Politique / Monde

En Chine, les bibles disparaissent des sites de vente en ligne

Temps de lecture : 3 min

La parution d'un livre blanc sur la politique du gouvernement chinois concernant la liberté de croyance religieuse s'est accompagnée d'un retrait soudain des bibles des rayons des librairies numériques.

Une «Bible chinoise», dans une église clandestine à Beijing, le 24 décembre 2014. | Greg Baker / AFP
Une «Bible chinoise», dans une église clandestine à Beijing, le 24 décembre 2014. | Greg Baker / AFP

Depuis que la religion chrétienne a été (ré)autorisée en Chine en 1978, après avoir connu une période de forte répression sous l'ère Mao Zedong, les chrétiens de Chine comme les institutions qui les représentent demeurent sujettes à diverses formes de coercition voire de persécution, régulièrement dénoncées par des organisations chrétiennes.

Accorder les religions à la société chinoise

Ce mardi 3 avril, le Bureau d'information du Conseil d'État chinois a publié un livre blanc intitulé «Politiques et pratiques de la Chine en matière de protection de la liberté de croyance religieuse», recensant les directives en vigueur pour protéger la liberté de croyance, gérer ses implications dans la société et lutter contre l'extrémisme religieux.

«Les croyants et les non-croyants se respectent les uns les autres, et vivent en harmonie, s'engageant à se réformer, à s'ouvrir à la modernisation socialiste, et à contribuer à la réalisation du rêve chinois d'un rajeunissement national», peut-on notamment y lire.

En somme, la nécessité d'adaptation des religions à la société socialiste chinoise demeure. À en croire les rayonnages des librairies ou l'achalandage des différents sites de vente en ligne qui se présentent comme l'une des vitrines de la modernité chinoise, il semblerait que cette adaptation passe aussi par le retrait de toutes les bibles disponibles.

Le nombre de croyants est difficile à déterminer, mais on l'estime entre soixante-dix et cent millions: en voilà autant qui peineront à trouver un nouvel exemplaire des Saintes Écritures s'ils se mettaient en quête. Que ce soit sur Taobao, le principal site de vente en ligne chinois, Jingdong, Amazon Chine ou DangDang, la Bible est de plus en plus difficile à trouver depuis la parution du livre blanc, si elle n'est pas simplement et radicalement introuvable.

Contacté par Quartz, un libraire a déclaré que le retrait de ses bibles sur Taobao avait été imposé par le site, qui n'avait pas fourni de raison. Des internautes ont rapporté le même genre d'échanges avec des vendeurs sur les réseaux sociaux, tandis que le Beijing Business Today rapportait que la société Jingdong avait été sommée le 2 avril, la veille de la publication du livre blanc, par le Bureau d'information du Conseil d'État, de sévir contre les marchandises et publications illégales disponibles sur sa plateforme, sans que la bible ne soit clairement visée.

Le Coran en a également disparu, mais demeure disponible sur les trois autres principaux sites de vente en ligne, à l'instar des textes du bouddhisme et du taoïsme. En matière de christianisme, ne restent donc que des ouvrages d'exégèse, à défaut des textes «originaux».

Selon un catholique de la province de Zhejiang interrogé par Quartz, l'Église et affiliés sont de plus en plus portés à se procurer des copies de la Bible via des réseaux de contrebande basés à Hong Kong, plutôt que par Taobao, comme c'était encore le cas il y a quelques années.

Les religieux sous contrôle

Dans ce régime autoritaire, où le président et secrétaire général du Parti communiste appelait ses concitoyens à être des «athées marxistes inflexibles», il n'est pas surprenant que les religions se voient de plus en plus endiguées.

Si cela passe aujourd'hui par la suppression des sources et la censure, cela passait déjà hier par la surveillance, la limitation et la répression: en septembre dernier, un ensemble de lois devant entrer en vigueur dès le mois de février interdisait aux groupes religions de toucher des fonds venus de l'étranger et autorisait les autorités à surveiller les contenus religieux émis dans des discussions en ligne. Avant cela déjà, les églises clandestines étaient démantelées et détruites: la loi rend désormais les organisateurs d'événements religieux non approuvés passibles d'amendes allant de 100.000 à 300.000 yuans (l'équivalent de 13.000 à 39.000 euros).

De son côté, la communauté turcophone musulmane des Ouïgours, à laquelle le Monde a consacré de nombreux reportages, est elle aussi victime de lourdes répressions, qui se traduisent par de multiples formes d'exil social, jusqu'à l'enfermement dans des centres de rééducation pour les Ouïgours jugés «politiquement suspects».

La «sécurité nationale» et les dangers que représente pour elle «l'extrémisme religieux» sont très souvent invoqués en Chine par le régime du PCC pour justifier des mesures de prévention et de répression des pratiques religieuses. Ces dernières visent notamment à renforcer l'autorité du Parti, qui pratique une forme de paternalisme étatique, tout en lui assurant un contrôle plus serré des populations considérées à risque.

Léa Polverini Journaliste

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