Politique / Économie

Emmanuel Macron est-il vraiment le président de tous les Français?

Temps de lecture : 4 min

L'étude des premières mesures économiques du gouvernement Philippe semble le contredire.

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Emmanuel Macron face à Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, Palais de Chaillot, Paris, le 15 avril 2018. | François Guillot / AFP / Pool

Depuis une semaine, Emmanuel Macron s’est lancé dans une grande campagne de communication. Alors que les sondages s’enchaînent et font état d’un décrochage de la part la plus populaire de la population –27% de confiance chez les ouvriers et employés ce mois-ci contre 65% chez les cadres– et qu'ils sont de plus à plus à se déclarer déçus par son action –44% des personnes interrogées contre 21% deux mois après son élection– le président semble avoir décidé d’entamer de multiples actions pour inverser la tendance.

Cela est parti d’un constat lourd: son mouvement, La République en marche (LREM), qui avait réussi à s’imposer sur l’échiquier politique en s’affichant à la fois «de droite et de gauche», en proposant une synergie entre des actions sociales et des réformes libérales, apparaît de plus en plus comme un «parti de droite».

Selon une récente enquête réalisée par Ipsos pour Le Monde, 25% des sondés estiment en effet que LREM s'ance à droite, contre seulement 15% il y a un an. Au total, en comptabilisant les réponses «très à droite», «à droite» et «au centre-droit», 50% des Français considéreraient le parti du président comme un mouvement proche de Les Républicains. Ils n’étaient que 30% en mars 2017.

Il faut dire que les mesures prises ont pu confirmer cette situation. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron au poste suprême, ont été votées la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en un impôt sur la fortune immobilière (IFI), la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus du capital, la suppression de la dernière tranche d’imposition sur les revenus du secteur banque et finance, la baisse des APL, la réduction des emplois aidés, la diminution des aides en faveur du sport et du secteur associatif, l’augmentation du prix du tabac, de la fiscalité écologique et de la CSG, les ordonnances sur la libéralisation du marché du travail...

Un impact faible sur l'ensemble des ménages français

D’après un rapport de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), ces mesures auraient, dès 2018, un impact faible voire négatif sur l’ensemble des ménages français, excepté une partie, celle des 5% les ménages les plus aisés du pays, ceux gagnant plus de 60.000€ par an par unité de consommation (et jusqu’à 135.000€ pour le dernier 1%).

En décortiquant et en comptabilisant l’ensemble des mesures économiques, sociales et fiscales prises par le gouvernement d’Édouard Philippe depuis 2017, appliqué à un logiciel macroéconométrique, les économistes Pierre Madec, Mathieu Plane et Raul Sampognaro constatent un effet quasiment nul sur le pouvoir d’achat des 75% premiers ménages français.

Ensuite, ceux situés entre 75% et 95% voient une diminution de leur niveau de vie de 0,5% en moyenne (mais qui peut monter à -0.8% pour le neuvième décile). Ils observent en revanche une hausse exceptionnelle de 1,6% pour les très riches, les 5% les plus fortunés de France.

«[Les] 5% de ménages les plus aisés […] devraient profiter pleinement des réformes sur la fiscalité du capital mobilier et verront leur niveau de vie s’accroître de 1,6 % en moyenne par unité de consommation, soit 1.730 euros par ménage. La transformation de l’ISF en IFI devrait procurer un gain de revenu disponible de l’ordre de 2.270 euros par an en moyenne et la mise en place du PFU un gain de l’ordre de 920 euros en moyenne. A contrario, la bascule cotisation / CSG devrait réduire leur revenu disponible de 1.270 euros et la fiscalité indirecte de 230 euros.»

Relancer la compétitivité avant de soutenir les classes populaires

«Il faut faire un effort et des mesures en faveur des plus démunis vont arriver», pourraient rétorquer les membres du gouvernement et les députés LREM. On assainit les finances et on relance la compétitivité du pays avant de soutenir les classes pauvres, en quelque sorte. Un plan en deux parties.

À travers les différentes valorisations des aides sociales, dont l’AAH et la prime d’activité, couplées à la suppression prochaine de la taxe d’habitation pour 80% des Français, le pouvoir d’achat devrait prochainement repartir à la hausse et assurer une meilleure redistribution entre tous les Français. C’est en tout cas le projet d’Emmanuel Macron et du Premier ministre, Édouard Philippe.

Seulement, cela, les économistes de l’OFCE l’ont aussi intégré dans leur étude et ont analysé les impacts a posteriori sur le niveau de vie, ceux observables en fin d’année 2018. Alors? Bien qu’ils constatent effectivement une amélioration non négligeable pour les premiers 75% des ménages –dont une hausse de 1,1% pour les 10% les plus pauvres et entre 0,4 et 0,9% pour tous les autres, ce sont encore les très riches qui tirent profits de la politique gouvernementale. Le gain serait même plus important, avec une hausse de 1,9%!

La conclusion est sans appel: «En faisant de la baisse de la fiscalité sur le capital une priorité du budget pour 2018, le gouvernement a fait le choix de privilégier à court terme les ménages les plus aisés. Si certaines mesures visent à soutenir le pouvoir d’achat des ménages modestes et des classes moyennes, leur montée en charge tardive devrait conduire à un accroissement des inégalités de niveau de vie en moyenne sur 2018».

Au total, les seuls 5% des ménages les plus aisés devraient capter, sur toute l’année 2018, «42% des gains à attendre de la mise en place des mesures». Autrement dit, 95% des ménages devraient bénéficier de seulement 58% des mesures économiques, sociales et fiscales voulues par Emmanuel Macron.

Retrouver la confiance des plus démunis

Le président est face à un lourd problème. Les mouvements sociaux continuent, la colère gronde et ses principales actions pour stopper cette hémorragie ne sont qu’homéopathiques. Ce n’est pas en faisant le premier JT de France dans une village de Normandie, jeudi 13 avril, en affrontant Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, le dimanche 15 avril sur BFM TV, ou en divisant par deux le prix du permis de chasse qu’il réussira à retrouver le cœur des classes populaires, ni qu’il arrivera à retrouver la confiance des plus démunis.

Les faits sont là: les principales politiques économiques et fiscales de La République en marche l’ont été en faveur des plus riches. Si Macron veut inverser la courbe des sondages, il va peut-être devoir s’y prendre différemment…

Pierre Rondeau Professeur d'économie à la Sports Management School

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