Égalités / Sociéte

Euh... être violée par son conjoint, c'est rien?

Temps de lecture : 4 min

Les agressions, les viols et les violences conjugales sont systématiquement minimisées. Alors on se tait, on souffre en silence, et un jour, on se fait tuer.

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«Love, love will tear us apart» | Sydney Sims via Unsplash License by

En début de semaine, le Groupe F a publié les résultats d’un appel à témoignages, #PayeTaPlainte, sur la manière dont les dépôts de plainte pour viol ou agression sont traités. La minimisation quasi systématique des faits est hallucinante.

Mais l’un des traits marquants qui en ressort, c’est que si vous venez pour une agression, des violences physiques ou un viol de la part de votre conjoint, vous êtes encore plus mal reçue. Visiblement, se faire agresser par son conjoint, c’est plus tolérable que par un inconnu.

Ce qui revient à valider l’idée d’une possession des unes par les autres. Comme si par le simple fait d’être en couple, on donnait un passe-droit à son conjoint. Parce qu’on considère qu’une femme doit quelque chose à un homme. Elle ne doit pas l’énerver, elle ne doit pas lui dire non. Elle sera toujours un peu responsable de ne pas avoir su le calmer, de ne pas lui avoir «donné» ce qu’il voulait.

Alors, rappelons-le encore: le consentement, ce n'est pas un ticket resto Sodexo valable pour plusieurs mois, et la signature d'un bail commun ne vaut pas soumission.

Un jour, il l’a suivie avec un taille-haie à la main

Cette semaine, on a également appris que Nordahl Lelandais avait fait l’objet d’une plainte de son ex-compagne. Quand elle a découvert qu’il la trompait, elle l’a quitté. Il l’a giflée puis a commencé à la harceler. Un jour, il l’a suivie avec un taille-haie à la main, ce qui n'est jamais un très bon signe de santé mentale. Un autre, il a essayé de percuter sa voiture. Une plainte avait été enregistrée pour «mise en danger de la vie d’autrui avec risque immédiat de mort».

D’après le parquet, l’affaire était en cours, elle n’était pas classée quand Nordahl Lelandais a tué Maëlys. On répète souvent que les violences conjugales concernent la société dans son ensemble. Cette affaire ressemble presque à une allégorie de cette affirmation.

Les homicides conjugaux

Jeudi soir était diffusé Homicide conjugal, la mécanique du crime, un reportage remarquable d’Envoyé Spécial sur les homicides conjugaux. En traitant le sujet comme un thème en soi, les journalistes Lorraine de Foucher et David Geoffrion sortent du cadre du fait divers. Ils relient toutes ces affaires entre elles, soulignent les points communs, le mécanisme sous-jacent, sur une chaîne de télé à une heure de grande écoute. Ils nous parlent de nous, de la société française en 2018.

J’ai rencontré Lorraine et David pendant leur reportage pour une interview. On a discuté de la difficulté à travailler sur ce sujet, avec une espèce de gêne de s’avouer à ce point touchés par chacune de ces histoires, de se sentir presque hantés. Parce que bon, ce n’est pas très «professionnel». Comme si c’était la marque d’une forme de faiblesse alors qu’il ne s’agit que d’humanité.

Mais il y a pire.

Il y a les moments de fatigue. Parfois, quand je travaille sur ces homicides, que j’en ai marre, que je lis le récit d’un meurtre qui me semble particulièrement inconcevable, mes convictions vacillent. L’aspect exceptionnel de ces affaires me frappe. Et dans exceptionnel, il y a exception. Alors je me dis que ce sont des exceptions, que ça ne représente rien de notre société. J’ai envie de revenir à l’époque où la plupart des inégalités femmes/hommes m’étaient invisibles, de me blottir dans une couverture d’inconscience qui fonctionnerait un peu comme une cape d’invisibilité mais inversée. Ce n’est pas moi qui deviendrais invisible mais les inégalités. J’ai envie de faire n’importe quoi qui ne parle pas des rapports entre les sexes et les genres.

Le gagnant de la semaine

Par exemple j'ai toujours voulu être championne du monde de quelque chose. Pourquoi pas devenir championne du monde backgammon? Ça a l'air plus sympa que championne du monde de l'autocassage de burnes ovariennes.

Dans ces moments-là, je peux même envisager de préparer une tarte aux pommes alors qu’il y a très peu de choses au monde qui m’ennuient autant que la cuisine.

En bref, je sature. Je m’auto-saoule. Je deviens comme n’importe quel gros con de Twitter, je me gratte les ovaires en soufflant des «Me font chier les meufs».

(Enfin, je n'en suis quand même pas au stade de ce monsieur, qui, sous un extrait du reportage d'Envoyé spécial sur les homicides conjugaux, a écrit ça. Lui, c'est mon gagnant de la semaine.)

(J'ai envie de dire CQFD hein.)

J'ai dû ravaler mon vomi

Si vous traversez aussi ce genre de moments, j’ai un conseil simple pour vous. Une seule recherche sur Google peut suffire à vous remotiver. C’est grâce à Hugo Lindenberg que j’ai découvert ça. Mais j’avais tellement de mal à y croire que j’ai vérifié sur mon propre ordinateur.


En tapant la requête «fille» dans Google, voilà l’image qu’on me propose:
Et pour la requête «garçon»:

J'ai dû ravaler mon vomi.
C’est insupportable.

J’imagine que Google va vite fait nous nettoyer ça. (À moins que ce ne soit une technique diabolique pour remotiver les féministes?) En tout cas, ça a une énorme qualité: nous mettre sous les yeux que la partie n’est pas gagnée et que les féministes ne sont pas des paranoïaques qui nageraient en plein délire de persécution.

Mon trophée de backgammon va attendre encore un peu.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq. Pour vous abonner c'est ici. Pour la lire en entier:

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