Société

Suivez ces conseils avant de parler en public ou de passer un oral

Temps de lecture : 6 min

Oubliées la voix stridente, le souffle court et les mains moites.

L'angoisse. | Daniel Sandvik via Unsplash CC License by
L'angoisse. | Daniel Sandvik via Unsplash CC License by

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Comment gérer son stress pour parler en public ou pendant un examen?»

La réponse de Barbara Oakley, créatrice et formatrice du cours en ligne Learning How to Learn:

Avant, j’étais incapable de parler en public et maintenant, j’anime des conférences devant des millions de personnes dans le monde entier.

J’ai découvert que le meilleur moyen de lutter contre ma phobie consiste à prêter attention à ma façon de respirer. Je me suis rendu compte que je respirais en surface, depuis le haut de ma poitrine. Or, cela ne permet pas de faire circuler suffisamment d’air pour oxygéner le corps correctement. C’est pour cette raison que mon corps s’emplissait d’un sentiment de panique, qui avait bien plus à voir avec l’absence d’oxygène qu’avec (comme je le pensais) la peur de parler devant des gens. Sur les dessins ci-dessous, j’ai essayé de représenter la respiration superficielle (gauche) ainsi que la respiration profonde (droite).

La technique de la respiration profonde est assez simple: elle consiste à gonfler le ventre plutôt que la cage thoracique. Ça a l’air un peu forcé, mais ça marche! Environ quatre-vingt-dix secondes avant de prendre la parole, quand le stress est à son comble, commencez à respirer consciemment en profondeur, en gonflant votre poitrine comme un tonneau. Cela vous évitera d’avoir la voix stridente et essoufflée qui est souvent associée à la peur de parler en public… ou à la peur des exams. Essayez d’effectuer quelques séances d’entraînement à la respiration ventrale avant votre événement ou test «dans la vraie vie».

Pensez aux besoins de l'auditoire, pas à votre personne

Si vous voulez en savoir plus sur la panique spécifique liée aux examens, voici quelques bons conseils supplémentaires issus de notre Mooc (formation en ligne ouverte à tous) Learning How to Learn (Apprendre à apprendre).

Les conseils que je propose ci-dessous sont plus directement liés à la prise de parole en public.

Une chose importante à prendre en compte, c'est le contexte. Imaginez que vous êtes devant un vivarium où se trouve un serpent à sonnette. Pas de souci, n’est-ce pas? Et maintenant, enlevez la vitre… Au secours! Tout est une question de contexte.

Il faut que vous vous appropriiez le contexte dans lequel vous abordez votre public. D’abord, dites-vous qu’il y a une grande vitre entre eux et vous. Bon, puisqu’ils sont dans un monde différent, pas de problème, vous pouvez être vous-même. Ensuite, n’oubliez pas que ce n’est pas VOUS qui les intéressez: vous êtes seulement là pour leur faire passer un message utile et informatif. Pensez à leurs besoins, pas à votre personne. D’ailleurs, pendant que vous transmettez des informations, vous pouvez tout à fait vous prendre pour quelqu’un d’autre. Tant qu’à faire, optez pour une personne que vous aimez et admirez. En ce qui me concerne, avant de monter sur scène, je me répète que je suis Joan Rivers.

Joan Rivers, au top. | Andrew H. Walker / Getty Images North America / AFP

Le fait que je fasse un cours très sérieux et scientifique n’a pas tellement d’importance: Joan est mon modèle. Elle adorait parler en public. Je peux bien faire comme si c’était aussi mon cas, au moins pendant une heure ou deux, jusqu’à la fin de mon discours.

Pensées positives, verre d'eau et bons visuels

Quand je parle, il m’arrive de ressentir du stress et de me dire «Je suis trop stressée! Qu’est-ce qui se passerait si je disais n’importe quoi?». Dans ces cas-là, je laisse la pensée passer et je continue. C’est tout à fait normal que ces pensées surviennent. Mais j’ai découvert que même quand je ressens beaucoup de stress à l’intérieur, ça ne se voit pas à l’extérieur, du moment que je contrôle bien ma respiration.

Pour les présentations importantes que j’ai faites, comme ma conférence TED, ou la présentation que j’ai animée à l’auditorium Sackler de la National Academy of Sciences, j’ai dû m’entraîner environ soixante-dix heures à chaque fois. La conférence TED de Nancy Duarte a été un bon guide pour me préparer pour ces événements importants. Même si j’étais terrifiée, j’avais animé tellement de conférences que ma bouche savait quoi faire lorsque mon esprit se perdait, ce qui s’est produit plus d’une fois. J’avais donc l’air sereine alors que j’étais loin de l’être!

Néanmoins, ces deux gros exercices m’ont beaucoup aidée. Ils m’ont donné une base solide qui m’a permis de me rendre compte du fait que je pouvais prendre la parole devant un public, même avec beaucoup de pression, sans être médusée. Plus je parle, plus c’est facile. Un conseil: si malgré vos efforts, vous êtes encore très stressé à la moitié de votre discours, faites une pause pour boire un peu d’eau. Utilisez les quelques secondes pendant lesquelles vous allez chercher le verre d’eau pour remettre votre respiration d’aplomb.

En parlant avec d’autres orateurs dans les loges avant nos prises de parole, je me suis rendu compte que même les orateurs les plus expérimentés passent leurs diapositives en revue avant de parler, même s’ils ont prononcé leur discours des dizaines voire des centaines de fois. Si leur dernière présentation remonte à quelques jours seulement, deux petites minutes suffisent. Mais s’ils n’ont pas fait cette allocution depuis des mois, ils doivent la revoir en entier la veille pour remettre leurs neurones en place et être d’attaque. Je vous conseille de faire cette révision la veille de la prise de parole de façon à permettre à votre cerveau de resynthétiser et de tout bien enregistrer.

Je n’insisterai jamais assez sur l’importance d’avoir de bons visuels pour attirer l’attention du public. Des images clip art ne suffisent pas: il faut vraiment avoir des visuels bien élaborés et pertinents par rapport à votre sujet. Votre public appréciera de recevoir les informations à la fois verbalement et visuellement.

Faites-vous confiance

La capacité à prendre la parole en public est sans doute l’une des plus importantes compétences fondamentales que j’ai acquises. Elle a un impact positif sur tout ce que je fais en tant que chercheuse, auteure et innovatrice. J’essaie de m’amuser avec mon public, de le traiter comme un ami et de plaisanter. Bien que cela semble étrange, il est parfois plus facile de parler à mille personnes qu’à deux. Face à mille personnes, on sait exactement ce que l’on va dire et on contrôle la situation. Face à deux, ce n’est pas tout à fait le cas.

Là, je suis devant 1.000 étudiants de la Michigan Tech (une école géniale!). Il y a deux grandes salles bondées que l’on ne voit pas sur la photo.

Je me souviens qu’il y a vingt ans, je regardais l’un de mes professeurs en me disant «Je ne pourrais jamais parler devant une classe comme ça!»… et ce n’était qu’une classe de vingt élèves! Je n’aurais jamais imaginé que je monterais sur scène en tenue traditionnelle devant 2.000 étudiants à Jakarta, que je ferais des blagues devant 500 étudiants à Taïwan ou que j’improviserais pendant quinze minutes (sans doute la partie la plus amusante et informative!) lors de mon discours en Afrique du Sud pendant que des techniciens essayeraient de projeter mon PowerPoint. D’ailleurs, en règle générale, un souci technique survient, peu importe votre niveau de préparation et le nombre de fois que vous avez passé la présentation en revue avec les techniciens. Si vous prenez les choses avec décontraction, la possibilité d’un bug devient une sorte de blague récurrente dans votre tête, et c’est plus facile de rire avec le public lorsque le grain de sable (parfois gros) enraye la machine.

Il peut m’arriver de faire trois ou quatre grosses présentations en une seule journée, parfois encore plus longues du fait qu’elles sont interprétées, comme dans cette vidéo avec traduction simultanée en espagnol d’un discours que j’ai récemment prononcé à Medellín à l’occasion du 25e anniversaire de l’excellente organisation COLFUTURO, qui envoie des Colombiens dans d’excellentes universités du monde entier. Évidemment, après une longue journée de présentations, je suis très fatiguée. Mais un enseignant de primaire a des journées bien plus éprouvantes que moi.

Faites-moi confiance et faites-vous confiance. Avec un peu de patience et d’entraînement, vous ne serez pas seulement un bon orateur mais un excellent, si c’est ce que vous souhaitez bien sûr.

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