de l'assurance maladie dépensaient au moins 20% de leur revenu annuel total en frais de santé.

Grâce à l'Affordable Care Act (ACA), plus connu sous le nom d'Obamacare, le nombre d’Américains sans mutuelle a aujourd'hui considérablement baissé, même si le Congressional Budget Office estime que les changements apportés par les Républicains à l'ACA vont entraîner la perte d'assurances santé pour neuf millions d'entre eux d'ici la fin de l’année 2019.

Même ceux qui se croient «couverts à 100%», comme le disent les publicités, découvrent petit à petit les insuffisances criantes du système américain, dès lors qu'ils souffrent d'une maladie grave.

Une enseignante d'Andover, au Massachusetts, raconte qu'elle a été licenciée lorsque le conseil de son établissement a découvert que les soins contre le cancer de son fils coûtaient un million de dollars –une somme que l’école aurait dû en partie avancer.

Une femme qui se remettait d'une opération du dos a reçu une facture de 17.850 dollars [14.776 euros] pour des tests de laboratoire que sa mutuelle, Blue Cross and Blue Shield of Texas, refusait de couvrir, considérant qu’ils ne relevaient pas de sa police de mutuelle.

Même les bénéficiaires de l'assurance maladie souffrent: en 2013, un tiers d'entre eux dépensaient au moins 20% de leur revenu annuel total en frais de santé.

Nation de mendiants médicaux

Des dizaines de milliers d’Américains n’ont désormais plus d’autres choix que d’en recourir au financement participatif pour se soigner, demandant à leurs parents et amis de l’aide pour régler les dépenses que leurs compagnies d’assurance santé refusent de couvrir.

Le site de financement participatif YouCaring a ainsi une section spéciale pour les levées de fonds médicales, sur laquelle des étrangers peuvent se voir demander de financer, par exemple, les soins d’Eduardo, un adolescent atteint d’un cancer de stade 3, ou le traitement et la prise en charge de deux autres ados, Angel et John, la première dans le coma depuis qu’elle a été renversée par une voiture qui a pris la fuite, et le second blessé par arme à feu par un inconnu et resté paralysé.

Un autre site de financement participatif, GoFundMe, dispose lui aussi d’une section médicale, sur laquelle Orla a levé 80.000 dollars [66.251 euros] pour une transplantation de poumon, Janie 19.000 dollars [15.736 euros] pour soigner sa maladie de Lyme, Dave 43.000 dollars [35.617 euros] pour soigner sa tumeur au cerveau et Tara 30.000 [24.849 euros] pour se remettre de son attaque cérébrale.

Voilà où nous en sommes rendus: l’Amérique est une nation de mendiants, contrainte d’en appeler à la pitié d’inconnus, qui en retour vont choisir qui doit vivre de leur charité ou mourir de leur absence de soutien financier. Une petite fille blonde de 2 ans en tutu risque par ailleurs d’obtenir bien davantage d’argent qu’un gamin noir dans une tenue de Black Panther, qui à son tour générera sans doute davantage de compassion sur les réseaux sociaux qu’un type de 50 ans victime d’une fusillade ou d’une vieille dame latino en train de mourir de son diabète.

On dirait une version macabre de cette émission des années 1950, «Reine d’un Jour», dans laquelle des femmes dans le besoin se présentaient devant les téléspectateurs en quête d’un réfrigérateur, d’un lave-vaisselle, de nouveaux meubles ou d’un nouvel ensemble, et où un applaudimètre était utilisé pour mesurer les choix du public présent dans le studio.

Dans un système de santé digne de ce nom, il n’y a pas d’applaudimètre: les mutuelles couvrent les dépenses des patients, les médicaments et autres traitements sont achetés en grandes quantités pour réduire les coûts globaux et l’espérance de vie est indépendante du revenu personnel. Mais les États-Unis n’ont jamais eu quoique ce soit qui s’approcherait d’un tel système de santé, et nombreux sont les représentants et sénateurs qui aimeraient que le rôle du gouvernement comme financeur et régulateur de la santé diminue encore.

Privilège européen

On estime que le prince William vaut quarante millions de dollars, et il est susceptible d’hériter un jour des biens de sa grand-mère, estimés, pour la seule partie immobilière, à plus d’un milliard de dollars [828,9 millions d'euros]. Il peut se permettre de payer 8.900 dollars [7.376 euros] pour bénéficier des meilleurs traitements possibles dans une maternité au Royaume-Uni.

Malheureusement, c’est une somme que très peu de jeunes Américains âgés de 20 à 24 ans peuvent se permettre de payer, eux dont le revenu moyen est de 27.300 dollars [22.625 euros]. Idem pour les 25-34 ans, avec un revenu annuel moyen du foyer à 40.352 dollars [33.447 euros] par an. Sans parler du fait qu’aucun d’entre eux ne peut espérer une seule seconde trouver aux États-Unis un hôpital qui leur proposerait une prestation aussi peu chère pour un accouchement: toutes les formules, des plus basiques aux plus élevées, sont bien supérieures. Même s’ils ont la chance d’être bien assurés grâce à leur employeur, les jeunes Américains devraient encore régler de leur poche des sommes allant de 3.000 à 5.000 dollars [de 2.486 à 4.144 euros].

Le coût moyen d’un premier accouchement pour un jeune couple américain est treize fois supérieur à celui que doit régler un couple britannique.

Le résultat des courses, c’est que le couple royal peut se payer des soins équivalant à 0,000025% de son patrimoine pour donner naissance à son troisième enfant. Pour les couples moins fortunés vivant au Royaume-Uni, le National Health Service, pourtant déficient à bien des égards, prend en charge la majorité des coûts d’une naissance par les voies naturelles.

Le coût moyen d’un premier accouchement pour un jeune couple américain est treize fois supérieur à celui que doit régler un couple britannique. La plupart des parents américains dépensent 10% de leurs revenus pour régler tous les frais non remboursés d’un accouchement.

Je ne dis pas que chaque nouveau-né américain devrait naître dans un équivalent du Lindo Wing pour un montant de 8.900 dollars [7.376 euros]. Mais il n’en demeure pas moins que toute mère devrait avoir le droit de donner naissance à son enfant dans un environnement sûr, propre et confortable, et que son enfant reçoive des soins appropriés sans que ses parents passent leur temps à se demander comment ils vont faire pour payer les factures médicales de leur enfant.

Laurie Garrett Journaliste scientifique et écrivaine américaine

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