Politique

Fait rare pour un président, Macron évite le vote sanction aux législatives partielles

Temps de lecture : 6 min

En remportant la huitième et dernière législative partielle consécutive aux annulations du scrutin de juin 2017, La République en marche retrouve trois des quatre sièges qu'elle détenait.

Emmanuel Macron à Strasbourg, le 17 avril 2018 | Frederick Florin / AFP
Emmanuel Macron à Strasbourg, le 17 avril 2018 | Frederick Florin / AFP

La séquence politique des élections législatives partielles est terminée. Elle s'est achevée dimanche 22 avril, avec la victoire au second tour de Samantha Cazebonne, députée sortante La République en marche (LREM), dont l'élection avait été invalidée par le Conseil constitutionnel –alors que le contentieux opposait les candidats arrivés deuxième et troisième au premier tour. Les Sages avaient retenu des dysfonctionnements dans le vote par correspondance pour annuler le scrutin.

Seulement huit circonscriptions remises en jeu

La candidate LREM devance le représentant de La France insoumise, comme en juin 2017, où elle l'avait largement emporté. Cette fois, le taux de participation a été ridiculement bas aux deux tours: inférieur à 8%!

Le secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement, Christophe Castaner, s'est félicité de cette victoire sur Twitter, en décochant au passage une flèche à la droite: sa candidate à l'origine de l'annulation, Laurence Sailliet, aujourd'hui porte-parole du parti Les Républicains, avait choisi de ne pas se représenter pour l'élection partielle.

En juillet, selon un tweet rédigé par le journaliste de LCI Renaud Pila, l'ancien ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux pariait sur un «grand nombre de législatives partielles», donc d'annulations prononcées par le Conseil constitutionnel.

On ne sait pas sur quels éléments objectifs se fondait l'ex-locataire de la Place Beauvau, sans doute sur la quantité de recours déposés –dont on ne peut pas savoir, par avance, comment ils vont tourner. En tout état de cause, le pari a été raté.

Le Conseil constitutionnel a procédé à l'annulation du scrutin dans huit circonscriptions de métropole, d'outre-mer et de l'étranger: Territoire de Belfort (1ere circonscription), du Val-d'Oise (1ere), de Guyane (2e), de la Haute-Garonne (8e), du Loiret (1ere), de Mayotte (1ere), de Wallis-et-Futuna (1ere) et des Français établis hors de France (5e). Un chiffre très éloigné du «grand nombre» pronostiqué par Hortefeux, mais très proche des annulations prononcées par le Conseil constitutionnel après les élections législatives de 2012, au nombre de sept.

À LIRE AUSSI Macron, dans le fond

2012 et la «cuisine politique» de Wallis-et-Futuna

Là s'arrête la similitude. Les partielles de 2012 et 2013 avaient été un échec sur toute la ligne –une vraie tôle– pour le Parti socialiste (PS), qui disposait à lui seul de la majorité à l'Assemblée nationale.

Le PS avait perdu les trois circonscriptions où il présentait un député sortant –Hérault (6e), Français de l'étranger (1ere et 8e)– et avait été éliminé dès le premier tour dans trois circonscriptions –Val-de-Marne (1ere), Oise (2e) et Français de l'étranger (8e), déjà citée, où la remplaçante de la députée sortante invalidée et inéligible n'avait pas passé le tour préliminaire. Dans la sixième –Hauts-de-Seine (13e), le député de droite sortant avait conservé son siège.

La septième et dernière circonscription concernée par ces partielles était celle qui, par une «cuisine politique» propre à Wallis-et-Futuna, avait permis au PS de sauver... un meuble. Le nouveau scrutin avait été remporté par un candidat à l'étiquette indéfinie mais catalogué autonomiste et soutenu par l'UMP. Quelle n'avait donc pas été la surprise de la droite de découvrir que Napole Polutele s'était inscrit au groupe PS en entrant au palais Bourbon. Autant dire que l'UMP lui avait réservé un accueil gratiné pour sa première intervention lors des questions orales au gouvernement, en le traitant de «voyou».

Trois candidats en marche sur quatre reconduits

La configuration est totalement différente pour les élections partielles de 2018. Le parti du président, La République en marche, comptait quatre députés dans les huit consultations annulées par le Conseil constitutionnel.

Il en a reconduit trois –Guyane, Mayotte et Français de l'étranger– et a enregistré une chute dans le Val-d'Oise au profit de la droite. Les Républicains ont retrouvé en outre les deux sièges qu'elle détenait, dans le Territoire de Belfort et le Loiret.

Pour sa part, le PS a conservé l'unique siège dont il était titulaire dans cette série de partielles, celui de Haute-Garonne –un département très largement socialiste en 2012, où les neuf autres sièges sont détenus en 2018 par LREM (8) et le Modem (1).

Et devinez où se trouvait le huitième et dernier siège remis en compétition? À Wallis-et-Futuna! Le déjà célèbre Napole Polutele, qui avait remporté la consultation générale de 2017 sous l'étiquette «divers gauche», était parti siéger au sein du groupe centriste UDI.

Invalidé par les Sages, il a été battu dès le premier tour de la nouvelle partielle par un candidat divers droite, encore soutenu par la droite LR –qui n'a pas été payée en retour, puisque celui-ci s'est inscrit, à l'Assemblée, au sein du groupe hétéroclite des non inscrits.

Recul notable en suffrages exprimés pour LREM

Un an pile après l'élection d'Emmanuel Macron –le premier tour de l'élection présidentielle s'est tenu le 23 avril 2017, La République en marche ne s'en sort pas trop mal dans un exercice qui sourit rarement à la majorité –voire jamais.

Les électeurs, avec le recul, ont plutôt tendance à sanctionner les représentants de l'équipe au pouvoir et de favoriser son opposition. Il est donc extrêmement compliqué de tirer des conclusions définitives de ces consultations partielles sans faire preuve d'une dangereuse audace ou d'une belle imagination –d'autant que, dans ces scrutins épars, la participation est généralement très en retrait par rapport à celle, déjà médiocre, des élections générales.

Les huit élections partielles de 2018 concernaient un peu plus de 376.000 électeurs inscrits, comme en juin 2017. Alors qu'il y avait eu 46,5% de suffrages exprimés au premier tour par rapport à ces inscrits l'an dernier, ce pourcentage n'était plus que de 29,5% pour le remake de cette année.

La République en marche, présente au second tour dans sept circonscriptions –elle n'avait pas de candidat à Wallis-et-Futuna, a totalisé 25,4% des suffrages exprimés au premier tour de 2018, contre 33,8% au premier tour en 2017.

Les Républicains ont quant à eux gagné du terrain, passant de 15,1% en 2017 à 20,1% en 2018. La progression a été aussi de l'ordre de cinq points pour le PS –13,6% en 2018 contre 8,8% en 2017– et légèrement moindre pour La France insoumise –11,9% contre 10,5%.

Le Front national a en revanche perdu des plumes: son pourcentage de suffrages exprimés est passé de 11,9% en 2017 à 8,3% en 2018 sur l'ensemble des huit circonscriptions en lice.

Dissémination des oppositions

Du reste, il est apparu clairement –au moins dans deux circonscriptions, le Territoire de Belfort et le Val-d'Oise– que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon pouvait passer devant le parti de Marine Le Pen à l'occasion de ces nouveaux scrutins.

Un détail qui n'est pas inintéressant à relever dans la séquence politique actuelle, où le chef de file de la gauche de la gauche et la patronne de l'extrême droite se disputent le titre de meilleur opposant au président de la République.

Le premier manifeste ses intentions à travers son implication dans les mouvements sociaux à la convergence desquels il ne cesse de travailler; la seconde a profité des débats sur le projet de loi du gouvernement Asile et immigration, un de ses terrains de prédilection, pour tenter d'occuper le devant de la scène. Mais même sur ce sujet, Mélenchon est venu contester le rôle qu'elle essaie de s'octroyer et que semblent lui attribuer les résultats d'un récent sondage Ifop / Fiducial: Macron est donné à 33%, Le Pen à 23% et Mélenchon à 16,5%.

Le bilan politique que peuvent tirer les deux têtes de l'exécutif de cette séquence d'élections partielles est qu'aucune formation ne se dégage comme opposition principale au macronisme. Même si LREM marque un tassement électoral, logique et quasiment attendu pour le parti au pouvoir, la dissémination des oppositions persiste. Un facteur d'autant plus inquiétant pour les partis concernés qu'ils vont désormais devoir attendre plus d'un an avant la prochaine fournée électorale, celle des européennes de 2019.

Olivier Biffaud Journaliste

Newsletters

Un an dans l'intimité de la Taverne des Patriotes, repaire de militants nationalistes

Un an dans l'intimité de la Taverne des Patriotes, repaire de militants nationalistes

Un simple clic suffit à découvrir l’un des plus grands forums de discussion en ligne des sympathisants de Marine Le Pen. Pendant la campagne présidentielle de 2017, il revendiquait plus de 2.500 membres. Bienvenue dans la «Taverne des Patriotes».

Omarosa Manigault, la femme qui inquiète l'administration Trump

Omarosa Manigault, la femme qui inquiète l'administration Trump

La publication du livre d'une ancienne collaboratrice fait trembler jusqu'au plus haut sommet de l'État.

Migrants: à quel moment sauver des vies est-il devenu un crime?

Migrants: à quel moment sauver des vies est-il devenu un crime?

Tandis que les travailleurs humanitaires se font arrêter pour avoir sauvé des migrants en train de se noyer, les Européens doivent faire face à l’écart croissant entre leur sens moral et la politique de leurs gouvernements.

Newsletters