Égalités / Sociéte

Comment Grindr affecte la santé mentale de ses utilisateurs

Temps de lecture : 2 min

Un psychiatre, gay a exploré l’application de rencontres et a étudié ses effets sur la santé mentale des utilisateurs.

Un homme en pleine réflexion | Vince Fleming via Unsplash License by
Un homme en pleine réflexion | Vince Fleming via Unsplash License by

Grindr, Scruff, Hornet et Jack’d, ces applications de rencontre pour les hommes bisexuels, gays et transgenres réunissent plusieurs millions d’utilisateurs quotidiens à travers le monde. Comme le rappelle Jack Turbay, qui signe un long article sur Vox, ces applis permettent de trouver des partenaires sexuels très facilement et ce de façon anonyme. Ce spécialiste du genre et la sexualité à la faculté de médecine de l'université Harvard a décidé d’étudier de près cette application pour savoir si elle affecte la santé mentale des utilisateurs et comment elle l'affectait.

Jack Turbay, lui-même homosexuel, s’est donc retrouvé à naviguer parmi des centaines de profils –«actifs», «passifs», «plan cul» ou «relation sérieuse»– dans le but d’en apprendre plus sur les conséquences de l'utilisation de ce type d’application. Sur son profil Grindr, il explique qu’il «cherche des hommes qui souhaitent parler de leurs expériences». Il choisit des profils «à un kilomètre de chez lui» et pose deux questions: «Pourquoi passez-vous autant de temps sur cette appli?» et «Est-ce que vous pensez que cette application à un effet négatif sur vos relations amoureuses et sur votre santé mentale?».

À partir des réponses de cinquante utilisateurs, il expose ses pistes de réflexions sur les potentiels effets néfastes de Grindr sur la santé mentale des hommes gays.

Plus c'est facile, plus c'est addictif

La plupart des hommes interrogés expliquent qu’avec Grindr les rapports sexuels sont littéralement à portée de main –ou de doigt. En quelques swipes, il est possible de trouver un partenaire sexuel.

Des neuroscientifiques ont étudié le cerveau masculin pendant l’orgasme et ont découvert que les zones du plaisir étaient activées alors que celles consacrées à la maîtrise de soi étaient inactives. Ils en ont conclu que l'orgasme était aussi addictif que l'héroïne ou la cocaïne. Selon Turbay, les utilisateurs auraient alors tendance à associer Grindr au plaisir et à se re-connecter inlassablement pour activer leur système de récompense.

Le psychiatre souligne que ce type de comportement peut mener à un autre type d'addiction: «Tout comme Facebook, Grindr fonctionne sur le principe de la machine à sous: à chaque connexion, il est impossible de savoir sur quoi on va tomber». Cette surprise pousse les utilisateurs à se connecter le plus souvent possible.

Un moyen temporaire de se sentir mieux

Les recherches de Jack Turbay exposent une toute autre façade de cette application: les utilisateurs se connectent quand ils se sentent triste, anxieux ou seuls. Grindr est un moyen de panser ses plaies et le sexe est une parfaite distraction. En 2017, The Conversation révélait que les hommes homosexuels ont tendance à être plus dépressifs que les hétérosexuels.

Pour nombre d'utilisateurs, les messages échangés sur l'application et les rapports sexuels aideraient à combler un vide émotionnel mais comme l'explique Turbay, ce n'est que temporaire: «Certains utilisateurs m'ont raconté qu'ils se sentaient encore moins bien après avoir fermé Grindr ou après avoir couché avec quelqu'un».

Vox rapporte que, de nos jours, il est encore difficile pour la communauté LGBTQ de trouver un partenaire. «Le seul endroit où je trouve des hommes gays c'est sur Grindr et en boîte de nuit. La plupart du temps on couche d'abord ensemble et ensuite on propose un deuxième rendez-vous. Maintenant, j'ai ne sais même plus si je peux avoir une relation normale», indique un utilisateur.

Malgré tout, tous les utilisateurs de Grindr ne sont pas foncièrement déprimés ou accros. Comme pour les autres réseaux sociaux, tout dépend de l'utilisation que l'on en fait et de l'individu qui l'utilise.

«J'ai parlé avec plusieurs hommes qui avaient rencontré l'amour grâce à Grindr. Il y en a aussi qui utilisent l'application pour trouver des partenaires sexuels et qui ne souffrent d'aucune conséquence négative», souligne le psy, pour qui il est temps que des études à plus grande échelle soient effectués sur les répercussions de Grindr sur la santé mentale des utilisateurs.

Slate.fr

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