Société

Quand les guides touristiques mettent en garde contre les dangers de la France

Temps de lecture : 9 min

Ne vous étonnez pas si des vacanciers étrangers s'éloignent de vous au moment de dire bonjour: ils ont certainement lu cette consigne dans les «conseils aux voyageurs» d'un guide touristique.

Des touristes prennent un selfie devant la basilique du Sacré-Cœur à Paris, le 30 mars 2017. | Lionel Bonaventure / AFP
Des touristes prennent un selfie devant la basilique du Sacré-Cœur à Paris, le 30 mars 2017. | Lionel Bonaventure / AFP

La France se flatte, bon an mal an, d’être la première destination touristique au monde. Après un net recul du nombre de visiteurs en 2016, suite aux attentats qui avaient endeuillé le pays, le cru 2017 s’annonce très bon, avec une estimation de quatre-vingt-neuf millions de voyageurs étrangers. L'Hexagone en met toujours plein la vue aux touristes du monde entier: Tour Eiffel, châteaux de la Loire, Mont-Blanc, plages de la Côte d’Azur, vignobles de Gironde, les merveilles françaises ont la cote.

Il arrive pourtant que certains visiteurs internationaux prennent de la bombe lacrymogène plutôt que des étoiles dans les yeux, comme ces touristes chinois détroussés en novembre 2017 sur le parking de leur hôtel trois étoiles à Fresnes, en banlieue parisienne. Des agressions rares, même à Paris –où le public asiatique est cependant régulièrement ciblé par des pickpockets.

Il faut aussi compter sur les fantasmes de certains médias conservateurs américains, comme Fox News, qui qualifiait en janvier 2015 certains quartiers de Paris de «no-go zones», dans lesquelles «ni les touristes, ni les policiers n’osent s’aventurer»: étaient ciblés Barbès, la Goutte-d’Or et même Ménilmontant –où vous avez bien plus de risques de ne pas trouver une table en terrasse que de vous faire vider les poches.

Trois guides et un itinéraire-type

De tels messages médiatiques nuisent-ils à la réputation de la France auprès des personnes qui, à Hong-Kong, Buenos Aires, Miami ou Sofia, ont placé notre pays aux centaines de fromages en haut de leur liste de voyage?

Pour s’en faire une idée, j’ai tourné les pages de l’un des plus précieux outils du voyageur moderne: le guide touristique, que l’on consulte avant de partir pour choisir son itinéraire, connaître les immanquables et les éventuelles difficultés sur place, et riche de dizaines d’adresses d’hébergement ou de restauration dans chaque ville ou région d’intérêt.

Pour connaître les guets-apens potentiels qui attendent le vacancier international, j’ai sélectionné trois guides anglophones: Lonely Planet, Frommer’s et Rough Guide –des références, traduites dans des dizaines de langues. J’ai également tracé un itinéraire-type d’un globe-trotter qui, pour un premier voyage en France, atterrirait à Paris, irait visiter les châteaux de la Loire et rejoindrait les Alpes, avant de finir son périple sur la Côte d’Azur, à Nice.

Écueils de l’accueil

Tout commence évidemment à la sortie de l’aéroport. Contrairement aux idées reçues, le Lonely Planet indique que depuis Roissy ou Orly, «rejoindre la ville est direct et peu onéreux, grâce à un flot d’options de transports publics».

Le guide met cependant en garde: «Prenez uniquement un taxi à un endroit clairement indiqué à la sortie de l’aéroport. Ne jamais suivre quelqu’un qui vous aborde directement dans l’aéroport et vous affirme être un chauffeur.»

Autre recommandation des auteurs du Lonely Planet, fondé par des Australiens: ne pas s’aventurer sur la ligne C du RER pour relier Orly à la capitale. Il n’est pas précisé pour quelle raison, mais en ces temps de grèves et de chantiers, c’est clairement un bon conseil.

Une fois le périphérique franchi, il est désormais temps pour notre touriste de rencontrer les connaissances qui l’accueillent –ou le hipster qui loue son appartement à un tarif de bon capitaliste sur Airbnb.

Le Rough Guide explique alors ce qu’il convient de faire pour saluer son hôte: «Une grande source de confusion quand vous rencontrez ou saluez un Français est le double kiss, ou bise. Vous ne savez pas si c’est approprié, combien de fois faut-il le faire et par quelle joue commencer, s’il faut embrasser la joue ou se contenter d’un bisou dans le vide, ce qu’il faut faire de ses mains et s’il est même mieux de serrer la main plutôt que de toute façon vexer le Français, comme le font plein de visiteurs étrangers, car de toute façon les normes de salutation varient selon les régions, la situation sociale et l’âge du groupe. Quand il y a un doute, donc, restez en arrière, copiez ce que font les autres et embrassez à gauche la première fois.»

Le guide américain, d’abord destiné aux backpackers fauchés, ajoute avec humour qu’en 1910, une loi promulguée sur le territoire français interdisait soi-disant aux couples de s’embrasser sur les quais des gares, pour éviter que les trains ne démarrent en retard. La loi «n’a jamais été abrogée, mais n’est plus respectée depuis longtemps», note le Rough Guide. Une information fausse, qu’avait démentie la SNCF dans une campagne photos de «baisers volés» sur ses quais, à l’été 2015.

Pickpockets parisiens

Après les embrassades, voici venue l’heure de la promenade dans la cité de l’amour. Un bon touriste pressé désirant une photo de chaque monument iconique doit privilégier le métro –ce qui lui permettra d'ailleurs d'enrichir toujours plus sa story Snapchat. Et le métro, c’est DANGER.

Il y a les stations à éviter. «De manière générale, Paris est une ville sûre, affirme le Lonely Planet. Des stations de métro sont cependant à éviter tard le soir: Châtelet-Les Halles et son labyrinthe de couloirs sans fins, Château Rouge, Gare du Nord, Strasbourg Saint-Denis, Réaumur-Sébastopol et Montparnasse-Bienvenüe. Des bornes d’alarme sont installées à chaque station métro/RER et dans quelques couloirs.»

Des conseils de prudence jamais inutiles, notamment pour les femmes seules, même s’il n’y a aucune de raison d’être parano dans le métro parisien –de l’aube à minuit passé. Le vénérable guide Frommer’s, très populaire aux États-Unis et qui proposait à sa création en 1957 de voyager en Europe pour cinq dollars par jour, pointe que «les voyageuses ne devraient pas connaître de risques de harcèlement à Paris ou dans les grandes villes françaises. Il faut cependant leur éviter de se promener seules la nuit et ne jamais monter dans un taxi non siglé. Si vous êtes approchées dans la rue ou dans les transports en commun, le mieux est d’éviter la conversation et de se rendre dans une zone proche où il y a de la foule».

En sortant de la bouche de métro pour rejoindre un restaurant où déguster un délicieux «plat du jour inscrit sur une ardoise», comme s’en régalent les brochures étrangères, il convient de «prendre garde en traversant un passage piéton: les conducteurs parisiens ignorent fréquemment les feux verts pour piéton», souffle Frommer’s.

Le véritable test de sang-froid débute une fois installé à table. «Quand vous êtes invité à un déjeuner, attendez que votre hôte donne le premier coup de fourchette. Utilisez toujours vos couverts, ne prenez jamais de la nourriture avec vos mains, et finissez toujours votre assiette. Quand vous dînez dehors, n’appelez jamais un serveur “garçon”, mais “monsieur”, “madame” ou “mademoiselle”.»

Avant de quitter Paris, le Lonely Planet avertit que les pickpockets représentent la menace principale pour les touristes. Une petite criminalité vieille comme le monde, que l’écrivain Stefan Zweig observait avec plaisir, assis à la terrasse d’un café boulevard de Strasbourg, et dont il décrivait les ruses dans son livre Découverte inopinée d’un vrai métier, paru en France en 1935.

Aujourd’hui, c’est plutôt «autour du Sacré-Coeur, à Pigalle et dans les zones autour du Forum des Halles, du Centre Pompidou, du quartier Latin ou sous la tour Eiffel» qu’il faut garder les mains dans les poches, pointe le Lonely Planet, avant d’ajouter: «Dans une ruse très commune, un pickpocket prétend avoir trouvé un anneau par terre et vous l’offre, pour détourner votre attention et fouiller dans votre sac, vos poches ou vous demander de l’argent. Ne tombez pas dans le piège!»

Chasse, baignade et avalanches

La jungle de béton est maintenant loin, et il est l’heure de parcourir les campagnes françaises. Première étape: les berges de la Loire et ses châteaux, une étape privilégiée par de nombreux vacanciers étrangers. «Dans les endroits les plus caractéristiques, des collines du Sancerre à la ville d’Angers, il coule un passé et sa parade de châteaux merveilleux, d’hôtels majestueux et de successions de vignobles», s’enthousiasme le Rough Guide.

Il faut pourtant se méfier de l’eau qui dort, même bercée des trésors des siècles passés. Le guide américain souligne les dangers des quais pourris en bord du fleuve, et surtout des courants traîtres qui peuvent emporter facilement un nageur imprudent, même le plus aguerri. Il n’y a cependant pas qu’au bord de l’eau que le danger guette; dans les forêts qui s’étendent le long de la Loire, comme sur une large partie du pays, il existe une autre menace: les amateurs de gibier.

«La saison de la chasse va de septembre à février. Si vous voyez des pancartes: “chasseurs” ou “chasse-gardée” clouées sur des arbres, réfléchissez à deux fois avant de vous engager dans le coin. Comme des millions d’animaux sauvages, environ vingt-cinq chasseurs meurent chaque année après avoir été visés involontairement par un autre chasseur. La chasse est une activité traditionnelle dans les régions rurales, comme les Vosges, la Sologne ou le Sud-Ouest», rappelle le Lonely Planet aux imprudents.

Notre traveler poursuit sa route vers le sud. Il fait maintenant étape dans les Alpes, destination soulignée en gras dans tous les guides touristiques, qui vantent la beauté des glaciers suspendus, l’étendue infinie des domaines skiables, la nature sauvage des parcs nationaux, le romantisme d’une ascension en téléphérique à l’Aiguille du Midi ou du Mont-Blanc crampons aux pieds.

Destination recommandée pour les «energy burners» par le Lonely Planet pour ses nombreuses possibilités d’activités en extérieur, le massif alpin peut se transformer en piège mortel pour les visiteurs sportifs mais non-initiés. C’est ce que précise tristement le guide touristique australien, qui explique: «Les avalanches sont un sérieux danger dans les zones enneigées. Vous connaissez la règle en or: “ne jamais skier, randonner, ou grimper seul”».

Autre obstacle à un retour en bonne santé à la station, se laisser griser par l’ambiance de la Folie douce –un «Ibiza dans les Alpes» selon le Lonely Planet, en réalité une boîte de nuit de journée perchée en altitude sur le domaine de Val-d’Isère, très appréciée des touristes britanniques. Alerte jambes cassées sur la dernière descente de la journée.

À poil sur la plage

Si notre explorateur du territoire français évite tous ces obstacles et franchit, tel Hannibal, la route des Alpes, il débouche au terme de son voyage sur la Côte d’Azur, terre de toutes les récompenses, après les tracas et la fatigue du voyage.

Côté face: «Le fabuleux littoral urbain, connu sous le nom de French Riviera, aussi appelé Côte d’Azur, serpente sur 200 km le long de la Méditerranée gorgée de soleil. La région a depuis longtemps attiré les artistes et les membres de la jet-set, avec son ciel toujours clair, ses eaux turquoise et sa culture insouciante des terrasses de cafés», se régale Frommer’s.

Côté pile, la Côte d’Azur est aussi une destination où les vacanciers doivent rester vigilants sous le soleil, pour ne pas finir par faire la planche à poil dans les eaux salées de la Méditerranée, avertissent les auteurs de guides. «La Côte d’Azur n’est pas une région dangereuse, mais les vols de sac à dos, dans les poches, dans les sacs, dans les voitures et même dans les poussettes sont fréquents, insiste le Lonely Planet. Gardez un oeil sur vos affaires, spécialement dans les stations ferroviaires et routières, dans les trains de nuit et sur la plage. Si vous voyagez à vélo, ne le laissez pas dans la rue pendant la nuit.»

Avant de rentrer –enfin– chez soi, il faut dire au revoir. «Les Français accordent de l’importance à la politesse et prennent avec sérieux les manières: dire “bonjour madame/monsieur” quand vous entrez dans un établissement et “au revoir” quand vous partez. Toujours dire “pardon” quand vous cognez accidentellement dans quelqu’un», conclut Frommer’s.

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