Santé

«J'ai vraiment du mal à éprouver quelque chose de positif pour elle, ne serait-ce que de la patience ou de l'attention»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Vincent, un homme qui s'est engagé dans une relation à laquelle il n'a jamais vraiment cru avec une femme atteinte de sclérose en plaques.

Anne Hathaway et Jake Gyllenhaal
dans «Love et autres drogues» (2010) | Capture d'écran via YouTube
Anne Hathaway et Jake Gyllenhaal dans «Love et autres drogues» (2010) | Capture d'écran via YouTube

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont les premiers épisodes sont disponibles ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

Je suis en couple depuis six ans avec Élise, une fille dont je n'ai jamais été éperdument amoureux. Elle m'a plu au début, mais alors qu'elle tombait réellement et passionnément amoureuse, j'ai maintenant le sentiment de n'avoir jamais vraiment été sur le même tempo sentimental. Si j'ai effectivement eu de vrais sentiments pour elle, je n'étais pas dans la même dynamique amoureuse qu'elle.

Mon incapacité à dire non et à expliquer les choses en face, la pression sociale de se mettre en couple après un célibat assez long et, fort certainement, ma grande lâcheté m'ont amené à une situation de couple que je ne désirais pas outre mesure.

Nous nous sommes rencontrés sur internet, et elle m'a révélé très tôt qu'elle était atteinte d'une sclérose en plaques. La maladie n'est pas handicapante en elle-même (elle travaille et peut avoir des enfants), hormis une forte prise de poids et une fatigue lancinante.

Nous nous sommes mariés il y a dix-huit mois. Nous avons des animaux ensemble –pas d'enfant– et sommes propriétaires.

Aujourd'hui, je ne ressens plus de sentiments amoureux pour elle. Ce n'est pas juste une passion éteinte: j'ai vraiment du mal à éprouver quelque chose de positif pour elle, ne serait-ce que de la patience ou de l'attention. Ma femme, elle, essaie de me témoigner de l'amour chaque jour, à chaque moment, sans sembler réaliser que je ne donne rien en retour.

Je me sens pris en otage par plusieurs facteurs qui me freinent dans ma volonté de mettre les choses au clair: sa maladie, ce qui jetterait l'opprobre (amis, famille) sur moi si je décidais de rompre; le cancer de son père, qui lutte difficilement.

Si je m'entretiens physiquement (sport, hygiène de vie, habits), elle se laisse dramatiquement aller (obésité, tabac, malbouffe) et est désormais très loin de faire le moindre effort physique ou de présentation.

Ces décalages entre nos sentiments respectifs et le soin apporté à nos apparences et hygiènes de vie créent un fossé qui s'accroît chaque jour. J'ai eu une relation sans engagement il y a quelques semaines, pour pouvoir respirer un peu et me redonner confiance en moi.

Il n'y a malheureusement aucune discussion possible, car les maladies respectives de son père et la sienne amènent une fin de non-recevoir. Je ne sais pas quoi faire: faut-il prendre une décision radicale? Faut-il attendre? Faut-il plutôt faire un break pour amorcer l'inévitable décision? Faut-il se laisser une seconde chance, quitte à se faire aider?

Vincent.

Cher Vincent,

La seconde chance, aidée par un professionnel, est une solution envisageable quand on s’est aimés un jour et que l'on s’est perdus. Elle ne crée pas des sentiments là où il n’y en a jamais eu.

En fait, vous êtes aujourd’hui confronté à votre lâcheté, Vincent –ou à vos espoirs déçus. Vous avez laissé passer le temps et les étapes, peut-être en croyant aimer un jour. Vous découvrez aujourd’hui que ces sentiments ne naissent pas sur le terreau de l’habitude. Il s’y épanouissent seulement, de temps en temps.

Je suis étonnée de la façon dont vous abordez la maladie de votre compagne. Si elle est aujourd’hui valide, votre compagne pourrait très bien, lors d’une poussée, être atteinte de nouveaux symptômes ou subir une aggravation de ceux dont elle souffre déjà. Cette maladie, que l'on garde à vie, laisse au fur et à mesure du temps des séquelles parfois invalidantes.

Si vous n’en percevez pas encore la gravité, ne doutez pas que la sclérose en plaques pourrait très bien, à l'avenir, faire bien davantage partie de la vie de votre femme –et de la vôtre, si vous en décidez ainsi. Ce n’est pas un élément à prendre à la légère, et je crois qu’aucune malade ne souhaite avoir à ses côtés quelqu’un qui ne le désire pas vraiment.

Élise aura sans aucun doute besoin un jour d’un réel soutien, d’un regard empathique et sans jugement, et d’être portée par le courage d’un compagnon aimant. Pas de quelqu’un qui est là faute de mieux, et un peu par hasard.

Vous avez le droit de ne pas vous sentir le courage de la soutenir dans cette maladie, comme vous auriez le droit de ne pas avoir l’envie ou le temps à consacrer à n’importe quelle situation difficile qu’elle aurait à traverser.

Vous êtes mariés et vous avez des animaux de compagnie ensemble, mais je ne lis dans vos mots ni amour, ni même amitié. Vous avez été voir ailleurs pour vous, sans vous soucier de son ressenti. Vous opposez votre capacité à prendre soin de votre corps et de votre santé à la sienne.

Comme pour votre physique, la seule chose qui vous retient de divorcer est une question d’image. Vous ne voulez pas être celui qui quitte son épouse malade. Mais vous n’êtes clairement pas non plus celui qui est prêt à l’accompagner pour les décennies à venir.

Alors oui, je crois que vous finirez probablement par la quitter, et je pense que le plus tôt sera le mieux, parce que cette femme qui a tant investi dans votre couple a le droit à une seconde chance dans la vie. Elle mérite de trouver enfin un compagnon qui l’aimera, la comprendra et prendra soin d’elle. Attendre ne fera que faire grandir la rancœur et le mépris.

Vous l’avez déjà trompée en étant convaincu d’être dans votre bon droit, quel comportement adopterez vous dans quelques années, quand son physique, son attitude ou plus globalement son existence vous insupporteront?

Elle ne mérite pas ça, j’espère que vous en avez conscience. Élise n’est ni responsable de votre indécision, ni de votre tromperie, ni de sa maladie, ni de celle de son père. Elle n’est pas responsable non plus d’aimer un homme qui ne l’aime pas. Soyez courageux, enfin, et sauvez-la.

Lucile Bellan Journaliste

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