Égalités / Économie

En Angleterre, la transparence révèle des inégalités de salaires femmes-hommes embarrassantes

Temps de lecture : 3 min

Les entreprises de 250 employés et employées ou plus sont désormais obligées de publier leurs chiffres concernant les différents écarts salariaux et de hiérarchie.

Mind the gap | CGP Grey via Flickr CC License by
Mind the gap | CGP Grey via Flickr CC License by

Au Stoke City Football Club, basé dans le Staffordshire, en Angleterre, quand les hommes gagnent une livre pour une heure de travail, les femmes, elles, ne reçoivent en moyenne que 8 pennies. Ce genre de chiffres est accessible depuis que, constatant de larges inégalités de traitement en fonction du genre des salariés, le gouvernement britannique a décidé de procéder à une large campagne de transparence, et éventuellement d'humiliation, obligeant les entreprises de 250 employés et employées ou plus à publier chaque année leurs chiffres concernant l'écart moyen et médian des salaires perçus par les hommes et les femmes, ainsi que celui concernant les primes. Ces données sont accessibles depuis le «Gender pay gap service», dont la version beta vient d'être lancée par le gouvernement.

Régler les comptes

L'affichage public de ces chiffres vise surtout à pousser les entreprises pratiquant de forts écarts de salaire genrés à des règlements de comptes, pour combler ces gouffres embarrassants.

Sam Smethers, la directrice générale de la Fawcett Society, une organisation qui milite pour les droits des femmes et l'égalité, a déclaré que «les rapports sur l'écart salarial entre les genres changent les règles du jeu en termes de culture et pratiques d'entreprise. Cela oblige les employeurs à se regarder eux-mêmes et à comprendre leur organisation, et cela incite les employés à poser quelques questions difficiles. Mais encore mieux que ça, les femmes se rendent enfin compte qu'elles ont le droit de parler de rémunération et qu'elles ne peuvent pas être réduites au silence. En découvrant ce que leurs collègues touchent, elles sont alors en mesure de contester toute inégalité salariale».

Si les soutiens de cette loi sur la transparence reconnaissent qu'elle ne sera pas suffisante pour résoudre ces inégalités —le cabinet d'audit PwC estimait qu'en misant sur une simple évolution naturelle de la situation, il faudrait attendre quatre-vingt-quinze ans avant que les pays faisant partie de l'OCDE atteignent une égalité salariale entre les genres—, ils la considèrent comme un point de départ susceptible de réveiller les consciences et de provoquer des actions.

En Grande-Bretagne, l'écart salarial entre les femmes et les hommes était de 18,4%, en très légère hausse (0,2%) par rapport à 2016, mais globalement en baisse depuis 1997, quand les données ont commencé à être recueillies, où l'écart moyen était de 27,5%. Les inégalités touchent aussi bien la question des salaires que celle de la hiérarchie, les femmes occupant moins de hauts postes à responsabilités. La loi ne prévoit toutefois pas de pénalités pour les entreprises maintenant des écarts salariaux.

Quelques initiatives de la part des États et des entreprises

Les industries les plus inégalitaires d'Angleterre sont celles du football, des compagnies aériennes, de la banque et des finances et de la mode. Quand Ryanair rapporte un écart de salaires moyens de 67%, EasyJet atteint 52%: les pilotes d'avion sont majoritairement masculins (95%), tandis que le personnel navigant commercial est composé de plus de femmes. Quelques efforts semblent néanmoins poindre ces derniers temps, parfois engagés avant l'obligation de transparence, mais aussi poussés par elle: en janvier, le directeur d'EasyJet Johan Lundgren annonçait qu'il réduirait son salaire de 4,6% afin que ce dernier corresponde à celui que touchait sa prédécesseure, et qu'un effort serait fait pour que les nouveaux pilotes engagés par la compagnie soient à 20% des femmes d'ici 2020.

Dans plusieurs pays, les législations poussent progressivement les mesures visant à réduire les inégalités au travail entre femmes et hommes: Australie comme Allemagne demandent aux entreprises des rapports sur ces questions, quand depuis janvier, l'Islande exige que les entreprises de plus de 25 employés payent les femmes et les hommes à salaire égal, sous peine de recevoir des amendes quotidiennes, espérant ainsi combler l'écart d'ici 2022. Par revers, aux États-Unis, l'administration Trump a annulé les initiatives prises par le gouvernement de Barack Obama pour combler les inégalités, arguant des contraintes trop fortes pour les employeurs.

Sur le réseau social Twitter, le hashtag #PayMeToo a été lancé, en écho à celui qui a donné lieu au mouvement #MeToo, encourageant les femmes à parler des inégalités de traitement vécues au travail.

Slate.fr

Newsletters

Les agressions sexuelles en avion ne cessent d'augmenter

Les agressions sexuelles en avion ne cessent d'augmenter

«Une seule victime est une victime de trop», souligne David Games, agent spécial du FBI.

J'ai suivi un cours masculiniste à l'École Major de Julien Rochedy

J'ai suivi un cours masculiniste à l'École Major de Julien Rochedy

Ancien président du Front national de la jeunesse, Julien Rochedy propose une formation en ligne pour apprendre aux hommes à être des hommes, des vrais.

La Chine interdit des pub qui sous-entendent que l’alcool aide les femmes à se désinhiber

La Chine interdit des pub qui sous-entendent que l’alcool aide les femmes à se désinhiber

«Ces publicités sont le reflet d’une vision complexe de la sexualité des femmes chinoises», indique Quartz.

Newsletters