Société

«J'ai appris la disparition de mon premier amour»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Laura, une femme qui vient d'apprendre la mort du premier homme qu'elle a aimé, et que cette nouvelle pousse à poser un nouveau regard sur sa vie amoureuse.

Thandie Newton dans Shandurai de Bernardo Bertolucci (1998). | Capture d'écran YouTube
Thandie Newton dans Shandurai de Bernardo Bertolucci (1998). | Capture d'écran YouTube

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast».

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Chère Lucile,

Je vous envoie comme une bouteille à la mer car il y a un mois, j'ai appris la disparition de mon premier amour. Une mort violente, comme on dit.

Nous n'avions plus de contact depuis plusieurs années, et son décès m'a ramenée au début de notre rencontre il y a dix ans. Il était plus âgé que moi et notre histoire n'a été que la somme de plein de désillusions et de tristesse, même si c'est le premier et le plus important des amours de ma vie. Quand on est jeune, on donne vraiment tout, en tous cas je nous voyais vivre ensemble, faisant fi de ses problèmes personnels et de son alcoolisme. Il écrivait des chansons et j'étais persuadée que je le sauverais forcément. Il y eut pas mal de taxis pour aller le récupérer, régler des additions quand il était trop mal. Au matin: le bruit des glaçons et la tristesse, la gêne de se/le/nous voir comme ça; moi, pas aimée même si je pouvais fondre sous sa main; et lui, toujours si seul.

Ses obsèques m'ont permis de lui dire au revoir, finalement. Lui qui était tout pour moi à une période, et pour qui je n'étais pas grand-chose...

Je sais que je ne pourrai jamais plus aimer comme ça. Dans mon couple actuellement, j'ai tué l’amour. Le quotidien et le basique banal ronronnent chaque jour les mêmes heures enfilées. Plus rien ne me porte. Ces souvenirs-là m'obsèdent.

Est-ce un signe qu'il faut changer des choses dans ma vie? Je ne pense pas en être capable. J'ai conscience que les histoires bancales mais fortes ne mènent finalement qu'à des grandes déceptions, au mépris de soi parfois. Le statut quo peut être calme, silencieux, chiant mais moins dur à vivre. Je me sens vidée d'émotions et comme déjà asséchée.

Laura

Chère Laura,

Tout d’abord, toutes mes condoléances. On voudrait voir celles ou ceux qui ont été nos premiers amours immuables, comme figés dans le temps. Personne ne veut voir ses souvenirs de passion dévorante avoir du mal à retrouver un travail, marié, des tonnes d’enfants, une vie plate ou sans saveur, ou au contraire une vie excitante, plus pleine, une vie dont on ne fait pas partie. Une disparition, c’est toujours le moment de se demander ce qu’il reste aux vivants, ce qu’on pourrait faire pour justifier notre présence quand d’autres ne sont plus là. Et c’est un sentiment bien normal du chemin du deuil que de ne se sentir pas légitime à vivre pour les autres, découragé par la vacuité de sa vie. La vérité, c’est qu’il ne s’agit que d’une illusion. Vous décidez de tourner la souffrance sur vous, à vous. Vous la reportez vers quelque chose de tangible là où il n’y a que de l’absurdité et du hasard. Il n’y a rien à comprendre.

Parfois, ce genre d’électrochoc est nécessaire. Lorsqu'on se trouve engoncé dans le quotidien, ce rappel de la valeur de l’existence peut permettre de voir avec un œil nouveau son présent et son avenir. Comme vous semblez le faire, Laura. Mais vous ne pouvez pas continuer à chasser les fantômes. Aucun amour n’aura plus jamais ce goût-là, celui du premier. Je vous le souhaite et vous l’assure, il en existe d’autres, des amours aussi fortes mais bien différentes parce qu’elles sont portées par les bagages de l’existence que l’on n’acquiert que par le temps. Ces années, cette expérience sont une richesse. Le premier amour n’est par définition que le premier. Il ouvre la marche et les horizons. Il est porteur de promesses, à la fois léger et alourdi par un excessif sentiment d’éternité.

Vous avez mal, Laura. Mal de son absence, mal de la perte de cet amour qui a perdu un témoin sur deux, mal de vos rêves d’adolescence déçus. Mais ça passera. Vous devez réaliser que vous avez mal, donc que vous êtes vivante. Que cette souffrance que vous ressentez, c’est comme un dernier cadeau qu’il vous faut. À un moment, il faudra pleurer, il faudra crier. Il faudra être en colère et voir vraiment cet amour éteint comme déséquilibré.

Les histoires fortes ne sont pas toujours déséquilibrées. Et le printemps viendra. Le printemps revient toujours. Votre bouteille à la mer a été retrouvée et lue. Vous n’êtes pas seule. Et vous avez aimé, alors vous savez aimer. Rien ne vous empêche d’aimer à nouveau. Cette épreuve est une chance d’en sortir plus forte.

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