Politique

Islamisme et antisémitisme, les failles de la société française

Temps de lecture : 7 min

Vendredi 23 mars, près de Carcassonne et à Paris, ont eu lieu deux drames frappés du sceau du fanatisme et de la haine: l’attentat islamiste de Trèbes et l’assassinat antisémite de Mireille Knoll. Twitter a rapidement interrogé ces fractures de la société française.

Après les attentats de novembre 2015 à Paris. Wikimedia Commons
Après les attentats de novembre 2015 à Paris. Wikimedia Commons

Contenu Partenaire - «Quand on voit ce qui peut être fait au nom de dieu, on se demande ce qu’il reste comme activité au diable… #Trèbes». Cet aphorisme, qui réapparait depuis quelques années sur Twitter à chaque nouvel attentat, exprime on ne peut mieux la stupéfaction face à la barbarie et au fanatisme religieux, qu’il frappe collectivement (un attentat) ou individuellement comme le crime commis contre Mireille Knoll, qui «a survécu à la rafle du Vel d’hiv en juillet 1942. Vendredi, en début de soirée, elle a été retrouvée morte dans son appartement parisien calciné, poignardée à de multiples reprises. Elle avait 85 ans. Toutes mes condoléances à sa famille».

L'antisémitisme, une histoire... française

Au-delà du meurtre, c’est son caractère antisémite qui secoue l’opinion. Dans un pays qui a une triste et longue histoire avec l’antisémitisme: chrétien d'abord et avant tout en passant par l’affaire Dreyfus, Edouard Drumont, les années 1930, le régime de Vichy et cette tradition toujours bien ancrée à l'extrême droite et à l'extrême gauche de Jean-Marie Le Pen à Dieudonné. L'assassinat d'un Français de confession juive n’est donc pas un cas particulier hors sol. Il s’inscrit dans une tradition haineuse, parfois mâtinée de révisionnisme comme le démontre la récente condamnation de l’ancien président du Front National: «Jean-Marie Le Pen est condamné à 30 000 euros d’amende pour avoir de nouveau qualifié les chambres à gaz de «détail» de l’histoire en avril 2015».

La liste des dernières victimes juives en France ne fait que confirmer que la «bête immonde» n’a pas disparu. L’assassinat d’Ilan Halimi, celui des enfants de l’école juive de Toulouse, l’attaque de l’Hyper casher, le martyr de Sarah Halimi. Mais les Juifs de France refusent de plier, comme le clame Claude Sarraute, «je suis juive, pas fugitive. Je ne me cacherai pas une seconde fois. #MireilleKnoll».

Dans ce climat détestable, certaines voix tentent d’analyser ce mal latent de la société française, pointant la naissance au cours des dernières années d'un nouvel antisémitisme directement produit par l'islamisme. «#antisémitisme. Depuis 2006 et l’assassinat du jeune Ilan Halimi, « onze juifs ont été assassinés parce que juifs» a souligné auprès de l’AFPTV l’historien Marc Knobel qui évoque une haine alimentée par «l’islamisme et le djihadisme».

Si l’antisémitisme du siècle dernier provenait avant tout de l'extrême-droite et du fascisme, le paradigme a changé. «L’#antisémitisme d’extrême-droite n’a pas disparu mais il est devenu résiduel, moins dangereux. Aujourd’hui, l’antisémitisme le plus répandu en France vient de l’islamisme. @NaomiHalll invitée de @andrebercoff #BercoffSudRadio #SarahHalimi». L’importation du conflit israélo-palestinien en France et le succès de l'idéologie l'islamisme dans les quartiers expliquent cette évolution. Les visages des antisémites ont beau changer, la haine reste la même alimentée par les mêmes fantasmes complotistes sur le pouvoir et la puissance supposés des juifs.

Djihadiste

Quelques heures avant le meurtre de Mireille Knoll, l’islamisme a frappé une commune de l’Aude. Après avoir volé une voiture, un homme a tenté d’abattre des CRS puis a pris en otage les clients d’un supermarché, avant d’être tué par le GIGN. «Les victimes fauchées de l’attentat islamiste de #Trèbes: Jean Mazières, viticulteur à la retraite, 61 ans. Christian Medves, 50 ans, chef du rayon boucherie du Super U. Hervé Sosna, 65 ans, maçon à la retraite. Arnaud Beltrame, 45 ans, lieutenant-colonel gendarme». Le psychodrame national s'est rejoué une nouvelle fois lorsque des éléments sur le profil du terroriste sont apparus. D’origine marocaine, fiché S, déjà condamné et incarcéré (port d’armes et détention de stupéfiants), le parcours du tueur présente de nombreuses similitudes avec ses sinistres prédécesseurs.

Mais c’est un élément biographique, qui s'est avéré faux, qui a d'abord enflammé Twitter. BFM a annoncé que l’homme avait été naturalisé en 2015, alors qu’il avait été fiché S en 2014. D’où l’incompréhension et la colère de nombre de twittos: «en France, on naturalise les fichés S. Scandale d’état. #Trebes #Carcassonne». Depuis, Céline Pigalle, la directrice de la rédaction de BFM, s’est excusée: «naturalisation de Radouane Lakdim: la directrice de la rédaction de @BFMTV reconnaît une erreur via @afpfr #Trebes». Le tueur a été naturalisé en 2004 à l'âge de 12 ans.

Guerre idéologique et fiches S

La question lancinante sur twitter est celle des moyens pour combattre la prolifération de l'idéologie du djihad, de la guerre sainte au nom de l'Islam. Pour l’universitaire Laurent Bouvet, il faut être conscient de la nature même de cette radicalité: «l’islamisme doit être compris et combattu pour ce qu’il est: une idéologie #islamisme». Les fondamentalistes dessinent un monde alternatif au modèle dominant (démocratie libérale et capitaliste, individualisme). Et il faut combattre les idées par des idées et les symboles par d'autres symboles.

L’appel publié par cent intellectuels (dont Pascal Bruckner, Bernard Kouchner, Alain Finkielkraut entre autres) dans Le Figaro le 21 mars dénonce une tentative de déstabilisation de la nation et de la société française et la volonté d’une ségrégation entre musulman et non musulman. Et les signataires d’insister sur le caractère totalitaire de cette pensée. «Cent intellectuels de tous bords souligne la menace grave que fait peser l’#islamisme sur la République et la France, enfin».

Peut-on interdire purement et simplement une idée, aussi toxique soit-elle? Certains le pensent: «pourquoi ne pourrait-on pas interdire le #salafisme #islamisme alors qu’on a heureusement et efficacement interdit le nazisme? #MireilleKnoll #Marcheblanche».

L'autre question que se pose sans cesse les twittos revient sur les fameuses fiches S et les mesures d’exception qu'il faudrait ou non prendre contre certains citoyens pour en protéger d'autres. Tout d’abord, «on va le répéter pour la 365e fois, la fiche S est un outil de surveillance, elle ne présume en rien du degré de culpabilité de l’individu. Arrêter de manière préventive des milliers d’individus simplement parce qu’on les considère un peu suspect, c’est la fin de l’état de droit ».

Mais la présence dans ce fichier de quasiment tous les responsables des attentats récents, sans qu'il ait permis de les empêcher d'agir, agite la twittosphère. Selon «Jérôme Fourquet (IFOP), 70 à 80% des Français sont favorables à l’#internement préventif des #FichésS et plus de 80% veulent que les #djihadistes français à l’étranger ne puissent pas revenir (même s’ils risquent la peine de mort) #Trebes #Carcassonne #RadouaneLakdim ».

D’autres pays semblent avoir déjà cédé à cette justice préventive: «Le Portugal, pourtant un des pays où la justice est la moins sévère dans le monde occidental, place en détention préventive des individus radicalisés. Un bon exemple à suivre? #Trebes».

Le débat est évidemment politique. Pour la porte-parole des Républicains, «comment peut-on encore hésiter à expulser les fichés S étrangers après 250 morts et 900 blessés, demande Valérie Boyer @valerieboyer13 sur @LCI #Trebes #islamisme #24hPujadas». Certains osent un parallèle humoristique avec l’expulsion de diplomates russes: «la France vient d’expulser de dangereux diplomates russes qui prévoyaient de… ah ben non! Ils prévoyaient rien. Par contre #Lakdim #Jdcjdr*».

Un héros et une polémique

Le 28 mars, la France rendait hommage à ses morts. Une marche blanche pour Mireille Knoll, un hommage national aux Invalides pour Arnaud Beltrame, le gendarme héros de la nation qui s’est proposé en échange d’une otage à Trèbes et a été assassiné par le terroriste.

Devenu un symbole de la résistance et du sacrifice dans l’opinion publique, Arnaud Beltrame a eu droit à un panégyrique par le Président Emmanuel Macron. «Arnaud Beltrame, au moment du dernier adieu, je vous apporte la reconnaissance, l’admiration et l’affection de la nation toute entière. Je vous fais Commandeur de la Légion d’Honneur, et je vous nomme Colonel de la Gendarmerie #HommageNational».

Si la cérémonie aux Invalides a été un moment d'union nationale, il n’en a pas été de même pour la marche blanche à Paris en souvenir de Mireille Knoll. Il y en a eu d'autres dans plusieurs villes de France. Si le fils de la victime a invité tous ceux qui souhaitaient y participer, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a jugé opportun de cibler des indésirables: la France Insoumise et le FN. Les réactions ne se sont pas faites attendre. «Bonjour @FrancisKalifat, l’objet de ce rassemblement étant précisément de montrer que la tragédie de #MireilleKnoll est l’affaire de tous (et non pas seulement des juifs ou des gens que @ Le_CRIF tolère) votre démarche prend le contrepied de cette marche. C’est grand dommage». La prise de position du CRIF qui veut dénoncer une certaine hypocrisie à la droite de la droite et à la gauche de la gauche été jugée scandaleuse par de nombreux twittos: «le fils de #MireilleKnoll désavoue le président du #Crif. Cette marche blanche est le rendez-vous de recueillement du peuple. Cette instrumentalisation est intolérable».

«Chacun pense ce qu’il veut de Mélenchon et de ses insoumis. Mais prétendre leur interdire de participer à une marche contre l’antisémitisme est plus qu’une connerie: une faute. #CRIF». Alexis Corbière, député France Insoumise a d’ailleurs réagi: «en fin d’après-midi, @Le-CRIF annonçait officiellement sur Twitter ma présence demain à la manifestation d’hommage à #MireilleKnoll. Ce soir, son Président déclare sur @BFMTV qu’il ne veut plus de la présence des Insoumis. Pas d’accord. Contre l’antisémitisme, aucun sectarisme!». Mélenchon et Le Pen s’y sont rendus, sous les huées et ont dû être exfiltrés. «J’ai honte de ce qu’il se passe à la #Marcheblanche à la mémoire de #MireilleKnoll à #Paris. Ça me donne envie de pleurer» résume l’avocat Alain Jakubowicz.

Les cérémonies d'hommage, les marches, les manifestations peuvent-elles contribuer à redonner de la cohésion à une société fracturée par la peur, les préjugés et les idéologies de haine. Pour Pierre Bergé, «on peut faire passer toutes les lois que l’on veut, les gens seront toujours xénophobes, antisémites, homophobes. La différence génère le fantasme. Interview Le Journal du Dimanche Mars 2017 #antisémitisme». Une vision terriblement pessimiste… mais il est vrai que la fameuse marche massive du 11 janvier 2015 n'a rien changé aux failles de la société française. L'espoir de sursaut peut peut-être venir de symboles et de modèles aussi forts que le geste héroïque d'Arnaud Beltrame qui sacrifie sa vie pour en sauver d'autres et pas pour en prendre.

*Jdcjdr: hashtag signifiant je dis ça, je dis rien

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