Égalités / Société

«Ça m'est arrivé je ne sais combien de fois de me masturber en l'imaginant avec une collègue»

Temps de lecture : 15 min

Léa raconte comment, étape après étape, elle en est venue à pratiquer le candaulisme avec son conjoint.

«Si on rentre dans le libertinage, il faut que ce soit sérieux entre nous.» | Adam Engelhart via Flickr CC License by

Troisième épisode d'une série d'articles intitulée Derrière la porte close, dans laquelle Lucile Bellan a interrogé des personnes sur leur rapport singulier au sexe, à l'amour, à la baise, aux autres, à elles-mêmes...

Je ne me souviens jamais pour quelle raison j'ai commencé à suivre quelqu'un sur Twitter. Les gens sont là, dans mon flux, pendant des années. Je connais leur histoire, je regarde leurs photos, parfois on discute. Léa, c’est un peu cette histoire. Elle m’a écrit, il y a longtemps, pour la chronique «C’est compliqué». Je ne sais plus si je la suivais déjà ou si je me suis abonnée à son compte à ce moment-là. Mais pendant des années, j'ai vu passer ses mots, ses problèmes liés au travail, ses envies, ses projets.

Dans ma tête, je l’avais classée comme libertine, alors je me suis naturellement tournée vers elle quand il a été question de trouver un témoignage d’échangiste. Un message de ce genre: «Dis Léa, tu ne connaîtrais pas un ou une échangiste qui voudrait bien me parler pour Slate?». Elle n’avait pas de contact et, à vrai dire, elle n’était plus libertine. Mais elle m’a raconté tout de suite, avec la franche sincérité qui la caractérise, qu’elle s’intéressait de près au candaulisme.

Le candaulisme, c’est «une pratique sexuelle dans laquelle on ressent une excitation en exposant sa compagne ou son compagnon à des hommes ou des femmes ou en la partageant avec eux» –merci Wikipédia. En anglais, et dans certains cercles, cette pratique s’appelle le «cuckolding».

Sans réfléchir un seul instant au fait que cela pourrait la mettre mal à l’aise, je lui ai demandé si elle voulait bien m’en parler. Et elle a accepté.

Nous devions nous retrouver dans un bar d’hôtel. Pour cette rencontre, je voulais une ambiance feutrée, propice à la confidence. Il fallait que Léa soit à l’aise avec l’idée de me laisser entrevoir son histoire et celle de son compagnon. Seulement deux heures avant le rendez-vous, je reçois ce message: «Je vais chez le médecin, je ne sais pas quand je vais sortir. Mais on peut toujours se voir à la maison, si tu n’as pas peur des microbes». Je n’ai pas peur des microbes et je ne veux surtout pas que notre entretien tombe à l’eau. Il s’avère qu’elle a la grippe. Je passe en vitesse acheter un pot de miel et quelques bonbons, et je débarque chez elle comme une fleur. Comme si l'on mourait d’envie de raconter sa vie sexuelle à une presqu’inconnue quand on a la grippe.

Léa renifle un peu, mais elle est vaillante. Elle me sert une tisane, s’installe en face de moi à la table du salon-salle à manger. L'un après l'autre, les deux chats viennent me sentir. Je suis adoptée. Je pose mon dictaphone entre nous, et Léa me raconte son histoire.

La rupture-déclic

Début 2016, Léa est quittée par son compagnon. Le schéma est classique: le jeune homme lui dit qu’il a l’impression de ne pas encore avoir assez vécu. Depuis un an et demi, ils n’arrêtent pas de se séparer et de se remettre ensemble, mais cette fois, Tristan demande une rupture définitive.

«Je ne sais pas ce qu’il m'arrive à ce moment-là, je tente le tout pour le tout. Je le rappelle un soir, et je lui dis: “Je me me rends compte qu'avoir une relation comme ça avec une personne, qui dure longtemps et juste avec cette personne, c'est obsolète, ça n'existe plus. Il y a partout de l'offre et de la demande, les sollicitations sont permanentes. On a besoin de se rassurer vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on est beaucoup dans une bataille d'ego. Il y a tout le temps cette envie, ce besoin, cette tentation, je sais pas comment ça s'appelle, mais on a cette offre qui est en permanence devant nous. Et je trouve ça très réducteur et finalement très égoïste de se dire que l'on n'a pas le droit d'en profiter. Je pense honnêtement qu'il y a quelque chose qui peut marcher, c'est de se dire que quand on a une envie, on peut, en suivant des règles. Si j'ai envie de telle personne à cet instant t, ça ne remet pas en cause le fait que j'aime la personne avec qui je suis. J'en ai envie, c'est tout. Je te donne quelques jours pour réfléchir à ma proposition. Est-ce que ça te convient? Est-ce qu'on se remet ensemble en devenant un couple libre?”»

«On a établi des règles –une sorte de contrat que l'on a rédigé ensemble, sous format Word, signé par les deux parties. Il l'a accepté, on l'a acté.»

Léa

Quelques jours passent. Léa et Tristan se retrouvent au restaurant. Il ne croit pas à ses belles paroles. De son côté, elle a un crush sur un autre garçon dont, malgré ses sentiments pour Tristan, elle souhaite profiter.

«À ce moment-là, j'avais beau l'aimer comme une dingue, ça n'empêche pas qu'il y avait d'autres mecs qui me plaisaient. Je venais d’avoir une aventure de quelques mois avec un garçon plus jeune que moi, plus frais, plus fou, qui n'était pas du tout comme Tristan. Et même si je m'étais séparée de ce garçon, j'avais toujours envie de le voir, toujours envie de lui, même si j'étais amoureuse de Tristan. Je me rendais compte que c'était possible, que si moi j'avais ressenti ça, ça voulait dire que lui aussi pouvait le ressentir. Donc on s'est dit que oui, on allait partir sur ce modèle, et on a établi des règles –une sorte de contrat que l'on a rédigé ensemble, sous format Word, signé par les deux parties. Il l'a accepté, on l'a acté.»

J'embrasse pas (toi non plus)

Je lui demande de m’en dire plus sur leurs règles. Elle me raconte qu’elle ne supporte pas l’idée de le voir embrasser une autre femme devant elle. «Je pouvais le voir sodomiser une femme, je pouvais le voir se faire sucer par une femme, je pouvais voir n'importe quoi, mais embrasser, c'était mort. C'est bizarre. Mais ce n'était pas possible.» Il décide de lui imposer cette même règle en retour.

L’autre règle concerne les réseaux sociaux: «On a le droit de discuter avec nos plans cul, mais on ne le fait pas quand on est à deux. Quand on est l'un avec l'autre, on n'échange pas de SMS, d'appels, de Messenger avec les personnes avec qui on a baisé ou on va baiser. C'est notre bulle, c'est nous, et on n'ajoute pas ces gens sur les réseaux sociaux. On garde une distance».

Léa et Tristan décident également de dresser une liste noire des amantes et amants potentiels.

«La liste concernait le cercle amical de l'un et de l'autre. Et me concernant, deux ou trois nanas qu'il avait sur son Facebook, dont je savais qu'elles lui plaisaient. Mais comme elles étaient sur son Facebook et comme il les connaissait depuis longtemps, pour moi c'était “no go”. Il a aussi ajouté deux ou trois personnes à ma liste, dont le garçon que j'avais fréquenté. C'est bien dommage, parce qu'à ce moment-là, il était célibataire, et j'aurais bien voulu y retourner un petit coup. Mais voilà, c'étaient les gens qui nous rendait jaloux. Ce qu'on voulait tous les deux, c'était de ne pas être confrontés à une personne avec qui il était possible qu'une histoire naisse.»

Pris dans l’enthousiasme de cette nouvelle liberté, le couple s’inscrit sur des sites de rencontre, en se focalisant sur AdopteUnMec. Léa raconte que pour son compagnon, cette technique de drague a été violente.

«Dans son profil, c'était écrit noir sur blanc qu'il était en couple, que sa copine savait qu'il était sur Adopte, qu'il cherchait à rencontrer, qu'il cherchait juste à s'amuser et à découvrir d'autres personnes. Malgré cela, il a reçu des jugements en pleine face, et ça n'a pas été facile. C'était très agressif, il ne comprenait pas. Moi, j'y ai été un peu moins confrontée, parce que les mecs s'en foutaient: ils voulaient juste “consommer”. Globalement, j'ai dû prendre deux trois remarques. Lui, ça lui a laissé un petit goût amer. Finalement, il n'a vu qu'une seule fille d'AdopteUnMec, où là, par contre, il a été confronté à ma très très grande jalousie –pour deux raisons. La première, c'est qu'il a couché avec elle la veille du départ de notre premier week-end tous les deux. Je lui avais dit: “Si tu peux éviter de faire ça la veille”, mais il l'a fait quand même. Il n'a pas compris les signaux qui disaient: “Non, ce n'est pas le moment, fais ça autrement”. Et en plus, j'ai découvert qu'elle était femme fontaine. Moi, à ce moment-là, je ne l'étais pas, et je savais qu'il fantasmait sur ça à mort. J'aurais voulu être celle qui lui offrirait, et quand j'ai appris que ce ne serait pas le cas, ça ne m'a pas détruite, mais ça m'a rendue extrêmement triste.»

Expériences malheureuses

Ils décident conjointement d’arrêter les sites de rencontre. Tristan et Léa vont une fois en club libertin, mais l'expérience tourne mal. Léa se fait malmener par un couple qui ne respecte pas ses limites. Tristan, de son côté, n’arrive pas à avoir une érection. Une autre fois, une autre rencontre, un partenaire pénètre Léa sans préservatif, alors qu’elle l’avait imposé. C’est la fin de l’interlude libertin.

Léa continue de réfléchir. Ensemble, le couple réalise qu’il a peut-être trop voulu, tout de suite. De son côté, elle prend conscience qu’elle n’a pas tellement envie de voir d’autres hommes, sauf cas très exceptionnels. C’est à ce moment là que nait l’envie.

«J’ai discuté longuement avec elle par messages privés, en lui expliquant qui était Tristan, qui j'étais moi, ce qu'on voulait, ce qu'on ne voulait pas.»

Léa

«J'avais envie de lui offrir des femmes. C'est ce que j'ai fait, un soir de septembre 2016, avec une femme que je fréquente toujours. Moi, ça a bien collé avec cette fille. Je l'ai offerte à Tristan un soir où j'étais partie chez ma mère. J’ai discuté longuement avec elle par messages privés, en lui expliquant qui était Tristan, qui j'étais moi, ce qu'on voulait, ce qu'on ne voulait pas. C'était important de la rassurer tout de suite aussi, de lui faire comprendre qu'il n'y avait aucun problème avec moi, que je ne me mesurais pas à elle, qu'il fallait qu'elle soit elle-même, qu'elle profite. Je lui ai expliqué la personnalité sexuelle de Tristan. Je lui ai bien rappelé que si elle avait envie de dire non, elle pouvait, qu'il était comme moi très respectueux des consentements, mais qu'il fallait lui expliquer clairement. Tristan est quelqu'un qui ne sait pas forcément analyser les signes, donc il faut que les femmes soient très claires avec lui. J'ai été très prévenante avec elle. La seule chose qui lui était demandé, c'était qu'elle attende que je sois partie pour arriver, et que le lendemain matin, elle soit partie quand je rentre chez moi.»

À son compagnon, elle demande deux choses: «Que l'appartement soit nickel quand je rentre, et qu'en dehors du sexe, il n'y ait pas de moment de tendresse entre eux. Pas de bisou sur la bouche en partant, pas de câlins… Post-sexe si, forcément, un petit peu, pas chacun à l'autre bout du lit, mais sinon, ce genre de tendresse, c'était réservé au couple». Elle demande aussi, comme un cadeau, une photo de Tristan et de la fille au cours de la soirée.

Le lendemain, Léa rentre chez elle. Elle n’a pas reçu la photo demandée. Elle est également stupéfaite de retrouver des traces de leurs ébats. En lui racontant par la suite sa soirée, Tristan glisse également un moment de tendresse qu’ils ont partagé. Les trois règles ont été bafouées.

«Je me suis effondrée en larmes, parce que c'est quelque chose qu'il n'avait jamais fait avec moi. Et là, il s'est rendu compte de sa connerie, en fait. Il s'est rendu compte qu'il n'aurait jamais dû le dire, mais comme il ne sait pas mentir… C'est un truc qui a traîné pendant très longtemps entre nous, je lui en ai énormément voulu. Je n'en ai pas voulu une seule seconde à la fille, parce qu'elle n’était pas au courant. Mais franchement, Tristan est un grand garçon, il était censé savoir. Je lui en ai énormément voulu, nos échanges ont été très froids pendant toute la journée. Il a essayé de se rattraper; il a pleuré, j'ai pleuré. J'ai mis quelques jours à accepter de vouloir être à nouveau touchée. Je ne voulais plus qu'il me touche, j'étais dégoûtée. Ma sensibilité a vraiment été touchée. Pour ce genre de première fois, j'avais besoin qu'il y ait des règles et qu'elles soient respectées.»

L'autre fille

Dans la semaine, pourtant, et malgré sa souffrance, elle rencontre la fille, qu’elle trouve magnifique. «Elle est vraiment canon, et elle ne le sait pas. Tristan m'a dit un truc que j'ai trouvé très beau. On a un miroir devant notre lit; quand on fait l'amour, on se voit dedans. Il m'a expliqué que cette fille, qui avait des complexes, ne voulait pas se regarder dans le miroir. Elle n'est pas toute fine, mais on s'en fout, elle est très belle comme elle est. Et lui, il s'arrêtait et lui disait: “Si, regarde comme tu es belle”. J'ai trouvé ça bien. Je sais tellement en tant que femme ce que c'est d'être mal à l'aise par rapport à son corps que c'était bien qu'il le fasse.»

Le courant passe tellement bien entre elles que Léa se sent pousser des ailes: «À ce moment-là, je lui dis: “Écoute, est-ce que ça te dit de revenir dans une semaine, on se voit à trois?”. Je lui ai donné le double des clefs, et je lui ai expliqué le scénario: “Voilà, nous, on va à une soirée, un apéro libertin, je veux que tu sois chez nous à telle heure et on te rejoint. Tristan n'est pas du tout au courant”».

Dans l’attente de ce moment, le couple se retrouve. «Cette fille avait un Tumblr privé, où elle postait plein de photos d'elle. J'ai lancé un petit jeu, qui consistait à montrer à Tristan une photo d'elle par jour. Sachant qu'il n'avait jamais vu aucune de ces photos, cela créait une excitation entre nous et déclenchait un rapport sexuel ou des préliminaires. On a eu une très très forte proximité à ce moment-là, très peu de disputes. Il n’y avait pas de jalousie de ma part, et je savais qu'il en avait envie. Ça a pimenté notre vie sexuelle, ça a rajouté quelque chose. Et puis surtout, ça a fait germer en lui ce type de pensée: “Je suis avec une femme qui m'aime suffisamment et qui me fait suffisamment confiance pour me mettre dans les pattes d'une nana, c'est un peu le rêve de tout homme sur cette planète. Ma meuf, c'est la meilleure”.»

En parallèle, Léa voit un de ses proches souffrir d’un grave problème de santé. Cette histoire plombe son quotidien et celui de son compagnon. Elle voit ce geste comme un cadeau.

«Je me suis dit que c'était le bon moment. Moi, je m'occupe de ma famille et lui, il s'occupe de lui. Il s'occupait de moi tous les autres jours, et j'avais envie de lui faire ce cadeau. Ce n'était peut-être pas le bon timing, mais c'était celui qui me convenait. C'était un remerciement. Et c'est toutes ces petites choses-là qui ont fait qu'il s'est rendu compte de la sincérité de ma démarche et de mon amour. C'est là que je m'en suis rendue compte, moi aussi. Je me suis dit: “Bon, ça y est, j'ai mis le pied à l'étrier et c'est ce que je veux, en fait”. Peut-être en ayant des paramètres à ajuster, parce qu'évidemment, il y a ces règles qui sont là au début, mais qui sont plus des lignes de conduite que de vraies règles. C'est amusant, mais quand on avait construit nos règles, on les avait classées par ordre d'importance. Certaines amenaient une petite punition, du style “je te fais la gueule”, et il y avait les très grosses règles, celles qui disaient: “Ça, c'est passible de rupture”. Finalement, des règles passibles de ruptures ont été franchies, mais on n'a jamais rompu

Perdu dans une forêt de seins

Et le candaulisme alors, dans tout ça?

«Il y a cinq ou dix ans, il était impossible pour moi d'imaginer la personne que j'aime dans les bras d'une autre femme. C'était juste inenvisageable. Je ne sais pas d'où ça me vient, je ne sais pas d'où ça m'est sorti, mais c'est aujourd'hui un truc qui m'excite À MORT. Je sais que certaines collègues de Tristan lui plaisent au moins un peu. Ça m'est arrivé je ne sais combien de fois de me masturber en l'imaginant avec une collègue, par exemple en train de la prendre sur son bureau. C'est totalement nouveau. Cela fait un an et demi, depuis l'expérience avec cette fille. Ça vient vraiment du plan à trois –pas de l'expérience en club, pas de celle avec le couple. En fait, je trouve ça absolument magnifique et merveilleux de regarder l'homme que j'aime faire l'amour. Parce que je ne peux pas toujours le voir moi, en fonction de nos positions. Mais je connais sa façon de faire, je sais comment il utilise ses mains, sa bouche, son corps…»

«Mon fantasme absolu, c'est d'être dans une pièce sur un grand fauteuil, de lui donner plusieurs nanas, de le voir faire l'amour à toutes.»

Léa

«On ne s'est jamais filmés, ce n'est pas un truc qui m’intéresse. Mais j'avais très envie de le voir faire ce qu'il me fait à moi. Mon fantasme absolu, c'est d'être dans une pièce sur un grand fauteuil, de lui donner plusieurs nanas, de le voir faire l'amour à toutes, perdu dans cette forêt de seins. J'ai terriblement envie de recommencer l'expérience, sans forcément participer: j'ai juste envie de le voir. Ce rêve-là lui correspond bien, parce qu'il lui permettrait d'explorer d'autres corps. Il est travaillé par la peur de me rendre jalouse, parce que quelque chose s'est malheureusement mal passé dans toutes nos précédentes expériences –et c'est en partie de ma faute, je n'ai pas su contrôler ces choses-là. Mais il sait que j'en ai envie et je crois que cela peut lui faire envie aussi. Quand on en parle, il me dit: “Oui oui, pourquoi pas, si tu me proposes…”. Il pourrait dire non, mais je le sais intéressé, même s'il ne jouera pas le rôle de l'instigateur: il faut que je l'organise. Toutes ces choses que l'on a essayé de provoquer et de tester, on les a balayées en se disant que ce n'était pas ce qu'on voulait. Et en ce moment, comme on ne fait rien avec d'autres gens, on a le temps de réfléchir et d'envisager, de fantasmer, d'en discuter…»

Comme un fantasme de film porno

Je balaye la pièce du regard et vois le large canapé d'angle. De là où je suis, il n’a pas tant l’air d’en avoir vu des vertes et des pas mûres que ça. Je le regarde d’un œil curieux, comme si le fait de le scruter allait pouvoir faire monter en moi des images de choses ayant pu s'y passer, par télépathie.

Je lui demande si c’est là qu’elle imagine son scénario: «Ce n'est pas du tout le cadre que je m'imagine. Dans mon fantasme, il s'agit vraiment d'une pièce dédiée, où je suis dans mon fauteuil et…». Elle s'interrompt. «C'est plus comme un fantasme de film porno, où tu es là dans ton fauteuil et tu peux te masturber, faire ce que tu veux. Mais ce n'est pas dans ton cadre; c'est ailleurs, c'est un rêve… Cela peut se passer dans une chambre d'hôtel, en club, mais pas chez moi. Quand je vois mon canapé, il ne m'évoque pas plus que ça le plan à trois; il me rappelle plus nous, nos parties de baise ensemble, que celle avec cette fille. Vraiment, cela fait partie du fantasme que ce soit ailleurs, toujours avec moi aux commandes et lui finalement un peu esclave.»

Organisatrice du plaisir de son compagnon, elle fantasme sur le pouvoir que ce rôle peut lui apporter. «J'aime l'idée qu'il soit mon acteur. Cela me rappelle les débuts de ma vie sexuelle, où j'avais un petit côté dominateur. Je n'ai jamais fait des trucs incroyables, mais c'était moi qui avais l'ascendant, en disant: “Je veux que ça se passe comme ça” –toujours via le prisme du plaisir de l'autre. Il était au service de mon plaisir, j'étais au service du sien. J'adore soumettre à mon plaisir, et je pense qu'avec Tristan, cela va être notre équilibre. Il a l'air ok avec ça. Moi, je ne veux pas que cela reste dans la case “fantasme”, j'ai vraiment envie de sauter le pas.»

Cette année, Léa et Tristan l’ont passée à se retrouver, à se mettre dans les meilleures conditions physiques et mentales pour la suite. Les voilà qui se préparent ensemble à ce qui promet d’être une belle aventure à deux.

«On va bientôt se pacser. On part en voyage de noces juste après. On ne pousse pas plus loin pour l'instant –mariage, bébé, on n'en parle pas. On a très rapidement sauté le pas pour emménager ensemble: on a habité le même appartement cinq mois après nous être remis ensemble. On était dans cette démarche de se dire: “Si on rentre dans le libertinage, il faut que ce soit sérieux entre nous”. Je n'aurais pas voulu me mettre en danger en sachant qu'il n'y avait rien de concret entre nous. Cela a poussé notre couple, accéléré notre relation, nous a fait grandir, mûrir, comprendre qui l'on était, ce qu'on voulait et ce qu'on aimait chez l'autre. Tristan est encore sur le chemin qui consiste à essayer d'assumer totalement ses envies et ses fantasmes. Moi, c'est fait depuis longtemps.»

Lucile Bellan Journaliste

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