Parents & enfants

Blocage des universités: le chiffon rouge des «examens en chocolat»

Temps de lecture : 4 min

C'est la grande peur de certains étudiants et de leurs parents: être dans l'incapacité de valider leur année de fac.

Manifestation à la station de métro Tolbiac, le 13 avril 2018.| Gérard Julien / AFP
Manifestation à la station de métro Tolbiac, le 13 avril 2018.| Gérard Julien / AFP

Il est 18h15 environ, sur ce grand boulevard de la rive gauche. La fille que je croise parle fort dans son téléphone: «On s’en fout des partiels. On s’en fout tu vois… Qu’est-ce que c’est une année de ma vie par rapport à la lutte contre la sélection à la fac!»

Il y a quelque chose d’assez subversif à dire, à 20 ans, qu’on se fiche de réussir tout de suite, qu’on se donne du temps. Cette jeunesse étudiante engagée va à rebours de tout le discours dominant, celui qui évoque l’échec en licence comme le plus grand problème de l’université.

Pendant ce temps, d’autres étudiants, qui ne sont pas engagés contre la réforme, voudraient passer leurs partiels et valider leur année. Les universités ont bien tenté d’organiser les examens, elles en ont été empêchées comme à Nanterre ce mardi 17 avril, quand les étudiants présents à l’AG ont massivement voté la poursuite du blocage de leur fac.

Et c’est autour des partiels que le débat se crispe. Des AG sortent des propositions comme donner la moyenne à tous les étudiants, comme l'ont demandé les grévistes de Tolbiac...

Une revendication à laquelle a réagi Emmanuel Macron, en utilisant une image qui restera, celle des «examens en chocolat».

En réponse, les professeurs mobilisées à Nanterre ont demandé un «20 sur 20 politique».

Argument massue

Comme dans tout conflit, il y a des escalades et des armes de dissuasion massive. La non-tenue des examens en est une, entre les mains des étudiants, grande menace brandie par les uns et les autres et constante dans les mouvements de contestation étudiante. Ce jeudi 19 novembre un collectif d’enseignants de Paris Panthéon Sorbonne a dénoncé d'ailleurs la cristallisation du débat sur la question des examens dans Le Monde:

«En focalisant sa communication sur l’organisation des examens, le gouvernement a imposé aux universités de renoncer à l’organisation sereine et concertée d’évaluations dignes de ce nom, renforçant ainsi les tensions au sein de la communauté universitaire.»

Nicolas Offenstadt, professeur d’histoire médiévale à Paris Panthéon Sorbonne et très engagé contre Parcoursup parle même de tradition dans ce jeu de rapport de force:

«C’est bien sûr un enjeu très important et c’est normal. D’un côté, les défenseurs de l’ordre ou de la réforme en cours, espèrent que l’arrivée des examens va faire baisser la mobilisation; se concentrer sur cet enjeu est évidemment un moyen de se détourner des questions de fond. Dans une lutte, les plus radicaux ou les plus opposés aux réformes, de leur côté peuvent faire de leur non-tenue (parfois simplement dans les discours) un moyen de protestation très frappant.»

Pour Gilles Roussel, président de la Conférence des Présidents d’université (CPU) il y a un enjeu très fort de défense de la valeur des diplômes, comme il le déclarait au Figaro début avril:

«Le diplôme n’est pas fait pour sanctionner la présence à l’université, mais un socle de connaissances. Les bloqueurs veulent faire croire qu’il n’y aura pas de conséquences à leurs blocages, mais il ne faut pas les laisser penser ça. […] Le diplôme universitaire est un diplôme national, validé par le président de chaque université et le recteur de chaque académie, garant de la validité du certificat. Il est inenvisageable qu’un président et un recteur signent de consort un diplôme dans ces conditions.»

C'est un brin plus compliqué: si le débat est récurrent, le problème ne se pose pas vraiment. Du moins aux yeux de Nicolas Offenstadt qui relativise:

«Ce n’est pas nouveau. Dès qu’un mouvement étudiant ou enseignant dure, il pose la question des examens. À vrai dire il y a deux questions en une. D’abord celle de leur tenue et ensuite celle du contenu. En 2009, ce fut au coeur des discussions de la lutte des enseignants. J’ai déjà eu plusieurs fois à gérer cette question, sans beaucoup de troubles à vrai dire.»

Pourquoi? Parce qu’en fait les examens finissent toujours par avoir lieu!

«Il est toujours possible d’adapter le programme des examens à ce qui a été réellement enseigné et étudié, voire même de redéfinir un programme. Ce n’est d’ailleurs pas si grave.»

Nicolas Offenstadt, professeur à Paris Panthéon Sorbonne

«Il est souvent possible de prolonger la durée de la session ou de la reporter un peu. La Présidence de Paris I, où j’enseigne, vient déjà de décider un allongement de la période d’examens», souligne Offenstadt, rappelant que les examens sont toujours adaptés à la situation de l’année ou l’avancement du cours. La souplesse est une tradition universitaire:

«Il est toujours possible d’adapter le programme des examens à ce qui a été réellement enseigné et étudié, voire même de redéfinir un programme. Ce n’est d’ailleurs pas si grave. Quelques cours de plus ou de moins ne changent pas un formation générale, surtout si les étudiants continuent leurs lectures mais il faut tout de même veiller à la pertinence pédagogique du maintien dans chaque cas. Ce qui compte c’est d’être clair avec les étudiants en définissant précisément ce sur quoi va porter l’examen.»

N'oublions pas que les examens ont toujours fini par être organisés, même en 1968, année zéro dans la mythologie des grèves estudiantines. L’historien Claude Lelièvre, nous a raconté que cette année-là, «les examens furent décalés, aménagés avec beaucoup de formules différentes pour que l’année universitaire puisse être validée mais ils se sont bien tenus». Reste que si les épreuves ont bel et bien été organisées, certaines ont bénéficié de la largesse des correcteurs: les bacheliers de 1968 eurent droit à une notation plus généreuse et furent plus nombreux à décrocher ce diplôme (81% de réussite contre 62% en 67).

Louise Tourret Journaliste

Newsletters

Une maternelle indonésienne s'excuse après avoir déguisé ses élèves en djihadistes

Une maternelle indonésienne s'excuse après avoir déguisé ses élèves en djihadistes

Les fillettes avaient revêtu un voile intégral et portaient des fausses mitraillettes.

Le gouvernement britannique accusé d'être inactif face aux mariages forcés à l’étranger

Le gouvernement britannique accusé d'être inactif face aux mariages forcés à l’étranger

«Il ne fait aucun doute que des milliers de jeunes femmes ne retourneront pas à l’école en septembre»

La honte de la mère célibataire

La honte de la mère célibataire

J’ai choisi d'avoir des enfants toute seule. Alors pourquoi ce sentiment de honte?

Newsletters