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Pour les pom-pom girls, le harcèlement sexuel fait partie du job

Temps de lecture : 3 min

Payées pour plaire aux fans, elles doivent garder le sourire face aux agressions. 

Des pom-pom girls des Cowboys de Dallas lors d'une mi-temps contre les Lions de Détroit, le 4 janvier 2015 à Arlington, Texas | Tom Pennington / Getty Image North America / AFP
Des pom-pom girls des Cowboys de Dallas lors d'une mi-temps contre les Lions de Détroit, le 4 janvier 2015 à Arlington, Texas | Tom Pennington / Getty Image North America / AFP

Elle se souvient d'un match à domicile qui opposait aux Cowboys de Dallas les Eagles de Philadelphie. Avec les autres, elle s'agitait en souriant, jusqu'à passer devant un groupe de fans des Eagles. L'un d'entre eux a attiré son attention. Elle se souvient qu'il l'a regardée, avant de lâcher:

«J'espère que tu te feras violer!»

Pom-pom girl professionnelle et restée anonyme à cause de son contrat, elle commente simplement:

«C'est le genre de choses que l'on nous crie. Même venant de nos fans, une fois qu'ils sont saouls, ils crient des choses, et vous vous dites: “Vraiment?” Cela fait partie du travail. Ça vient avec. Vous êtes censée l'accepter.»

«Ça fait partie du job»

Les pom-pom girls professionnelles sont souvent des danseuses issues de formations dans les milieux de la danse classique ou contemporaine, du jazz, du hip-hop ou des claquettes. En entrant dans le milieu du sport collectif et de son cérémonial, elles apprennent bien vite que leur travail ne se limite pas à des performances athlétiques:

«Elles sont également tenues d'effectuer ce qui devient souvent le côté infect du travail: interagir avec des fans lors de jeux et d'autres événements promotionnels, où les attouchements et le harcèlement sexuel sont fréquents», raconte le New York Times, qui a interrogé des douzaines d'anciennes et actuelles pom-pom girls, travaillant principalement avec la NFL, la NBA ou la LNH.

Les responsables des équipes sont au courant de la situation, mais font peu pour l'améliorer: aux pom-pom girls de s'entraider et de trouver des stratégies pour contourner au mieux les violences sexuelles des supporters, qui saisissent pour prétexte un contexte entre bières, soutien-gorges push-up et jupes à franges. Généralement, elles essayent de se déplacer en petits groupes, afin d'être plus en sécurité.

«Vous devez courir autour des hayons, entrer dans les tentes, vous mêler aux fans et secouer les pompons. Et vous avez parfois les vieillards dégoûtants qui ont bu et qui diront quelque chose d'inapproprié. C'est courant, et l'industrie le sait», explique Labriah Lee Holt, une ancienne pom-pom girl des Titans du Tennessee.

Rester courtoise face aux agresseurs

De leur côté, les clubs leur demandent de ne jamais contrarier les fans, et de répondre avec courtoisie plutôt qu'indignation:

«On nous a enseigné comment gérer quelqu'un qui deviendrait tactile. On nous disait quoi répondre, comme: “Ce n'est pas très gentil”. Il fallait être gentille, pas vulgaire. Dire: “Puis-je vous demander de vous écarter?”, utiliser le langage corporel pour aider à régler la situation. Ne jamais être méchante. Jamais. Toujours courtoise. Parce que si ce n'est pas pour les fans, nous ne serions pas ici», se rappelle la pom-pom girls des Cowboys de Dallas, avant d'ajouter:

«Maintenant, je me dis “non, nous ne devrions pas être entraînées à savoir comment gérer cette situation”. Nous devrions être entraînées à lever la main et dire: “Sécurité, éloignez cet homme de moi!”»

Succèdent les récits de soirées alcoolisées et d'attouchements de rigueur pour garder son emploi.

Légalement, les équipes sportives ont l'obligation de protéger les pom-pom girls de contacts non consentis avec les fans. Dans certains cas, on leur demande pourtant de signer des clauses de confidentialité, qui entravent la dénonciation d'agressions subies. Ces dernières font, de fait, rarement l'objet de plaintes, aussi par peur de représailles venant du club.

En 2014, un manuel des Bengals de Cincinnati à destination des cheerleaders avait fait l'objet de poursuites judiciaires. On pouvait y lire: «L'insubordination, même au plus faible degré, N'EST ABSOLUMENT PAS TOLÉRÉE!!! Vous serez mis sur la touche ou congédié!!!»

Il n'est pas rare qu'on leur demande de se rendre dans des hôpitaux, des fêtes de bureau, d'anniversaire ou des Bar Mitzvah pour faire la promotion de leur équipe.

«C'est littéralement comme si on vous appelait pour être escort», déclare une pom-pom girl qui a déjà été payée 100$ pour participer à un événement promotionnel que l'équipe facturait 1.200$ par fille.

Coincées par les obligations du métier et la nécessité d'en avoir un, la seule possibilité de réaction qu'elles ont reste souvent de tourner les talons. Mais avec le sourire, et en remerciant.

Slate.fr

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