Société / Monde

41% des Américains ne connaissent pas Auschwitz

Temps de lecture : 3 min

Une grande partie des Américains méconnaît l'histoire de la Shoah: cela est moins une question de générations que d'éducation.

Une pile d'ossements et de crânes humains dans le camp de concentration nazi de Majdanek, près de Lublin, en Pologne, après sa libération en 1944 par les troupes russes / AFP
Une pile d'ossements et de crânes humains dans le camp de concentration nazi de Majdanek, près de Lublin, en Pologne, après sa libération en 1944 par les troupes russes / AFP

Il y eut plus de 40.000 camps et ghettos pendant la Shoah. Aujourd'hui, 45% des Américains sont incapables d'en nommer un seul. Auschwitz a disparu des mémoires, et avec lui les six millions de juifs victimes du génocide nazi.

41% des Américains sont incapables d'identifier Auschwitz

Un sondage publié jeudi 12 avril par le Schoen Consulting, commissionné par la Jewish Claims Conference (JCC), révèle l'ampleur de cette amnésie collective des États-Unis à l'égard de l'un des événements les plus marquants de l'époque contemporaine.

Menée auprès de 1.350 personnes majeures, l'étude révèle entre autres que 11% des Américains pensent n'avoir jamais entendu parler de la Shoah, le taux atteignant 22% chez les millennials (soit une population envisagée ici comme les 18-34 ans et qui représente 31% des sondés). 41% des millennials estiment que moins de deux millions de juifs ont été exterminés durant l'Holocauste.

Seulement 37% des personnes interrogées reconnaissaient la Pologne comme pays où s'est déroulée la Shoah (contre 84% identifiant l'Allemagne), sans parler des pays baltes, à peine mentionnés (6% pour la Lettonie, et 5% pour la Lituanie et l'Estonie). Pourtant, près de 3,5 millions de juifs furent tués en Pologne, et 90% de la population juive des pays baltes a été décimée, rappelle le rapport.

«Alors que nous nous éloignons des événements, désormais vieux de plus de soixante-dix ans, cela devient moins central parmi les sujets à propos desquels les gens discutent ou pensent ou débattent ou apprennent des choses. Si nous attendons une autre génération avant de commencer à essayer de prendre des mesures pour remédier à cela, je pense que nous allons vraiment être en mauvaise posture», déclarait Matthew Bronfman, l'un des membres du bureau de la JCC.

Pour autant, il y a un consensus sur la nécessité d'enseigner la Shoah dans les écoles (93%), et 80% des sondés considèrent que cet enseignement est important pour que cela ne puisse plus arriver.

«Le problème n'est pas que les gens nient l'Holocauste; le problème est simplement qu'il disparaît de la mémoire, explique Greg Schneider, le vice-président de la JCC. Les gens peuvent ne pas connaître les détails eux-mêmes, mais ils pensent toujours que c'est important. C'est très encourageant.»

Conserver la mémoire du génocide

Le nombre de survivants de la Shoah rétrécit d'année en année, estimé aujourd'hui à 400.000 à travers le monde. Les témoignages de ces derniers sont un héritage précieux, qui demeure au centre d'une vaste campagne d'archivage menée aussi bien par des musées que des associations ou des particuliers.

Kristine Donly, la directrice de l'administration des programmes du musée du mémorial de l'Holocauste des États-Unis à Washington, où sont recueillis à la sortie les commentaires des visiteurs, racontait qu'il n'est «pas d'expérience éducative qui ait autant d'impact que celle vécue en entendant directement les survivants».

Le New York Times rappelle qu'au Musée de l'Holocauste et centre d'éducation de l'Illinois, des visiteurs peuvent parler avec les hologrammes de survivants, un dispositif que le Musée de l'héritage juif de New York a également mis en place.

Autre forme de témoignage testamentaire, le musicien Francesco Lotoro avait passé trente ans de sa vie à rassembler des musiques et chansons composées par des prisonniers de camps nazis, qui devraient être joués lors du concert anniversaire de la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël, en mai.

Si ces chiffres témoignent bien d'un gouffre historique dans la mémoire collective américaine, ils sont pourtant à relativiser au regard de la temporalité. Ce n'est certes pas l'éloignement dans le temps de la Shoah qui la rend moins présente à l'esprit des gens: en 1985 déjà, une étude du Roper Center montrait que 32% des Américains ne savaient pas ce qu'était la Shoah. En 1992, 38% étaient incapables d'identifier comme tels les camps d'Auschwitz, Dachau et Treblinka. Les chiffres présentent la même constance à travers les années concernant les estimations du nombre de juifs exterminés –voire «s'améliorent» un peu.

Alors que le rapport de Schoen Consulting insiste sur la différence entre la population adulte totale des Américains et les millennials, il n'est pourtant pas question de mettre en cause une nouvelle génération (en l'occurrence, la «Y»), qui aurait rompu le fil de l'histoire préservé jusqu'à maintenant. La question de l'éducation demeure centrale ici, de même que celle de la transmission de l'histoire; mais en aucun cas celle d'une décadence.

Slate.fr

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