Sciences

Si l'intelligence artificielle venait à fonctionner comme un humain, elle pourrait être dépressive

Temps de lecture : 2 min

La dépression est liée à l'incapacité du cerveau à s'adapter au changement. Les machines pourraient mettre en œuvre une fonction similaire.

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Ke Jie en train d'être battu au jeu de go par AlphaGo, lors d'une compétition à Wuzhen, en Chine, le 27 mai 2017. | Str / AFP

L'intelligence artificielle ne cesse de battre des records et d'élargir ses champs d'applications ces dernières années. En mars 2016, le programme AlphaGo battait le célèbre joueur de go Lee Sedol, marquant dans l'histoire de l'intelligence artificielle un précédent, avant de s'imposer définitivement en vainquant le meilleur joueur mondial Ke Jie le 27 mai 2017. En décembre, une nouvelle version, AlphaZero, apparaissait sur la plateforme arXiv, dévoilant un programme général capable d'atteindre en seulement 24h de jeu un niveau supérieur à celui des meilleurs joueurs –humains– non seulement de go, mais aussi d'échecs et de shōgi.

Un système de neurones artificiels développé sur le modèle humain

L'intelligence artificielle développée pour AlphaGo repose sur un type d'architecture informatique qui combine à une procédure d'arbre de recherche un réseau de neurones à convolution qui le guide. Ce réseau de neurones artificiels s'inspire de celui présent dans le cerveau humain pour permettre l'apprentissage du programme.

Aussi sophistiqués que soient les systèmes développés jusqu'à présent, la conscience leur fait défaut, et leur capacité d'adaptation à des situations inconnues pèche encore.

C'est partant de ce constat que le neuroscientifique Zachary Mainen s'est mis à interroger le devenir de machines qui seraient susceptibles de penser comme des humains: comme des humains, seraient-elles susceptibles d'avoir des problèmes de santé mentale? Un ordinateur pourrait-il devenir dépressif?

Lors d'une présentation donnée au symposium sur les calculs canoniques dans les cerveaux et les machines de New York, Mainen, spécialisé sur les mécanismes de prises de décisions du cerveau et les questions d'adaptation des comportements des organismes, expliquait que la sérotonine est un neuromodulateur jouant un grand rôle dans la capacité du cerveau à s'adapter à des situations inconnues. Elle est aussi impliquée dans les troubles neurodéveloppementaux, ou désordres psychiatriques.

Le remède dans le mal

«Les gens pensent que la sérotonine est liée au bonheur, mais les neurones sérotoninergiques envoient un message qui n'est ni bon ni mauvais, mais plutôt une sorte de “oups” ou de surprise qui signifie: “mes vieilles attentes ne sont plus justes aujourd'hui”», expliquait-il au magazine Science dans une récente interview citée par Motherboard.

À cet égard, la dépression est liée à l'incapacité du cerveau à s'adapter au changement. Mais inversement, c'est ce mécanisme qui permet l'adaptation neuronale à de nouvelles situations.

«Si la sérotonine aide les systèmes intelligents à résoudre un problème plus général, alors les machines pourraient mettre en œuvre une fonction similaire, et si la sérotonine peut mal tourner chez les humains, l'équivalent dans une machine pourrait également mal tourner», explique Mainen.

Autrement dit, ce type d'évolution que seront sans doute amenés à connaître les systèmes d'intelligence artificielle s'apparente au remède dans le mal: cela même qui pourrait constituer des «intelligences artificielles fortes», capables d'adapter leur comportement à diverses situations et de développer une certaine forme de conscience, est aussi ce qui pourrait empêcher cette autonomisation de la machine à laquelle aspirent certains développeurs.

Slate.fr

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