Massachusetts: une victoire à tempérer

Les républicains devraient contenir leur joie après leur victoire dans le fief démocrate du Massachusetts.

Les républicains de tout le pays, et pas seulement dans le Massachusetts, portent en ce moment un toast à la victoire de Scott Brown face à Martha Coakley, et à juste titre. Le «siège du peuple» comme Brown l'a décrit, était entre les mains des démocrates depuis que JFK a battu Henry Cabot Lodge Jr. en 1952. Il y a un mois de cela, rares sont ceux qui auraient parié sur une victoire de Brown, et dimanche 17 janvier, le site de paris FiveThirtyEight.com qualifiait encore l'élection d'indécise. Et pourtant, à l'arrivée, sa marge de victoire est à la fois confortable et prévisible.

Mais il est important de ne pas tirer trop de conclusions des résultats de la nuit dernière. Les personnalités et les particularités des candidats sont évidemment centrales à toute élection. Mais même si Brown a la chance de posséder un talent politique peu commun et eu un adversaire particulièrement incompétent, sa victoire ne devrait pas provoquer des vagues de surexcitation dans le camp républicain.

Attardons nous un peu sur les spécificités de l'élection du Massachusetts. Avant toute chose, Martha Coakley était une candidate désastreuse. Ses gaffes ont été largement reprises. Mais juste pour le plaisir, récapitulons: elle a oublié de faire campagne, manqué de respect à Fenway Park et à Curt Schilling, affirmé qu'il n'y avait pas de terroristes en Afghanistan, assisté à une collecte de fonds avec des lobbyistes (avec en bonus une vidéo d'un assistant violentant un journaliste). Il se peut très bien que Coakley ait perdu l'élection plus que Brown ne l'ait gagné.

Brown, de son côté, était le bon candidat au bon moment. Il a assez de charisme pour réussir à s'opposer aux lois du congrès sur le système de santé, bien qu'il ait voté pour la réforme du système de santé du Massachusetts en 2006, et pour séduire aussi bien les républicains traditionnels que ceux qui ont pris part au mouvement des «Tea Party» (qui ont failli porter Doug Hoffman au congrès l'année dernière). Il a travaillé dur, organisant 66 meetings de campagne et utilisant Internet dans une campagne futée sur les réseaux sociaux; sa campagne de dons privés de 24 heures ultra-efficace lui a rapporté 1,3 million de dollars. Il avait également l'avantage de se présenter à une élection spéciale [suite à la mort de Ted Kennedy], ce qui lui a donné une médiatisation nationale à un moment où les Américains sont de plus en plus réticents à la réforme du système de santé et aux dépenses publiques.

Difficile de prédire si les républicains vont être capables de répéter le succès de Brown à l'échelle nationale. En 1994, quand les républicains ont pris le contrôle du sénat et de la chambre des représentants lors des premières élections depuis l'arrivée de Bill Clinton au pouvoir, ils étaient emmenés par Newt Gingrich et le «Contract With America». Aujourd'hui, au lieu d'offrir au public des contrats, les républicains obligent leurs propres candidats à prouver qu'ils sont «purs».

Le président du comité national républicain (RNC) est plus connu pour ses gaffes et les cachets qu'il touche pour ses interventions qu'autre chose et a déclaré que le parti n'allait pas reprendre la chambre des représentants en 2010 (Qui peut lui en vouloir quand un nouveau sondage montre que 25% du public a une opinion positive des républicains?) Le candidat le plus visible, bien que cela ne soit pas le plus probable, pour les primaires républicaines est Sarah Palin, qui a quitté son poste de gouverneur de l'Alaska pour écrire un livre, prendre un poste chez Fox News et faire la Une du magazine InTouch. Le meilleur espoir du parti pour le futur, le gouverneur de la Louisiane, a été comparé à Kenneth de 30 Rock pour sa réaction désastreuse au discours devant le congrès d'Obama en février dernier, et n'a pas donné signe de vie depuis.

Le plus révélateur, et peut être aussi le plus troublant, est la liste des républicains les plus influents récemment publiée par le Telegraph de Londres: Dick Cheney, qui ne se représentera sans doute plus jamais, est premier, suivi par Rush Limbaugh, Matt Drudge, Palin, Robert Gates (ouf, une bouffée d'air frais) et Glenn Beck.

Comprenez-moi bien: la victoire de Brown est importante, et encourageante pour les républicains. Elle remontera le moral du parti, qui en a bien besoin, avant la campagne de l'automne, et il sera amusant de voir le chef de la majorité au sénat Harry Reid essayer de faire avancer les choses avec une majorité qui va et vient depuis un an. Alors que les républicains fassent couler la bière à flot. Mais qu'ils ne fassent pas la fête comme si nous étions en 1994.

Rachael Larimore

Traduit par Grégoire Fleurot

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Image de Une: Des sympathisants de Brown après l'annonce de sa victoire dans le Massachusetts, REUTERS/Adam Hunger

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L'AUTEUR
Rachael Larimore est première secrétaire de rédaction et chef d'édition adjointe pour Slate.com. Ses articles
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Publié le 21/01/2010
Mis à jour le 22/01/2010 à 10h00
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