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L'année 2019 pourrait devenir le cauchemar de Trump

Temps de lecture : 5 min

Perdre la majorité à la chambre, dont les représentants seront élus le 6 novembre prochain, serait pour le président américain un désastre personnel.

Donald Trump à Tokyo, le 6 novembre 2017. |
Jim Watson / AFP
Donald Trump à Tokyo, le 6 novembre 2017. | Jim Watson / AFP

Si le président Trump déteste tant le procureur spécial Bob Mueller, pourquoi ne se débrouille-t-il pas pour le faire virer?

La plupart des Républicains sont inquiets du retour de bâton qu'une telle action pourrait provoquer lors des élections de mi-mandat de 2018, leur coûtant le contrôle majoritaire du Congrès et mettant en péril leurs objectifs législatifs.

Pour le président, en revanche, les craintes sont bien plus personnelles. Une prise de contrôle par les Démocrates serait une véritable catastrophe: instantanément, la Chambre des représentants serait transformée en une ruche de commissions d’enquête. Dans une chambre démocrate, la bataille qui ferait rage à Washington n’opposerait plus Trump et Mueller: elle mettrait face à face Trump et vingt-et-un présidents de commissions, et passerait en boucle vingt-quatre heures sur vingt-quatre à la télévision.

Capacité d'assignation et pouvoir d’investigation

Contrairement à une loi, une décision de l’exécutif peut être attaquée par une seule des deux chambres. Prendre le contrôle de celle des représentants donnerait aux présidents démocrates des commissions le pouvoir de contester tous les aspects des intérêts personnels et politiques du président.

Je sais assez bien à quoi cela pourrait ressembler. J’ai été directeur de cabinet dans une sous-commission sous l’administration du président républicain George H.W. Bush, quand des Démocrates comme John Dingell, Henry Waxman ou ma boss Barbara Boxer avaient brandi leur autorité avec suffisamment d’agressivité pour faire trembler les responsables des agences gouvernementales.

On menaçait souvent de lancer des citations à comparaître sans en avoir finalement besoin, les responsables de l’administration Bush comprenant la plupart du temps que collaborer leur épargnerait bien des tourments.

Vingt-et-une commissions parlementaires donnent à leurs présidents un pouvoir d’assignation. Certaines d’entre elles nécessitent un vote de la commission ou une consultation à la majorité absolue, mais aucune ne donne à la minorité un droit de veto.

La capacité du Congrès à assigner n’est contrebalancée par que par certains droits constitutionnels. Le Congrès ne peut par exemple pas forcer un témoin à renoncer à son droit de ne pas s’incriminer lui-même. Autrement, le Congrès peut contraindre tout employé du gouvernement ou tout citoyen à témoigner et produire des documents.

Une commission parlementaire peut demander une enquête dans n’importe quel domaine tombant sous sa juridiction. Ce pouvoir d'investigation et la capacité à assigner qui le permet sont pour l'instant restées en sommeil pendant le mandat de ce 115e Congrès.

Lorsque les Républicains ont distribué des citations à comparaître, cela a surtout été pour défendre Donald Trump contre l’enquête menée par Mueller. Mais la situation pourrait bien changer très rapidement, comme Trump en a sans doute été averti par des collaborateurs expérimentés.

Environnement riche en cibles

L’administration Trump est ce que les stratèges militaires appellent un environnement riche en cibles. Chaque commission examinant l’un des ministères se trouverait face à plusieurs scandales à mettre en lumière et des imbroglios juridiques à démêler. Voilà à quoi cela ressemblerait.

La commission du Budget pourrait contribuer au débat national sur la justice fiscale en demandant à consulter les avis d’imposition de Trump. Les élections de 2018 s’approchant, elle pourrait organiser des auditions informant le public sur la façon dont le sabotage de l’Obamacare par Trump fera bondir les tarifs des assurances santé pour les consommateurs.

La commission des Services financiers présidée par la parlementaire Maxine Waters –une des cibles favorites des invectives de Trump– pourrait user de son autorité pour enquêter sur le blanchiment par les oligarques étrangers de ressources mal acquises grâce à l’achat de logements de luxe, y compris dans des bâtiments appartenant à Trump à New York et Miami.

La commission judiciaire pourrait confier plusieurs affaires à ses sous-commissions. Les présidents de celles-ci seraient en mesure de demander à des élèves de Parkland d’attester de l’impact des violences par armes à feu sur les écoles et à des administrateurs de donner leur avis sur l’idée idiote d’armer les enseignants, d'explorer la cruauté et le manque de discernement ayant conduit Trump à supprimer la protection juridique des clandestins arrivés sur le territoire des États-Unis avant l’âge de 16 ans et, bien sûr, de démontrer l’autorité qu’aurait un procureur spécial pour mettre en examen un président en activité.

La commission des Forces armées pourrait organiser des discussions sur le danger de partager des secrets d’État avec des employés de la Maison-Blanche s’étant vu refuser l'accès à un tel niveau d’habilitation.

La commission du contrôle de l’exécutif et de la réforme gouvernementale serait habilitée à mettre en lumière la tendance de l’administration à dépenser l’argent issu des impôts des citoyens dans des établissements dont Trump est propriétaire.

Une commission des Affaires étrangères redynamisée pourrait décider d’auditions sur l’attitude erratique de Trump vis-à-vis de la Corée du Nord et sur son affection excessive pour la Russie.

La commission sur l’Éducation et la main d’œuvre pourrait appeler des propriétaires d'usines et des ouvriers à témoigner sur les emplois perdus à cause de la hausse des tarifs douaniers sur l’acier décidée par Trump.

Les commissions avec juridiction sur le ministère de l’Intérieur, l’Agence de protection de l’environnement et le Trésor seraient capables de mener des auditions sur les notes de frais extravagantes de leurs dirigeants.

Des ministres comme Betsy DeVos et Ben Carson pourraient être obligés à témoigner en public et sous serment à propos de leurs décisions sur des mesures qu’ils ne semblent pas même comprendre.

La nouvelle ministre de la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, serait peut-être forcée de justifier la réponse très indolente de son administration aux tentatives de sabotage des élections par la Russie.

Déluge ininterrompu d’accusations et de révélations

Imaginez enfin un Donald Trump en pyjama, les yeux pleins de terreur, face aux trois écrans de télévision de sa chambre présidentielle, le premier montrant son gendre Jared Kushner être éreinté pour sa litanie de modifications et de corrections de ses demandes d’habilitation, le second présentant le ministre des Finances Steve Mnuchin tentant de s’expliquer sur son addiction aux vols en première classe, le troisième donnant la parole à des ouvriers des régions industrielles déplacés depuis les surtaxes sur les importations mises en place par Bush en 2002.

Imaginez la colère sans borne du président face à une procession de ministres, d’anciens collaborateurs à la Maison-Blanche, d’ouvriers du bâtiment au chômage, d’électeurs laissés pour compte, de clandestins terrifiés, d’employés d’usine abandonnés, de divers collaborateurs autrefois tenus au secret, tous interrogés par des présidents de commissions parlementaires démocrates –qui sont nombreux à avoir été diffamés par Trump en des termes particulièrement insultants.

Imaginez cela et vous verrez pourquoi Trump ne peut se permettre de virer Mueller. Si décider hâtivement de se débarrasser du procureur spécial coûte aux Républicains leur majorité à la Chambre des représentants, le président s’exposera à un déluge ininterrompu d’accusations, de confessions et de révélations. Et c’est le pire cauchemar de Trump.

Drew Littman Directeur des politiques chez Brownstein Hyatt Farber Schreck

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