Monde / Économie

En Suède, il est de plus en plus difficile de payer un café en liquide

Temps de lecture : 2 min

La place croissante que prennent les paiements dématérialisés au détriment du cash inquiète la société suédoise.

Distributeur de billets, à Stockholm / Jonathan Nackstrand / AFP
Distributeur de billets, à Stockholm / Jonathan Nackstrand / AFP

«​Pour votre sécurité», de plus en plus nombreuses sont les entreprises à installer des méthodes de paiement en ligne, afin que leurs clients n'aient pas à sortir du liquide. À tel point qu'en Suède, il est désormais des endroits où pièces et billets sont tout simplement refusés: sans carte ou téléphone, impossible de se payer un café.

Conséquence inverse, c'est vers un système entièrement numérique que se dirige progressivement la Suède, ce qui commence à réveiller quelques inquiétudes.

Crainte de fraudes

En février dernier, Stefan Ingves, le président de la banque centrale de Suède, Sveriges Riksbank, s'alarmait de ce que le pays pourrait bientôt voir ses paiements uniquement contrôlés par des banques du secteur privé, et «appelait à une nouvelle législation pour sécuriser le contrôle public du système de paiement, arguant que pouvoir effectuer et recevoir des paiements et un “bien collectif” comme la défense, les tribunaux ou les statistiques publiques», rapporte le Guardian.

Aux craintes de fraudes relatives à l'utilisation d'identifiants électroniques liés au compte en banque d'autrui s'ajoutent celles de potentielles cyberattaques. D'après Mattias Skarec, consultant en sécurité numérique, il est «naïf de penser que nous pouvons abandonner complètement le cash et compter sur la technologie à la place», aucun système basé sur la technologie n'étant absolument invulnérable.

De fait, l'année passée, l'application Mobile Bank ID a été confrontée à des cas de fraude par usurpation d'identité concernant le règlement de larges sommes d'argent ou de pensions de retraite offertes par la société Falcon Funds, basée à Malte.

«C'est une question politique. Nous sommes en train de laisser ces décisions à quatre grandes banques qui forment un monopole en Suède», prévient Björn Eriksson, un ancien commissaire de police et président de l'association Kontantupproret (dont le nom signifie «Insurrection monétaire»), qui lutte pour que l'argent liquide «reste un moyen de paiement à côté des solutions alternatives» et que ces questions soient traitées «dans un processus démocratique».

Besoin d'encadrement légal

De leur côté, les hérauts des paiements mobiles et numériques reconnaissent les failles possibles, tout en les relativisant:

«Bien sûr qu'il y a des gens qui essayent d'en abuser, mais [ces systèmes de paiement] ne sont pas plus vulnérables que n'importe quelle autre méthode de paiement», avance Per Ekwall, le porte-parole de Swish, un système de paiement mobile utilisé par les banques suédoises. «D'un point de vue macro, Swish a rendu cela plus sûr et moins cher.»

Un sondage réalisé en mars contredit pourtant l'idée avancée par les banques qu'elles ne font ainsi que répondre et accompagner les aspirations de leurs clients: seulement un quart des Suédois souhaiteraient une société sans liquide, quand 68% «souhaitent que l'argent liquide reste une option de paiement possible à l'avenir».

Selon le Guardian, les différents partis qui composent le Parlement suédois procèdent à un examen de la législation de la banque centrale, qui devrait également envisager les questions liées aux liquidités.

Christian Engström, le vice-président du Parti pirate, mettait en perspective les implications d'un tel système centralisé en prenant l'exemple de l'Irlande:

«Regardez l'Irlande, où l'avortement est illégal. Il est beaucoup plus facile pour les autorités d'identifier les femmes irlandaises qui ont subi un avortement si l'État peut suivre toutes les transactions financières numériques. Et même si le gouvernement de la Suède pourrait être relativement bénin, un rapide coup d'œil sur l'Europe suggère qu'il n'y a aucune garantie concernant la façon dont les choses pourraient se développer à l'avenir.»

Slate.fr

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