Boire & manger

Vous ignorez sans doute la puissance du pois chiche

Temps de lecture : 3 min

[Blog, you will never hate alone] En salade ou en purée, sous forme de farine ou monté en neige, le pois chiche a plus d'un tour dans son sac: c'est le roi des légumineuses.

Flickr/Veganbaking.net-Sprouted Chickpeas
Flickr/Veganbaking.net-Sprouted Chickpeas

J'ignore quel idiot de service a cru malin de dire de quelqu'un, au regard de son intelligence toute relative, qu'un pois chiche logeait dans son cerveau mais je puis affirmer que l'auteur de cette saillie était un corniaud de la pire espèce. Car non seulement, le pois chiche brille par sa faconde –de toutes les légumineuses jamais répertoriées, il est de loin, le plus instruit– mais de surcroît, il possède des usages si divers que seuls de grands esprits capables de manier ensemble des théories contraires sont à même de saisir toute l'étendue de ses capacités culinaires et gustatives.

Certes, j'en conviens, son apparence physique ne plaide pas pour lui. Bosselé au point d'être difforme, cabossé comme s'il venait d'être renversé par une voiture sans chauffeur, rond sans être ovale, ovale sans être rond, d'une couleur qu'on hésite à qualifier de jaune ou de marron tant elle semble être le mélange des deux sans pour autant marquer un clair attachement à l'une d'entre-elles, malingre, chauve même, il se traîne, misérable, entassé dans des boîtes de conserves bien souvent d'aspect sommaire qui ne font rien, hélas, pour rehausser son terne éclat –mieux vaut le laisser barbotter dans son jus, il n'en sera que meilleur.

C'est le Stephen Hawking des légumineux.

Pourtant, que cet aspect malingre cache comme le regretté savant des trésors de bienfaits!

Le houmous, c'est lui!

Qu'on songe seulement à ce qu'il devient lorsqu'une fois décalotté et débarrassé de sa peau si fragile, on le presse afin d'en extraire une purée qui, ajoutée à un jus de citron, mélangée à quelques cuillerées de sésame crémeux à souhait, parfumée d'huile d'olive, salée comme il se doit, enrichie de ce que bon vous semble, il devient ce plat unique au monde qui combine à la fois les saveurs de l'Orient, le faste du Maghreb, les pompes de l'Asie, j'ai nommé, le houmous.

Rien que ce nom d'houmous provoque au niveau du palais comme un affolement. On se plaît à chanter son nom qui sonne si doux aux oreilles, on l'arabise à souhait en aspirant bien le H comme si on venait de respirer une bouffée de narguilé afin de mieux sentir passer le frisson de ces nuits d'orient quand la lune, ronde et joueuse, tisse dans le ciel des accords parfaits qui apaisent le cœur des hommes et donnent aux amants l'envie de s'étreindre.

Oum Kalsoum n'est pas loin et j'en connais plus d'une qui, dans l'intimité de leur cuisine, quand un pois chiche prend la tangente, le récupère vite fait et s'en sert alors comme d'une piécette pour mieux lui donner le vertige quand dans les plis moelleux de leur ventre, elles s'amusent à le faire rouler, au son triomphal de quelques ouds, ces guitares orientales qui chantent le sable chaud des plaines d'Arabie.

Le houmous est tellement fameux qu'on se dispute sa paternité et son héritage. On le dit d'ascendance arabe, juive, arménienne aussi bien que levantine et dans les cercles diplomatiques les plus avisés, l'on sait bien que le prochain conflit qui ensanglantera la planète opposera Israël et le Liban, tant ces deux pays sont prêts à déclencher l'apocalypse afin d'être reconnu comme le seul roi du houmous.

Le pois chiche rend fou.

Il a cette tendre amertume qui n'offense pas le palais mais reste longtemps dans la bouche comme un arrière-goût râpeux qui prendrait son temps avant de s'effacer, laissant derrière lui des effluves de noisettes si agréables à déguster qu'il donne envie d'en mettre un peu partout, dans une salade comme dans un couscous, au beau milieu d'une soupe ou alors sous forme de farine laquelle servira alors de base à des préparations de pâte à pizza, de panisse voire même de galettes ou de crêpes.

Et que dire de son jus qui, lorsqu'on le fouette avec assez de dextérité, merveille des merveilles, cadeaux des dieux, sauveur des poussins morts-nés, se transforme alors, sous vos yeux ébahis, en une mousse blanche du plus bel effet qui, possédant exactement les mêmes caractéristiques que des œufs battus en neige, s'en ira donner vigueur et consistance à vos pâtisseries les plus élaborées.

A ce prix-là, je veux bien avoir un pois chiche qui tintinnabule dans mon cerveau, c'est même mon souhait le plus cher!

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