Économie

Le déficit français repasse sous la barre des 3%, grâce à Macron?

Temps de lecture : 4 min

La France redresse ses comptes, Bruno Le Maire jubile. Mais y est-il seulement pour quelque chose?

/
Ministère de l'Économie et des Finances et de l'Industrie. | Bertrand Guay / AFP

C’était l’annonce de la journée! Mardi 27 mars, le gouvernement d’Édouard Philippe a annoncé en grande pompe le passage du déficit français sous la barre symbolique des 3%, à 2,6%. Une première depuis 2007.

D’après Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, «c’est la preuve que nos politiques fonctionnent, que la stratégie qui a été définie par le président de la République en matière de réduction de la dépense publique, de redressement des comptes publics et de croissance est la bonne. […] Nous avons tenu nos engagements et allons poursuivre nos efforts. […] Nous sommes dans la bonne direction et cela va permettre de retrouver notre crédibilité en Europe».

Est-ce véritablement l’action de La République en Marche qui est à l’origine de cette baisse historique? Sitôt la nouvelle sortie, le Parti socialiste, au pouvoir entre 2012 et 2017, s’est empressé de communiquer en précisant que «la trajectoire de réduction du déficit est due à l'action engagée lors du quinquennat de François Hollande où le déficit a été divisé par deux (-5,2% en 2012 à -2,6% en 2017)».

Qui a raison, qui a tort? Quel parti ou représentant politique peut légitimement se gargariser d’être responsable de l’assainissement des finances?

D’après l’Insee, «le retour dans le vert des comptes publics français a été permis principalement par le budget de l'État, qui s'est réduit de 1,3 milliard d'euros en 2016», précisément sous François Hollande. À cela s'ajoute une forte réduction du déficit de l’assurance maladie «passé de 7,8 milliards d'euros à 5,1 milliards entre 2016 et 2017», soit le niveau le plus faible enregistré sur les quinze dernières années.

Merci aux «stabilisateurs économiques»

L’autre élément, c’est le retour de la croissance économique. Après avoir stagné à un niveau famélique entre 2013 et 2015, tournant autour des 1%, elle a repris des couleurs dès 2016 et s’est fixée à 2% en 2017. En référence au concept très keynésien des «stabilisateurs automatiques», la croissance est l’un des facteurs les plus importants et les plus significatifs dans la réduction des déficits.

Pour Christophe Ramaux, maître de conférence à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et auteur du livre L’État-social, «les stabilisateurs automatiques sont essentiels pour atteindre l’équilibre magique du budget public»:

«Supposez une situation où la croissance ralentit, où le chômage s’installe et le marasme se renforce. Les gens n’ont plus confiance, perdent en pouvoir d’achat et la déprime collective apparaît. Il faut alors relancer l’économie par la dette, par l’endettement. […] Dans la première phase, les dépenses publiques vont augmenter, l’État va emprunter pour financer la hausse des allocations chômages, des aides à la création d’entreprise, des réductions fiscales. […] Seulement, une fois toutes ces actions faites, l’État pourra rembourser son endettement. Plus de croissance, c’est plus de rentrées fiscales, moins d’aides, moins de chômeurs, moins de redistribution, une hausse des recettes et une baisse des dépenses, etc.»

L’idée ici est de considérer qu’il existe une dette de relance, en plus de la dette de rigueur. Lorsqu’on s’endette, qu’on dépense plus que raison, on espère la réalisation d’une reprise, on fait un pari sur l’avenir, c’est la dette de relance. On souhaite que le retour de la croissance permette de financer les politiques budgétaires.

Pour citer un exemple footballistique, c’est comme le PSG qui dépense, à l’intersaison, 420 millions d’euros pour s’acheter les stars Neymar Jr. et Kylian Mbappé, avec l’objectif de récupérer sa mise de départ dès la saison prochaine, à travers des performances sportives et des valorisations contractuelles. On dépense aujourd’hui pour gagner demain.

En politique, la réduction du déficit d’aujourd’hui n’est que la conséquence des actions passées. Le gouvernement d’Emmanuel Macron ne ferait que bénéficier des décisions de François Hollande. L’ancien président a subi une forte hausse du chômage, une réduction incontrôlée de la croissance et un ralentissement de l’activité économique mais il a agi non pas pour une amélioration immédiate mais pour une correction future.

Agir avant pour en retirer plus tard des effets bénéfiques

C’est d’ailleurs ce qu’affirme Stéphane Le Foll, son ancien ministre de l’Agriculture:

«Toutes les mesures qui s'appliquent et ont des effets concrets, ce sont des mesures qui ont été prises par François Hollande. […] Bruno Le Maire arrive avec une façon très factice de présenter les choses. […] Sauf que le retour de la croissance, c’est grâce au Parti socialiste.»

Qu’il s’agisse du CICE, à 27 milliards d’euros entre 2013 et 2017, du pacte de responsabilité ou de la loi travail, les conséquences ne seraient observables qu’a posteriori, quelques années après.

Le Foll est rejoint, sur ce point, par l’économiste de l’OFCE Éric Heyer. Ce dernier soutient qu’on ne peut pas «attribuer ces bonnes performances au gouvernement actuel»:

«La réduction du déficit est essentiellement liée à la reprise économique. [...] On était sur la lancée de fin 2016 et début 2017. […] C’est essentiellement la politique du précédent gouvernement qui devrait expliquer ce bilan-là. C’est ultra-confortable pour le gouvernement actuel. Ils sont assurés d’être en dessous des 3%. Mais ça n’a rien à avoir avec le gouvernement d’aujourd’hui.»

Heyer avait même, avec son collègue économiste Xavier Timbaud, pronostiqué les conséquences d’une application sur 1dix ans de la politique de François Hollande, à travers un outil économétrique de prédiction. Conclusion? Des résultats meilleurs qu’Emmanuel Macron: «Une croissance moyenne de 1,6% entre 2017 et 2022, un taux de chômage réduit à 7,7%, un déficit en baisse de 0,9 point de PIB et une dette publique diminuée à 89,5 points de PIB en 2022, soit une baisse de 2 points en moyenne chaque année».

Oui mais voilà, d’aucuns pourraient rétorquer qu’Emmanuel Macron a été ministre de l’Économie entre 2014 et 2016 sous François Hollande et, avant, secrétaire général adjoint de l’ancien président, chargé des questions économiques et sociales. On pourrait donc lui faire crédit de ces heureuses conséquences puisqu’il était aux premières loges lors de l’application des mesures socialistes…

Pierre Rondeau Professeur d'économie à la Sports Management School

Newsletters

En Guyane, un projet de mine d'or interroge l'avenir de notre économie

En Guyane, un projet de mine d'or interroge l'avenir de notre économie

Peut-on être, comme le prône Emmanuel Macron, soucieux de la défense de l'environnement «et en même temps» favorable au développement économique? En Guyane, un projet de mine d'or cristallise ces contradictions.

Ce que le rachat de Direct Énergie nous enseigne sur la stratégie de Total

Ce que le rachat de Direct Énergie nous enseigne sur la stratégie de Total

Comme un air de déjà-vu? Ce mercredi matin, avec la confrontation annoncée de trois mastodontes, EDF, Engie et, désormais, le pétrolier, qui a décidé d’acheter l'électricien, le marché français de l’électricité ressemble à celui des télécoms… avant l’arrivée de Free.

Tensions commerciales au bord de l'explosion entre la Chine et les États-Unis

Tensions commerciales au bord de l'explosion entre la Chine et les États-Unis

La guerre commerciale fait rage entre la Chine et les États-Unis. Mais si Donald Trump éructe régulièrement sur Twitter, les Chinois, sûrs de leurs atouts, semblent beaucoup plus apaisés.

Newsletters