Politique

«Le président de la République ne doit pas devenir un enjeu entre croyants»

Temps de lecture : 2 min

Soirée inédite dans l'histoire de la République: Emmanuel Macron s'est exprimé lundi soir au Collège des Bernardins, à l'invitation de la Conférence des évêques de France. Réaction.

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Emmanuel Macron au collège des Bernardins, à Paris, le 9 avril 2018 | Ludovic Marin / Pool / AFP

Emmanuel Macron est président de la République et en même temps, c’est un intellectuel, un penseur. Mais à l’Élysée, sa parole et ses actions ne peuvent être guidées que par la fonction présidentielle qui oblige. La laïcité n’est pas le dialogue interreligieux ou l’œcuménisme. C’en est la condition. La loi de 1905 n’est pas le Concordat.

Le président n’a pas à dire publiquement ce qu’il pense, ou attend, de telle ou telle religion, car fatalement, chacune est différente et il se mettrait comme président, et nous citoyens qu’il incarne, alors non au-dessus ou dans l’ailleurs des religions, mais au milieu.

Je ne me prononce pas sur le fond de l'intervention qui est de qualité, mais sur sa légitimité même.

Ce qui m’inquiète aujourd’hui, c’est que, pour des raisons diverses, de plus en plus de chrétiens se ressentent en France comme une sorte de grande minorité religieuse, tournant le dos à sa tradition universaliste qui prévalait philosophiquement depuis la période médiévale, et politiquement depuis Vatican II.

«Ce sont les relations entre Français, croyants ou non croyants, qui se sont dégradées»

Le président de la République ne doit pas devenir un enjeu entre croyants qui se vivraient comme minorités religieuses. En République française, il n’y a pas de minorités religieuses, mais des personnes de d’origines et croyances diverses reliées («religare») par la citoyenneté.

Le président doit rassurer les religions sur le fait que l’État, la République garantira à toutes et à chacune des religions un traitement égal permettant à quiconque de vivre sa foi, dans le respect de son fort intérieur –croyants, agnostiques ou athées.

«Les relations entre l’État et les religions se sont dégradées», dit le président. Non, ce sont les relations entre Français, croyants ou non croyants, qui se sont dégradées. Ce serait une illusion pour garantir les bonnes relations entre religions de faire de la laïcité la responsable. Ce serait esquiver le travail d’introspection que chacun doit faire.

C’est la société et sa forme républicaine qui est en crise, car la France, dans son imaginaire, pour faire vivre son modèle, a besoin d’une vision d’avenir commun et d’un espace de déploiement en Europe, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

S’attaquer aux causes de notre malheur plutôt que de sous traiter dans un partenariat avec les religions la question de notre dépassement commun terrestre, tel est le travail du président de la République et de l’État.

Stéphane Rozes

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