Sociéte

Surpopulation: des villes entières... sous terre?

Temps de lecture : 7 min

Avec une population mondiale estimée à 9,5 milliards d'individus en 2050, dont une grande majorité vivra en ville, le problème de la surpopulation urbaine est devenu un enjeu crucial. Et si on colonisait le sous-sol des mégapoles?

Underground | Luca Bravo via Unsplash License by
Underground | Luca Bravo via Unsplash License by

Dans la plupart des grandes villes du monde, les espaces souterrains, traditionnellement dévolus aux lignes de métro, aux canalisations, aux parkings et aux réseaux électriques, sont peu –voire pas du tout– exploités. Pourtant, le sous-sol constitue un vaste réservoir d'espaces vierges, propices à accueillir de nombreuses infrastructures, en allégeant d'autant le tissu urbain en surface. Il est possible d'y construire des parcs, des centres commerciaux, des bureaux ou même des habitations. Un peu partout dans le monde, que ce soit en Europe, en Amérique ou en Asie, des projets sont déjà sur pied ou en cours de développement, afin de multiplier l'espace urbain disponible.

Extension du domaine de la ville

Faire du sport, du shopping ou travailler à trente mètres sous terre, c'est ce que les habitants d'Helsinki vont bientôt pouvoir faire. Dans la capitale finlandaise, l'idée d'exploiter le sous-sol ne date pas d'hier. Dès les années 1960, en pleine Guerre froide, un programme architectural visant à construire une seconde Helsinki sous la surface a été développpé, initialement dans le but de protéger les habitants en cas d'attaque de l'ennemi russe.

Les tunnels et les locaux construits à l'époque sont aujourd'hui repris, modernisés et surtout étendus par les architectes dans le but de décongestionner la ville par le bas. Première mondiale, la municipalité a même publié un plan détaillé des infrastructures souterraines d'Helsinki, comme s'il s'agissait d'une ville à part entière.

Les tunnels d'Helsinki, qui ne demandent qu'à être exploités. | Antti T. Nissinen via Flickr CC.

D’ici 2020, ce sont près de 400 locaux, représentant un volume de neuf millions de m3, qui vont être déployés sur plusieurs paliers, entre vingt et quatre-vingt mètres sous le niveau de la mer, créant un véritable mille-feuille urbain taillé à même la roche. On y trouvera trente parkings, une piscine olympique, une patinoire, une piste de hockey sur glace, un stade dédié à l’athlétisme, un vaste centre commercial, un complexe de bureaux mais également de très nombreux couloirs et tunnels afin que les habitants puissent se déplacer d'un point à l'autre de la ville en étant protégés des températures glaciales qui sévissent en hiver.

«L'espace souterrain possède de nombreuses qualités naturelles. ll est tempéré, protégé des nombreux aléas climatiques, que ce soit du vent, de la pluie, de la canicule, ou de la neige, et il est généralement plus résistant aux séismes...»

Bruno Barrocca, urbaniste

Outre le fait que toutes ces installations n'encombreront plus la surface, le sous-sol permettra aussi par ricochet d'apporter une réponse originale aux problèmes d'embouteillages. Grâce à ses très nombreux tunnels, Helsinki pourra être presque entièrement approvisionnée par en-dessous, en allégeant considérablement la circulation automobile au-dessus. En effet, ce sont plusieurs milliers de camions et de véhicules de livraisons, circulant quotidiennement dans ses rues, qui vont pouvoir effectuer leurs trajets en passant par le sous-sol.

Avec d'un côté la promesse d'une ville moins dense à l'air libre, Helsinki la souterraine aura, de l'autre côté, la capacité d’accueillir 600.000 personnes dans des infrastructures flambant neuves, à la pointe de l'innovation, soit autant que sa population actuelle. Une véritable invitation à vivre sous terre.

La capitale finlandaise est en train de réussir le pari d'exploiter efficacement et intelligemment son sous-sol pour caser tout ce qui peine, depuis trop longtemps, à tenir dans la ville. La municipalité a réalisé, avec un temps d'avance en Europe, que l'architecture souterraine était une solution d'avenir présentant de multiples avantages, comme le résume Bruno Barrocca, urbaniste spécialiste de la question:

«L'espace souterrain possède de nombreuses qualités naturelles. ll est tempéré, protégé des nombreux aléas climatiques, que ce soit du vent, de la pluie, de la canicule, ou de la neige, et il est généralement plus résistant aux séismes... Il permet de densifier la ville par en-dessous en ajoutant des espaces sans augmenter la hauteur des immeubles. Il limite ainsi l'étalement urbain en préservant les terres agricoles et en garantissant une meilleure qualité de vie aux citadins.»

Du haut vers le bas

Mais la capitale finlandaise n'est pas la seule grande ville à avoir fait ce pari.

On estime que 12% de l'ensemble des commerces de Montréal se trouvent sous terre. Une véritable ville intérieure qui est fréquentée par 183 millions de personnes tous les ans.

De l'autre côté de l'Atlantique, Montréal se dédouble également en profondeur. Grâce un réseau souterrain de trente-deux kilomètres de tunnels, qui couvre l'ensemble du tissu urbain, les Montréalais peuvent effectuer une grande majorité de leurs déplacements piétonniers sous terre. Ici, le projet, que la municipalité a élaboré dès 1962, a pour but de connecter par le bas tous les bâtiments stratégiques de la ville –administrations, banques, entreprises, universités, centres commerciaux, hôtels– ainsi qu'un grand nombre de services.

Au fil des ans, ce sont des centaines de magasins, mais aussi de nombreux restaurants, qui sont venus s'installer dans ces galeries, créant ainsi le plus grand centre commercial du monde. On estime que 12% de l'ensemble des commerces de Montréal se trouvent sous terre. Une véritable ville intérieure qui est fréquentée par 183 millions de personnes tous les ans.

Shopping sous Montréal. | Karl Baron via Flick CC.

Toujours au Canada, Toronto et Calgary ne sont pas en reste avec respectivement vingt-huit et quinze kilomètres de tunnels et de galeries marchandes. Ce dédoublement des grandes villes vers le bas profite indéniablement aux habitants, qui ont accès à un nombre plus important de services, et rencontre d'ailleurs un vif succès sur tous les sites où des initiatives de ce type ont été développées. Bruno Barroca développe:

«Les espaces souterrains complètent les espaces vécus. À Montréal, on y trouve des rues, des espaces de loisirs, des centre commerciaux... À New York, un parc urbain y sera prochainement réalisé. Dans d'autres territoires, de manière ponctuelle, on peut y trouver des logements mais aussi des universités comme celle de Minneapolis où, sur le campus jugé trop encombré, il a été décidé de construire un bâtiment intégrant de nombreux espaces souterrains avec une bibliothèque, les bureaux de la direction, des ateliers...»

Certains projets architecturaux sont encore plus innovants et préfigurent ce que seront les constructions souterraines du futur, à l'heure des «villes intelligentes» hyperconnectées et éco-responsables.

La ville de demain

Alors que la verticalité est une tendance architecturale forte, avec des immeubles de plus en plus hauts pour augmenter le nombre de logements disponibles, le cabinet d'architectes mexicains «Arquitectura BNKR» a conçu le premier gratte-ciel inversé, qui se déploie sous terre sur 300 mètres de profondeur, le long de ses soixante-cinq étages, en prenant racine dans le sol.

Après les gratte-ciels, les «creuse-terre»... | Via YouTube.

Baptisé «Eathscraper», cette construction futuriste, invisible depuis la surface, a été pensée pour ne pas dénaturer visuellement le riche patrimoine architectural de Mexico.

Mais le plus intéressant n'est pas là. Alors que les fermes urbaines apparaissent comme une solution pertinente pour que les villes puissent mettre en place une agriculture locale et respectueuse de l'environnement, des constructions de ce type, qui peuvent s'étendre sous terre sur de très grandes superficies, permettront de faire pousser fruits et légumes de façon plus efficace et en très grande quantité. Bruno Barroca précise sur ce point que «le souterrain, en tant que milieu tempéré, permet, avec des techniques modernes, de récupérer la chaleur dans son environnement».

C'est donc un endroit naturellement propice à l'agriculture urbaine, qui ne nécessite pas de gaspiller beaucoup d'énergie pour cultiver, et qui limite ainsi la pollution. De fait, l'exploitation du sous-sol apparaît comme une solution efficace pour favoriser le circuit court, un maillon essentiel de l'éco-responsabilité des villes de demain.

À Paris, Anne Hidalgo a, dans le cadre de l'appel à projet «Réinventer Paris», récemment inauguré «La Caverne», une ferme souterraine en plein coeur de la ville, d'une superficie de 2.000 m2. Son objectif est de produire chaque année cinquante tonnes de champignons, 300 tonnes d'endives, des herbes aromatiques, des graines germées pour alimenter les marchés du nord de Paris, mais également des salades, des tomates, des poivrons, des concombres, des fraises, et des piments...

Et les idées allant dans le même sens se multiplient, incluant aussi bien des champignonnières que des projets viticoles, qui prendront tous forme sous la surface du sol de la capitale.

À terme, ces infrastructures, qui ont des milliers de mètres carrés vierges pour pouvoir s'implanter, joueront un rôle important pour enraciner localement la production de nourriture dans la Ville Lumière et participeront à faire de Paris une capitale «verte». Mais d'autres projets vont encore plus loin. Marion Waller, conseillère en urbanisme à la Mairie Paris, précise pour nous: «Dans le cadre de “Réinventer la ville”, certains projets proposaient des solutions logistiques de proximité, en envisageant de créer sous terre de nouveaux parcs de recharge pour véhicules électriques.» En enfouissant les bornes, il serait en effet possible d'en multiplier grandement le nombre et de favoriser ainsi l'usage de la voiture électrique.

Dans toutes les grandes villes du monde, l'exploitation des sous-sols apparaît de plus en plus comme une nécessité. Longtemps considérés comme des lieux dont la seule fonction était de cacher tout ce qu'on ne voulait pas voir dans la ville, ils suscitent aujourd'hui l'intérêt des municipalités. Pour que la ville de demain reste vivable, malgré l'augmentation inévitable de sa population, et soit respectueuse de l'environnement, architectes et urbanistes rivalisent d'imagination pour aménager ces grandes surfaces inexploitées. Si nous n'habiterons peut-être pas demain à trente mètres sous terre, dans des immeubles privés de lumière naturelle, nous pourrons assurément y faire nos courses, pratiquer un sport ou venir y travailler. C'est une partie de nos vies de citadins qui se déroulera alors sous la surface.

Arnaud Pagès Journaliste indépendant

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