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Le Tabasco menacé par le réchauffement climatique

Temps de lecture : 2 min

La société qui le fabrique est implantée depuis 150 ans sur un dôme salin de Louisiane, fortement menacé par le réchauffement climatique, alors que les marais gagnent du terrain et que les paysages se délitent.

Du Tabasco / John W. Ferguson / Getty images North America / AFP
Du Tabasco / John W. Ferguson / Getty images North America / AFP

À l'intérieur des terres de la baie Vermillon, au sud de la Louisiane, le dôme salin de l'île Petite Anse (Avery Island) s'élève jusqu'à cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer. Depuis 1868, la petite et célèbre bouteille de Tabasco s'y est plantée comme un phare: en un siècle et demi, l'usine est devenue le symbole de ce petit relief de neuf kilomètres carrés entouré de bayous et de marais.

La terre natale du Tabasco menacée

Mais ces marais sont menacés par le réchauffement climatique, et pourraient à leur tour menacer l'île Petite Anse. Chaque année, ils reculent de près de neuf mètres, à mesure que l'eau salée s'infiltre dans les canaux creusés par l'industrie pétrolière et gazière. Le niveau même de la terre diminue progressivement de dix centimètres par an.

«De violentes tempêtes s'abattent sur ce qui reste du marais, qui est également lentement submergé par un océan qui se réchauffe plus vite que presque partout ailleurs dans le monde. Une augmentation supplémentaire du niveau de la mer de soixante centimètres, presque certaine étant donné le réchauffement qui a déjà eu lieu, ne laissera sec que le cœur le plus élevé de l'île Petite Anse, d'après l'administration nationale océanique et atmosphérique», rapporte le Guardian.

Du côté de la société McIlhenny, qui contrôle la production de Tabasco, on ne pense pas que l'entreprise sera amenée à devoir quitter l'île, mais des moyens sont mis en œuvre pour protéger l'usine et lutter pour la préservation du territoire.

«Cela nous inquiète, et nous travaillons dur pour minimiser la perte de terrain, déclare Tony Simmons, désormais à la tête de l'entreprise. Je veux dire, nous pourrions faire du Tabasco ailleurs. Mais c'est plus qu'un commerce, c'est notre maison.»

Après l'ouragan Rita en 2005, la société a érigé une digue de terre de cinq mètres avec système de pompe autour de l'usine. Par ailleurs, elle s'est engagée dans un plan de restauration des zones humides, raconte le Guardian: «en plantant des plantes halophytes, en remplissant des canaux et en érigeant des barrages qui empêchent l'avancée de l'eau salée. La faune, qui comprend des ours noirs, des alligators et des aigrettes neigeuses, a une zone protégée pour se promener sur l'île».

Des côtes dévastées

Ces initiatives demeurent pourtant relativement maigres face à l'ampleur du phénomène, qui touche une grande partie de la côte de Louisiane, où l'équivalent d'un terrain de football disparaît toutes les cent minutes. Depuis 1932, près de 4.833 kilomètres carrés (soit à peu de choses près, la taille de l'État du Delaware) ont disparu, conséquences dramatiques associées au surdéveloppement du fleuve Mississippi, à l'extraction par forage, et au réchauffement climatique.

L'an dernier, un «plan pour une côte durable» a été lancé par l'État de Louisiane allouant plusieurs dizaines de milliards de dollars à la conservation et à l'aménagement des territoires, ainsi qu'à la réduction des risques d'inondation. Mais pendant ce temps, des milliers de personnes demeurent forcées de quitter leurs habitats menacés par les inondations, et les territoires continuent de se dégrader. Oliver Houck, professeur de droit à l'université Tulane, déplore aussi bien la situation actuelle de la Louisiane que la gestion qui en est faite, avec ses points aveugles et ses populations délaissées:

«C'est un tapis déchiré. Cela prendrait des décennies à être rapiécé, même sous l'augmentation du niveau de la mer. L'île Petite Anse va devenir une véritable île, il n'en restera plus grand chose. L'État a décidé de mettre tous ses œufs dans le même panier, en restaurant la partie est de l'État. Je déteste utiliser le mot "radier”, mais ces communautés côtières sont livrées à elles-mêmes.»

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