Égalités

Les banques d'images montrent comment #MeToo a changé nos représentations

Temps de lecture : 2 min

La lutte contre les discriminations passe aussi bien par les discours que par les images.

Une manifestante lors d'une marche pour l'égalité des genres et contre la violence faite aux femmes, organisée lors de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2017, à Pristina, Kosovo / Armend Nimani / AFP
Une manifestante lors d'une marche pour l'égalité des genres et contre la violence faite aux femmes, organisée lors de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2017, à Pristina, Kosovo / Armend Nimani / AFP

La visibilité est l'une des pierres angulaires des luttes contre les discriminations. Pour les personnes discriminées, acquérir une existence publique –et donc politique– dans la société passe aussi et avant tout par des questions de représentation.

Au cœur du mouvement #MeToo, il y a eu cette volonté, dont l'expression est maintenant consacrée par l'usage, de «libérer la parole». «Libérer la parole», c'était aussi montrer que les agressions sexuelles, le harcèlement, le sexisme, touchent toutes les femmes: montrer leur ampleur, ce que représentent ces diverses formes de violence, pour enfin changer les représentations qui mènent à ces violence et les alimentent.

La révolution des images

Ces représentations, la publicitésexiste à l'envi– l'aura suffisamment montré, passent aussi par les images. Il y en a de symboliques, comme celle des femmes en noir aux Golden Globes, et puis il y a toutes celles créées, vues et recherchées chaque jour sur internet, banales, anecdotiques, qui composent la toile de fond de notre quotidien et, partant, de notre culture visuelle collective.

Les actrices vêtues de noir aux Golden Globes, le 7 janvier 2018 à Beverly Hills | Frazer Harrison / Valerie Macon / Frederick M. Brown / AFP / Getty Images North America

Dans un article publié par Quartz, Dawn Airey, la directrice générale de l'agence de photographie et banque d'images Getty Images, soutient que les seules données recueillies à partir de la fonction «recherche» du site témoignent déjà de la façon dont «#MeToo a changé le monde».

Avec près d'un milliard de recherches effectuées chaque année pour 250 millions de visuels disponibles sur la plateforme, laquelle reçoit chaque jour 50.000 images de plus de 200.000 photographes contributeurs, amateurs ou professionnels, Getty Images peut offrir un panorama des représentation des femmes, et surtout de leur évolution.

«La bonne nouvelle est que des images de femmes plus dynamiques et inclusives sont demandées depuis des années maintenant. Il y a cinq ans, nous avions prédit la tendance visuelle de la campagne Female Rising le soulèvement des femmes»] dans notre rapport de prévisions annuel, mettant en lumière le besoin d'images précurseures de femmes et de filles défiant les stéréotypes. Depuis lors, nous avons vu cela se concrétiser de manière exponentielle», raconte Airey.

Les chiffres qu'elle avance sont éloquents: en 2016, les recherches de termes tels que «femmes dans les STEM» ou «femmes dans la technologie» ont augmenté respectivement de 526% et 111%, et «émancipation des femmes» [«female empowerment»] de 722%.

Les qualificatifs associés aux femmes ont eux aussi changé, et semblent redéfinir les traits de caractère traditionnellement prêtés à leur genre: «femme courageuse» (+90%), «femme grunge» (+105%), «vrai corps» (+147%) ou «authenticité» (+104%) ont bondi dans les statistiques.

Changer l'image des hommes

Consciente d'une responsabilité des industries du divertissement, du marketing et de la publicité dans la diffusion des images, Airey se préoccupe aussi des images véhiculées sur les hommes:

«Si nous voulons discuter des femmes dans les banques d'images photographiques, nous devons aussi parler des hommes. Si nous voulons voir moins de masculinité toxique dans le monde, nous devons arrêter de ressasser les histoires qui racontent des hommes étant uniquement stoïques, forts, ou conduits par des pulsions sexuelles. Contrer la limitation binaire des genres est nécessaire pour nous tous, et nous n'aurons jamais une véritable égalité à moins de défendre aussi des représentations plus complexes et multidimensionnelles des hommes.»

À côté de l'idéal de virilité hétéronormé, des recherches comme «homme méditation» (+126%), «papas gays» (+53%) ou «père célibataire» sont également en hausse depuis l'an dernier.

Les demandes de diversité (+104%), en écart avec la norme cis-hétéro ou valide, ont elles aussi explosé: +809% pour les «LGBTQ», +57% pour «transgenre», +258% pour «sensibilisation à la santé mentale» et +130% pour «handicap».

Ce tour d'horizon par mots clefs montre que le paysage visuel est bien en train de changer, petit à petit ou par grand bond –selon les cas. Quoi qu'il en soit, il n'est pas à sous-estimer: l'histoire s'écrit aussi à partir des changements qui affectent nos représentations.

Slate.fr

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