Monde

Guerre en Syrie: who is the biggest killer?

Temps de lecture : 4 min

En sept ans de guerre, près de 80% des victimes civiles ont été tuées par le régime et ses alliés. Du côté des combattants, ce sont les forces loyalistes qui ont payé le plus lourd tribut.

Un Syrien pleure des victimes d'un bombardement attribué aux forces gouvernementales, à Douma, en Ghouta occidentale, le 17 novembre 2017. | Amer Almohibany / AFP
Un Syrien pleure des victimes d'un bombardement attribué aux forces gouvernementales, à Douma, en Ghouta occidentale, le 17 novembre 2017. | Amer Almohibany / AFP

Entré désormais dans sa huitième année, le conflit syrien, qui opposait à ses débuts l’armée régulière à quelques factions d’opposants armés –notamment à l’Armée syrienne libre (ASL), s’est complexifié au fil des ans, avec l’entrée en jeu de puissances étrangères, de milices et de groupes terroristes.

Près de 220.000 victimes civiles

Les civils sont les premières victimes de la polarisation militaire et politique. Chaque nouvelle implication d’acteur a amplifié les souffrances humaines et alourdi le bilan.

Si le chiffre global de personnes tuées depuis mars 2011 varie d’une source à l’autre, toutes convergent vers le même constat: le régime syrien et ses alliés sont responsables d’une grande majorité des victimes civiles du conflit.

D'après le réseau syrien des droits de l’homme (SNHR), une ONG fondée en juin 2011, plus de 217. 000 civils ont péri en sept ans, dont 93% tués par les forces loyales à Bachar el-Assad. Au bilan avancé par cette source figurent environ 27.300 enfants et 25.700 femmes, ainsi que 13.152 civils morts sous la torture.

Cette dernière statistique fait écho à un rapport publié en 2017 par Amnesty International, intitulé «Abattoir humain: pendaisons et extermination de masse à la prison de Saydnaya», selon lequel le régime syrien aurait pendu quelque 13.000 personnes, entre 2011 et 2015, dans une prison gouvernementale près de Damas.

Outre les morts identifiés et les chiffres correspondants authentifiés, le SNHR fait état de 104.029 personnes disparues ou toujours détenues dans les prisons officielles et les centres de détention informels mis en place par le régime syrien.

La même source indique, en parallèle, l’arrestation arbitraire de plus de 8.100 civils par l’organisation État islamique (EI) jusqu’à mars 2018, et près de 1.700 autres par Hayat Tahrir al-Cham, un groupe djihadiste dominé par l’ex-branche d’al-Qaida en Syrie.

Les milices kurdes détiendraient 2.419 civils et les groupes rebelles 2.574, toujours selon le SNHR.

Environ 245.000 combattants tués

D'après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une organisation basée au Royaume-Uni et disposant d’un vaste réseau d’informateurs sur place, les différents groupes de combattants –armées et milices– ont essuyé 70% des pertes totales de la guerre.

La moitié, soit 122.000 personnes, est issue des forces pro-régime; 63.820 sont des soldats de l’armée régulière, 48.814 des membres de milices syriennes loyales à Bachar el-Assad et 7.686 des combattants de milices étrangères –afghane, irakienne et iranienne. Le Hezbollah libanais aurait perdu 1.630 membres de ses effectifs.

Les 50% restants se répartissent entre les rebelles –Armée syrienne libre (ASL) et autres factions dissidentes laïques, islamiques et/ou islamistes(1)– et les groupes djihadistes: 59.424 combattants ayant trouvé la mort en sept ans appartenaient aux rangs de la rébellion, et 63.820 combattaient au sein de groupes djihadistes –principalement Daech et le Front al-Nosra.

Plus d'un demi-million de morts?

Le nombre global de combattants et de civils morts ne fait pas parfaitement l’unanimité.

Dans un rapport publié début 2017, «The Toll of War: the Economic and Social Consequences of the Conflict in Syria», la Banque mondiale estimait déjà entre 400.000 et 470.000 le nombre total de morts civils et militaires en six ans de conflit.

L’OSDH chiffre quant à lui à 353.935 morts le bilan humain global entre mars 2011 et mars 2018, sur la base de noms de victimes identifiées.

Il estime toutefois à plus de 150.000 les morts non identifiés, ce qui propulserait le bilan global à plus d’un demi-million selon l’agence Reuters, citant l’OSDH –un nombre plus ou moins en phase avec celui de la Banque mondiale.

Le plus intéressant dans les chiffres de l’OSDH réside dans la répartition du nombre de morts par acteur. Sur les 350.000 morts identifiés, le tiers sont des civils, dont 78% tués sous les coups du régime –soit 82.751 personnes. Parmi ces derniers, 14.751 civils ont péri dans les geôles du pouvoir –un chiffre qui fait écho à ceux avancés par le CNHR et Amnesty International.

Les factions rebelles arrivent en seconde position des responsables du bain de sang syrien: l’OSDH leur impute 7,1% des pertes civiles du conflit.

Intervenue en 2015 pour épauler le régime syrien dans les airs via des campagnes de bombardements intensifs, l’aviation russe aurait entraîné la mort de 6.891 personnes, soit 6,6% de l’ensemble des victimes civiles, contre 4,6% pour les factions djihadistes, au premier rang desquelles figurent l’organisation État islamique (EI) et l’ex-Front al-Nosra.

Créée en septembre 2014 et chapeautée par les États-Unis pour venir à bout de Daech en Syrie, la coalition internationale aurait de son côté fait 2.967 victimes civiles –soit 2,7% du bilan total– dans des frappes aériennes censées viser, à la base, des positions de l’EI –notamment à Raqqa et à Deir Ezzor, les deux ex-fiefs du «califat» auto-proclamé de Daech instauré en juin 2014.

L’armée turque affiche le bilan le moins élevé. Selon l’OSDH, 752 civils auraient perdu la vie dans des opérations menées par Ankara, dont 354 abattus par les gardes-frontières alors qu’ils tentaient de fuir vers la Turquie.

L’offensive en cours menée par les troupes turques et ses alliés arabes contre l’enclave kurde d’Afrin, dans le nord-est de la Syrie, a par ailleurs déjà tué à elle seule plus de 200 civils, selon l’OSDH.

1 — Les groupes islamistes cherchent à instaurer un système politique basé sur la doctrine musulmane et la charia, tandis que les djihadistes, également d’idéologie islamiste, prônent l’usage de la violence afin d’instaurer un État islamique ou de rétablir un califat. En Syrie, Hayat Tahrir al-Cham est une force djihadiste qui contrôle aujourd’hui la province d’Idleb; elle avait une présence limitée dans la partie rebelle de la Ghouta orientale. Jaich al-Islam, majoritaire dans la Ghouta, ou encore Ahrar al-Cham, Nour al-Din al-Zanki et Faylaq al-Rahmane sont des groupes islamistes, d’obédience salafiste ou proche des Frères musulmans. Retourner à l'article

Philippine de Clermont-Tonnerre Journaliste à Beyrouth (Liban)

Newsletters

Le Pakistan s’apprête à élire un Trump bis à sa tête

Le Pakistan s’apprête à élire un Trump bis à sa tête

Il est issu de l'élite et du showbizz mais les dénonce, critique les médias «corrompus», veut «nettoyer» son pays, présente quelques tendances à la mégalomanie et au harcèlement sexuel. Et il a de fortes chances d'être élu Premier ministre le 25 juillet prochain.

Pendant quarante ans, Ojeikere a compilé des photos de cheveux tressés, tordus et enveloppés

Pendant quarante ans, Ojeikere a compilé des photos de cheveux tressés, tordus et enveloppés

«Peu de temps après que le Nigeria a obtenu son indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1960, raconte Kim Knoppers, commissaire d'exposition, J. D. 'Okhai Ojeikere s'est lancé dans un remarquable projet auto-assigné: enregistrer...

«Il faut croire aux faits»: contre Trump, Obama défend l'existence d'une «réalité objective»

«Il faut croire aux faits»: contre Trump, Obama défend l'existence d'une «réalité objective»

Lors d'un discours en Afrique du Sud, Barack Obama a dénoncé l'ère de post-vérité qui règne depuis l'élection de Donald Trump.

Newsletters