Sports / Économie

Jeux olympiques de Paris 2024: pourquoi ça risque de coûter cher

Temps de lecture : 4 min

Les dépassements budgétaires prévisibles ne semblent pas dus à la faiblesse du dossier de candidature de Paris ou à une mauvaise appréciation des travaux, mais à une résistance des élus locaux.

Projection sur l'Arc de Triomphe, le 31 décembre 2017 | Guillaume Souvant / AFP
Projection sur l'Arc de Triomphe, le 31 décembre 2017 | Guillaume Souvant / AFP

Vendredi 30 mars, un rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) remis au gouvernement pointait un risque de dépassement de 500 millions d’euros sur la facture olympique, déjà budgetée à 6,8 milliards d’euros.

Lauréate de l’organisation des Jeux de 2024 en septembre 2017, la ville de Paris avait pourtant pointé «la rigueur et la stabilité de son projet», faisant état de sa compétence «dans l’organisation des grands événements sportifs» et de sa mise à disposition de «95% des infrastructures sportives et non-sportives déjà construites».

Anne Hidalgo lors du vote pour l'attribution des JO 2024, en septembre 2017 à Lima | FABRICE COFFRINI / AFP

En clair, il ne restait plus qu’à sortir de terre un centre pour les médias, un village olympique et un bassin de natation, tous prévus dans le département de Seine-Saint-Denis. Sauf que dans les trois cas, des explosions de budget risquent d’apparaître –si rien n’est fait.

«Demandes extravagantes» autour du centre aquatique

Le coût du bassin olympique était évalué, en septembre dernier, à 108 millions d’euros. Sept mois plus tard, la facture passerait à 260 millions d’euros, soit une hausse de 143%. Une différence bien trop importante pour que cela soit seulement dû à une mésestimation du chantier ou à des erreurs de traitement, comme de potentielles fouilles archéologiques.

Interrogés sur la question, des membres du comité d’organisation pointeraient les «demandes extravagantes de certains élus locaux», qui «exigeraient des infrastructures haut de gamme et dispendieuses».

À Londres, le bassin des Jeux olympiques de 2012 a coûté 300 millions d’euros et a été construit par Zaha Hadid, lauréate du prix Pritzker –considéré comme le prix Nobel d'architecture. Il est une référence et est perçu comme une œuvre majeure dans le domaine.

À l'inverse, la facture pour la piscine de Budapest, la Danube Arena, construite à l’occasion des championnats du monde de natation en 2017, est de moins de 150 millions d’euros. Elle répond aux principales normes internationales et est encore fonctionnelle et adaptable.

Parce que l'Aquatics Sports Center parisien resterait après les olympiades et ne serait pas démonté, contrairement à beaucoup d’autres infrastructures, quelques élus exigeraient un monument digne de ce nom, «qui fasse briller le département hors des frontières».

Quand le rapport de l’IGF recommande de la modération, les élus de Seine-Saint-Denis s’insurgent contre un abandon des promesses. «La Seine-Saint-Denis ne saurait être une variable d’ajustement d’un projet diminué fortement dans son ambition et son utilité», préviennent-ils. Ils rappellent s’être engagés dans «cette aventure précisément parce qu’elle doit permettre d’améliorer le cadre de vie et la situation sociale des habitants, bien au-delà des quelques semaines de l’événement olympique. Remettre en cause ce principe équivaudrait à dénaturer le projet et remettre en cause nos engagements».

L’argument maintes fois répété est celui de «l’héritage sociétal». D’après différentes enquêtes, un jeune de moins de 12 ans sur deux ne sait pas nager en Seine-Saint-Denis. Le département aurait largement besoin de ce bassin olympique, quel que soit son coût, afin d’améliorer l’accessibilité et renforcer l’offre structurelle.

Mais c’est oublier le plan piscine lancé en 2015, bien avant l’attribution des JO, qui prévoit la rénovation et la construction de nombreuses piscines publiques dans le département jusqu’en 2021.

La capacité du village olympique en question

L’autre critique du rapport de l’IGF vise le village olympique, dont la nécessaire vitesse d’exécution –l’ensemble doit être finalisé pour 2024– provoquerait un surcoût impondérable.

Les experts recommandent de réduire la voilure, en passant des 17.000 lits promis dans le dossier de candidature à seulement 15.000 lits. La raison est simple: le village n’est jamais rempli à 100% durant toute la durée des Jeux. Certaines épreuves commencent en tout début de compétition, d’autres à la fin; quelques-unes n’ont même pas lieu dans la ville organisatrice –les épreuves de voile se dérouleront par exemple à Marseille, et celles de football à Lille. Des sportifs stars préfèreront sans doute dormir à l’hôtel, comme Roger Federer ou Rafael Nadal à Londres, en 2012.

Christophe Dubi, directeur des sports au CIO, explique «bosser avec les organisateurs sur la capacité que nous utiliserons en 2024. L'idée, c'est qu'on opère un village au niveau du COJO [Comité d'organisation des Jeux Olympiques, ndlr] qui soit pleinement utilisé».

La question pose encore problème, notamment auprès des élus locaux. Un village olympique redimensionné, c’est une réhabilitation en logements, commerces et bureaux au rabais. En somme, une réduction des promesses faites lors de la candidature de Paris.

La solution consisterait à adapter le village aux nouvelles contraintes, tout en maintenant les dimensions envisagées au départ. En d'autres termes, il s'agirait de s'engager formellement sur 15.000 lits et de conserver la structure des 2.000 lits manquants aux extrémités pour en faire un projet immobilier dès la fin des JO, sans attendre les probables travaux de réhabilitation a posteriori –ce qui n'est pas sans engendrer des coûts supplémentaires de redéfinition.

Rigueur ou héritage, deux visions qui s'affrontent

Ces Jeux olympiques s’annoncent très compliqués, tiraillés entre deux parties aux ambitions divergentes.

D’un côté, les organisateurs veulent s’assurer d’une rigueur et d’une stabilité budgétaire, sans taux de dépassement astronomique. Pour Cyril Mourin, conseiller au sport d’Emmanuel Macron, «[le rapport de l’IGF] est justement la preuve que c'est sous contrôle: c'est un rapport dont l'objet est d'identifier les risques du projet en amont, de les mesurer, et de permettre d'ajuster le dossier final pour respecter le budget».

De l’autre, la question de l’héritage apparaît comme essentielle –si ce n’est indispensable– et laisse entrevoir soit des dépenses forcément onéreuses, soit la grogne des politiciens et des élus locaux. Et dire qu'il reste encore six ans de spectacle!

Pierre Rondeau Professeur d'économie à la Sports Management School

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