Société / Monde

Grossesse interdite pour les Sri Lankaises qui vont travailler dans le Golfe

Temps de lecture : 2 min

A Sri Lanka, des agences de recrutement obligent leurs clientes à prendre un moyen de contraception avant de partir travailler à l'étranger.

Des femmes sri lankaises manifestent, le 5 mars 2018 à Colombo. | LAKRUWAN WANNIARACHCHI / AFP
Des femmes sri lankaises manifestent, le 5 mars 2018 à Colombo. | LAKRUWAN WANNIARACHCHI / AFP

«Trois mois sans tomber enceinte»: voilà ce que garantissent aux employeurs certaines agences de recrutement sri lankaises lorsqu'elles envoient des femmes de leur pays travailler comme domestiques dans les pays du Golfe. Et pour s'assurer du respect de leur engagement, ces recruteurs n'hésitent pas à obliger leurs clientes à prendre un contraceptif, a découvert le Guardian. Le quotidien britannique révèle qu'au moins six agences agréées par le Gouvernement sri lankais demandent aux travailleuses de s'injecter du Depo-Provera, qui empêche toute grossesse durant trois mois. «Certaines femmes ne savent même pas à quoi servent ces injections», déplore Rahini Bhaskaran, coordinatrice de Migrants Networks, une organisation de défense des droits des migrants.

Selon Swairee Rupasinghe, membre de l'Organisation mondiale du travail au Sri Lanka, les agences de recrutement voient un «intérêt économique» dans cette pratique:

«Si ces femmes venaient à tomber enceintes, [les agences de recrutement] auraient à assumer leur coût de rapatriement.»

Mais pour Rahini Bhaskaran, obliger ces femmes à avoir un moyen de contraception est aussi un moyen de «couvrir les potentiels abus sexuels des agents de recrutement». «Certaines femmes pensent qu'il est nécessaire d'avoir des relations sexuelles avec les recruteurs pour pouvoir partir travailler à l'étranger», regrette l'activiste:

«Les agents amadouent ces femmes, leur promettent même parfois le mariage, puis abusent d'elles».

Et les abus ne se limitent pas aux attaques sexuelles: les agences de recrutement font payer des prix exorbitants à leurs clientes pour des formations, et les travailleuses ne sont parfois pas rémunérées une fois sur place. Sans parler des abus dont elles sont victimes de la part de leurs employeurs. Déjà en 2007, un rapport de Human Rights Watch dénonçait ces pratiques.

C'est ainsi tout un système qui profite de la vulnérabilité de femmes qui se retrouvent veuves, ou cheffes de famille, face à un époux mort ou blessé durant les années de guerre civile dont a souffert le pays. Elles sont si «désespérément à la recherche d'un emploi qu'elles se plient à toutes les injonctions de leurs recruteurs», observe Rahini Bhaskaran.

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